Vision 2050 : perspectives potentiellement favorables pour l’Afrique ?

29/10/2010
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Déterminer les clés de l’identification des facteurs de changement à long terme pour l’Afrique, notamment sur les  cinq décennies à venir, tel a été le socle des discussions, le 28 octobre 2010, de la session  spéciale  consacrée à la Vision 2050 élaborée par l’Agence française de développement et la  BAD, dans le cadre de la  5ème Conférence économique africaine.

Le modérateur des débats, M. Pierre Jacquet de l’AFD  a d’emblée souligné que ce titre ambitieux ne doit pas susciter de méprise quant au réalisme qu’il faut avoir par rapport à ce que sera l’Afrique à cette période. Il a, dans cette optique, le cadre des échanges : les moteurs du changement, les aspect humains du changement, les conséquences politiques de cette action.

Il ressort des présentations qu’en 2050, l’Afrique présentera une image différente de celle d’aujourd’hui avec à la clé des opportunités qu’il va falloir gérer.  En effet, au cours des 20 dernières années, les conditions de la croissance se sont élargies avec l’émergence de l’Inde et de la Chine. Dés lors le travail de recherche s’appuie sur une extrapolation n’obéissant pas à une démarche linéaire basée sur un modèle standard. S’appuyant à la fois sur une analyse rétrospective et prospective prenant en compte l’évolution au cours des 40 dernières années et les 50 années à venir, les panélistes ont mis en exergue le fait que les pays en développement vont plus vite que les pays industrialisés, tout en résistant mieux que les pays industrialisés. Autre avantage comparatif, la croissance de la main d’œuvre dans les pays en développement, alors qu’à l’inverse ceux industrialisés connaissent un déclin de la leur. D’autre part, il y a l’accumulation du capital, les pays en développement y consacrent  des niveaux plus élevés (25-30%)  et les pays industrialisés (15-20%). Les pays en développement sont en train de rattraper les pays industrialisés en termes de technologie et de productivité et enfin les premiers cités voient leur productivité, ils créent un effet d’accumulation  leur permettant de devenir des marchés d’exportation.

Autre perspective positive, en 2050, la classe moyenne mondiale sera dominée par les pays en développement et la Chine sera au centre du  commerce mondial. L’Afrique pourrait donc être portée par deux locomotives, notamment  ce  pays et l’Inde. Le stock des capitaux évolue plus rapidement en Inde, la production avance aussi plus rapidement en Inde que dans les pays développés et l’augmentation du taux de change y est plus importante que dans les pays industrialisés.

S’agissant de la Chine, son commerce avec l’Europe représente 6%  du commerce mondial actuel. Le commerce de la Chine avec le Pacifique sera plus important en 2050 .Le commerce entre l’Union européenne et les Etats-Unis est actuellement le plus important, dans les années à venir il sera supplanté par celui entre la Chine et les Etats-Unis. La question qui se pose est de savoir si l’Afrique parviendra à occuper certains créneaux laissés vacants par l’Inde et la Chine. Ce qui est de l’orde du possible si les conditions d’investissement s’améliorent. Quelques bémols, cependant : les risques qui pourraient intervenir au cours de la période considérée. Il s’agit des conflits, des crises financières, du protectionnisme et du changement climatique.

Faisant toujours la rétrospective sur ce qui a été réalisé au cours des 40 dernières années, un  catalogue de ce qu’il faudrait faire a été établi. Il s’agit de  donner une valeur ajoutée aux produits de base ; d’effectuer des investissements localisés, par exemple, procéder à des implantations industrielles, ou autres, permettant un rapprochement avec les fournisseurs, un accès faciles aux informations, transformer les défis du changement climatique, investir à long terme dans les énergies renouvelables; améliorer la qualité de la formation y compris celle de managers ; donner une part prépondérante au secteur privé, savoir renoncer aux pistes de recherche non porteuse au bénéfices d’approches novatrices.

Capital humain et changement

L’autre angle essentiel abordé par le séminaire a été celui consacré aux aspects humains du développement. Il a été estimé que le facteur humain a une importance déterminante dans la capacité à soutenir l’activité  économique dans la perspective de 2050. La santé représente  dans ce contexte un enjeu fondamental dans la production du capital humain. Bien qu’il représente 12% de la population mondiale, le continent africain enregistre 2/3 des maladies infectieuses, la mortalité infantile  est disproportionnée, cette même mortalité est causée à 90% par le paludisme, le VIH/Sida et les maladies opportunistes liées au Sida. La transmission de la mère à l’enfant se traduit par 500 00 naissances avec le Sida. Il est donc primordial de mettre l’accent sur la thérapie.

La maladie a assurément une incidence sur la croissance économique. L’importance de ce fléau a même été mise en exergue par le Conseil de sécurité qui l’a inscrit à son agenda en 2000-2001. C’était là une première, car le conseil, depuis sa création n’abordait que les sujets politique et économique. La raison en est dictée par le fait que la stabilité  économique et politique du monde subit une menace avec le Sida. Dans certains pays atteints il existe une pénurie de main d’œuvre. L’ensemble de ces contraintes s’avèrent potentiellement susceptibles d’influencer les moteurs humains de changement.  Paver les voies de l’Horizon 2050 passe selon les chercheurs par un renforcement des systèmes de santé. Néanmoins, il faut une certaine prudence dans l’approche de l’investissement car l’humanité n’a jamais autant dépensé dans la recherche contre une maladie avec finalement un résultat aussi mince.

Au niveau de la réponse politique, un consensus fait la place à  des domaines essentiels : la  bonne gouvernance, la gestion des ressources humaines, le secteur privé, la fourniture des biens services, le développement des capacités et compétences  technologiques, l’intégration régionale, le développement de l’infrastructure. Au niveau des changements attendus, l’agriculture pourrait être bouleversée par les changements climatiques. S’agissant des ressources naturelles, certains pays non riches aujourd’hui deviendront prospères. Etant entendu que les ressources naturelles à l’horizon 2050 ne seront plus forcément localisées au même endroit dans les mêmes secteur et dans les mêmes pays.

En définitive,  pour mettre toutes les chances de son côté, l’Afrique devra être vigilante sur les changements climatiques, la gestion des ressources naturelles et de  l’énergie. Elle devra aussi, avoir des politiques claires d’urbanisation, mieux gérer les problèmes d’émigration, de transfert de capitaux. Les réponses collectives au niveau mondial, quant à elles, passeront par l’intégration régionale, le renforcement de l’accès au marché et de l’assistance.