Le VP Gantsho discute le rôle de la banque dans une Afrique futuriste

22/08/2007
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Le VP Gantsho discute le rôle de la banque dans une Afrique futuriste

La présente interview donne  un  point de vue de la Banque africaine de développement sur l’impact que la mise en place d’un gouvernement unitaire en Afrique aura sur le développement. Le Vice-président chargé de l’infrastructure, de l’eau et de l’assainissement, du développement du secteur privé, ainsi que de l’intégration régionale et du commerce, le Dr Mandla S.V. GANTSHO, qui vient juste de terminer sa première année à ce poste, discute de l’idée d’un gouvernement unitaire pour l’Afrique et de ce qu’il prévoit pour la Banque dans le cadre  de ses activités d’intégration régionale au fur et à mesure que l’idée d’un gouvernement unitaire gagne du terrain et finit par se matérialise. 

Q. Les dirigeants africains se sont rencontrés récemment à Accra pour un sommet de 3 jours au cours duquel ils ont fait la promotion de l’idée d’un « gouvernement unitaire pour l’Afrique ». Vous avez abordé le sujet dans votre discours de bienvenue lors de l’atelier organisé le mois dernier par le Département de l’intégration régionale et du commerce de la BAD, auquel ont pris part des représentants du NEPAD, de la Banque mondiale, des CER, etc. A votre avis, que représente ce néologisme ?

A. Le concept d’un gouvernement unitaire pour l’Afrique représente une vision d’unité totale pour les peuples africains, vivant ensemble et de manière durable dans la paix, la sécurité et la prospérité. Les dirigeants africains sont depuis longtemps unanimes à reconnaître la nécessité de réaliser l’unité continentale et ils sont aussi d’accord, dans les grandes lignes, sur la finalité ou la destination de l’Union africaine, à savoir, les Etats-Unis d’Afrique, avec un gouvernement de l’union. Nous avons maintenant l’Union africaine (UA) sous sa forme actuelle, et nous disons «  rendons-nous à notre destination finale, qui est les Etats-Unis d’Afrique ». De toute évidence, pour parvenir aux Etats-Unis d’Afrique, il est nécessaire d’avoir un gouvernement de l’union pour l’Afrique. Le débat ne porte donc pas sur la destination, mais plutôt sur la manière de l’atteindre promptement.  Pour l’essentiel, nous étudions un certain nombre de feuilles de route qui vont nous mener à la destination de l’unité totale sur le Continent africain.

Q. Vous dites que les dirigeant africains se sont, en gros, mis d’accord sur trois sujets: la destination, la nécessité d’aller vers un gouvernement de l’union pour l’Afrique et de le faire promptement. Le débat porte maintenant sur le processus – comment parvenir à un gouvernement de l’union. Le Président de la BAD, le Dr Donald Kaberuka a traité de la question dans une communication au Conseil d’administration de la BAD, et il a relevé plusieurs possibilités: une fédération de 53 Etats africains, une Union d’Etats indépendants, des Etats-Unis d’Afrique (sur le modèle des Etats-Unis), ou un modèle calqué sur l’Union européenne. Quelle que soit la décision finale, la Banque africaine de développement devrait considérer cette période comme celle d’une remarquable transition pour l’Afrique. A votre avis, comment la Banque devrait-elle, en tant qu’institution financière de développement jouant le rôle de catalyseur, gérer cette transition ?

A. Vous avez mis l’accent sur les mots qu’il faut —« une institution de développement jouant le rôle de catalyseur ». Nous sommes une institution de développement appartenant principalement aux pays membres africains. Donc, les pays membres africains attendent de nous que nous jouions un rôle de catalyseur…un rôle qui sera rendu possible par la base de connaissances que cette organisation possède et continue à acquérir, à l’effet de stimuler un développement durable. Nous voulons que la Banque africaine de développement soit la voix de l’Afrique pour ce qui est des questions de développement. Au niveau microéconomique, nous devrions aussi bien donner notre avis que faciliter la mise en place de structures appropriées pour les institutions sous-régionales sur le continent. Ici, je fais référence à des institutions spécialisées spécifiques telles que les consortiums d’électricité dans le secteur énergétique ou les administrations de bassins fluviaux dans le secteur de l’eau. Etant donné la base de connaissances dont nous disposons, notre rôle consiste à faire en sorte que ces institutions soient durables dans l’avenir.  Au niveau macroéconomique, c’est n’est pas différent. Nous nous voyons nous impliquer tout le long de la chaîne de valeur de la réalisation du gouvernement de l’union de l’Afrique.

Vous avez mentionné un certain nombre d’options disponibles. Comme je l’ai dit plus haut, le vrai débat porte sur la manière de réaliser le rêve de l’union des tous les peuples d’Afrique. Il existe, entre autres, deux écoles de pensée distinctes que je voudrais mettre en exergue:

  • Premièrement, la formation immédiate d’un gouvernement continental. Les partisans de cette école soutiennent, comme l’a fait le premier d’entre eux, feu le Président du Ghana, le Dr Kwame Nkrumah d’heureuse mémoire, que l’unité politique est une condition préalable au développement économique. D’où la nécessité de mettre immédiatement en place un grand gouvernement continental.
  • La seconde école maintient que le processus devrait être construit de la base vers le haut. C’est-à-dire que nous devons reconnaître que nous sommes désavantagés dans l’économie mondiale si nous demeurons de pays petits, enclavés et fragmentés, avec des Communautés économiques régionales (CER) relativement faibles et dépendant de l’assistance. Comme vous le savez, ce sont là des piliers faibles, et nous ne pouvons réaliser l’intégration de notre continent sur la base de piliers faibles. Cette école de pensée croit, en conséquence, qu’il est nécessaire de renforcer d’abord ces institutions, renforcer les CER, ainsi que les pays qui les constituent. Ceci renforcerait la fondation du (gouvernement continental) que nous essayons de mettre sur pied.  Néanmoins, la mise en place immédiate d’un gouvernement continental équivaut à essayer de poser un toit sur des murs en paille ou sur des murs construits sur des fondations de sable doux.

Bref, la question est: commence-t-on par poser un toit au lieu de poser les fondations et ne  s’assure-t-on pas que les fondations sont assez solides ? C’est ici que  je crois que nous (la Banque africaine de développement) devons jouer un rôle….utiliser notre base de connaissances pour guider le processus. Vous savez peut-être que les Chefs d’Etat et de Gouvernement ont convenu de mettre sur pied un comité ministériel qui étudiera la définition de la relation entre le gouvernement de l’union et les Communautés économiques régionales et, enfin, s’occupera des détails de la feuille de route, dont, notamment, les calendriers pour la réalisation d’un gouvernement de l’union. Nous avons un rôle à jouer. Nous devons apporter l’assistance et le soutien techniques –des services consultatifs—à un comité ministériel avant que celui-ci ne fasse rapport aux Chefs d’Etat et de Gouvernement en janvier 2008 à Addis Ababa. C’est, je crois, le rôle que la Banque africaine de développement (BAD) doit jouer –fournir les connaissances, ainsi que l’assistance technique.

Q.  Lors d’un certain nombre de réunions organisées par la Banque, les CER, la CEA et d’autres partenaires extérieurs ont mis l’accent sur la nécessité de renforcer l’intégration régionale en favorisant le commerce intra-régional et international, ainsi que l’intégration physique, en renforçant les capacités nationales en matière d’élaboration de politiques  relatives à l’intégration régionale et en renforçant la capacité des CER d’entreprendre des projets plus bancables. A la lumière de vos compétences en tant que Vice-président de la Banque africaine de développement chargé de l’infrastructure, du développement du secteur privé, de l’intégration régionale et du commerce,  pouvez-vous nous dire de quelle manière un gouvernement de l’union pourrait renforcer la capacité des CER d’exporter vers d’autres marchés ?

« La BAD peut jouer un rôle dans ce cadre en fournissant l’appui humain et financier et en partageant les expériences entre les CER africaines et les regroupements économiques dans d’autres parties du monde. »

A. C’est une question très importante. Nous parlons de la collaboration entre la BAD et les CER. J’ai déjà dit que la plupart de ces dernières sont faibles et, en conséquence, il est nécessaire de renforcer leurs capacités institutionnelles et techniques et, la BAD peut jouer un rôle en fournissant un appui humain et financier, et en permettant le partage des expériences entre les CER africaines et les regroupements économiques des autres parties du monde.

Je suis un partisan de ceux qui considèrent les unions économiques régionales comme base du gouvernement de l’union où les pays membres cèdent une partie de leur pouvoir souverain aux CER. Ceci accélérera l’intégration politique et socioéconomique sous-régionale  grâce à l’investissement dans les infrastructures économiques régionales. Ceci rendra possible une fourniture plus efficace et efficiente de biens collectifs régionaux nécessaires pour catalyser aussi bien l’intégration que le processus de développement à travers tout le continent.  De cette manière, 

  • les  CER seraient dotées du pouvoir souverain qui leur permet, par exemple, d’emprunter et de réaliser des programmes d’infrastructure régionaux; 
  • des marchés plus étendus verraient le jour; 
  • des économies d’échelle et de gamme rendraient les grands programmes d’infrastructure viables; 
  • les investissements du secteur privé seraient attirés. 

La BAD jouera, dans ces développements, ses différents rôles, à savoir consultatif, de catalyseur en matière de financement et de mobilisateur en matière de partenariats.

En ce qui concerne l’accès aux marchés, je crois que travailler avec les pays africains en vue d’optimiser les gains potentiels découlant du commerce intra-régional constitue  une étape importante vers l’amélioration de la compétitivité de l’Afrique sur le marché mondial. A cet effet, la Banque se propose d’accroître son appui consultatif et en matière d’assistance technique aux communautés économiques régionales par le biais du renforcement des capacités, l’harmonisation des politiques de réglementation et juridiques, ainsi que la ratification des protocoles d’accord qui ont déjà été signés par les pays africains.

Q. Le processus de mise en place d’un gouvernement unitaire requiert-il des changements dans l’approche de la Banque quant à son mandat ?

A. Certainement.  L’émergence d’une Afrique mieux intégrée se trouve au centre de la mission de la Banque.  L’atteinte d’un tel but signifierait que les CER deviendraient effectivement des gouvernements ou des organisations régionaux dotés d’une autorité souveraine. Une telle situation pourrait faire en sorte que le gouvernement définitif au niveau continental soit posé sur des piliers régionaux solides. La Banque aurait ainsi à traiter avec des entités/gouvernements moins nombreux et plus larges, une demi-douzaine de gouvernements, comparé à cinquante-trois pays différents. Ainsi, nous nous préoccuperions davantage de politiques régionales que de politiques nationales, et nous éviterions aussi la difficulté d’avoir à travailler avec des pays qui sont parfois considérés comme non performants au sein des CER. Nous nous occuperions de régions plutôt que de pays particuliers, et nous pourrions compter sur les pays membres des blocs régionaux pour appliquer la pression des pairs les uns sur les autres. Nous n’avons pas accordé de prêt au Zimbabwe, par exemple, parce que ce pays est en retard par rapport à ses obligations de remboursement de prêts à la BAD. Mais si nous considérions le Zimbabwe en tant membre d’une région viable, nous trouverions le moyen d’apporter le développement au peuple de ce pays-là en travaillent avec le gouvernement régional et en en comptant, par la suite, sur les pays membres de cette sous-régions pour s’occuper du maillon le plus faible en leur sein par le biais de la pression des pairs.  Ils se tourneraient vers le pays concerné et diraient, « Ecoutez, en fait vous ralentissez le rythme du développement dans notre sous-région …A cause de vous, nous avons des difficultés à obtenir de l’assistance pour nos programmes de développement régional auprès de la Banque africaine de développement. Donc, s’il vous plait, attaquons-nous de front à votre problème ». En conséquence, cela pourrait permettre aux pays membres d’une sous-région de s’occuper de l’un d’entre eux, et, donc, rendre beaucoup plus facile le travail de la BAD et des autres partenaires au développement. Bien sûr, dans ce cadre, au lieu du système actuel d’allocation par pays, nous aurions à faire face au problème de l’évaluation régionale basée sur la performance et du système régional d’évaluation et d’allocation des ressources basé sur la performance. En d’autres mots, nous devrions passer de l’appropriation et de l’engagement par divers pays et faire pencher la balance vers l’appropriation et l’engagement collectifs, parce que nous serions en train de traiter avec des Etats régionaux au lieu de pays particuliers et, cela nous permettrait de prêter à des entités régionales.

Bien que tout ceci puisse déboucher sur un processus de développement optimal, les entités régionales ont généralement des difficultés à emprunter auprès de nous parce qu’elles n’ont ni bilans, ni le pouvoir d’emprunter du fait qu’elles ne sont pas dotées de l’autorité souveraine. Si nous devions donc évoluer vers cette vision en partant d’une optique régionale, donner des pouvoirs aux CER pour en faire des entités souveraines, nous aurions moins de difficultés à octroyer nos prêts à des projets et programmes régionaux. Le secteur privé pourrait aussi tirer avantage d’un marché beaucoup plus vaste. Nous aurions des marchés plus étendus qui seraient desservis par l’infrastructure (régionale); les gouvernements régionaux conduiraient à une harmonisation des politiques et cela éliminerait ou, au moins, minimiserait la possibilité de voir éclater des conflits transfrontaliers et régionaux; etc. En conséquence, il y a des avantages, mais le rythme de matérialisation de ceux-ci dépend du modèle qui sera suivi.

Q. La Banque africaine de développement, comme nous le savons, est dotée d’une expertise reconnue en matière de développement de l’infrastructure.  Mais il est nécessaire que l’Afrique investisse massivement dans ce domaine afin de garantir la libre circulation des biens et des services à travers les frontières nationales et créer des économies d’échelle grâce à l’intégration des économies nationales—une question dont vous avez bien traité.  Ceci débouchera, pour part, sur un environnement favorable aux affaires et axé sur les résultats qui  attirera les investissements, générera une croissance économique rapide et aboutira à la réduction de la pauvreté qui, bien sûr, est un objectif clé de la Banque. Comment, dans le contexte de ces indicateurs, pouvez-vous formuler le rôle de la fonction opérations d’infrastructure de la Banque que vous dirigez actuellement?

A. J’aimerais invoquer ce à quoi j’ai fait allusion plus haut, c’est-à-dire, les efforts destinés à supprimer les contraintes découlant d’une infrastructure de mauvaise qualité et inappropriée en Afrique.  Permettez-moi de dire encore une fois que des systèmes économiques, monétaires et de réglementation harmonisés, dans des marchés libres et vastes sont essentiels pour un commerce intra-régional et international efficace, et donc, pour la croissance économique.  Néanmoins, ils ne représentent pas une condition suffisante.  Une croissance économique durable et robuste exige aussi le développement et l’entretien d’infrastructures régionales  de transport, de communication et énergétiques modernes et efficaces. Sans celles-ci, il y peu de chances de tirer profit des complémentarités et des synergies entre les économies africaines, de faire avancer l’industrialisation et de créer des emplois. Les efforts de la Banque pour supprimer ces barrières comprennent:

  • Des investissements dans l’infrastructure et les services physiques aux niveaux aussi bien du pays que régional; ils représentent des conditions préalables d’un développement socio-économique durable du continent. Je suis convaincu qu’avec des efforts soutenus dans cette direction, ce développement peut être réalisé au cours du 21e siècle.
  • De plus grands efforts pour mobiliser des ressources additionnelles pour le développement de l’infrastructure.  Ces efforts sont faits au niveau intérieur et extérieur. Au niveau intérieur, de nombreux pays africains ont augmenté leurs investissements dans l’infrastructure physique. Au niveau continental, les programmes UA/NEPAD ont mis l’accent sur la mobilisation des ressources en faveur de l’infrastructure. Notre estimation préliminaire du déficit de financement en matière d’infrastructure nous donne un chiffre de l’ordre de 24 milliards de $ EU.  Nous travaillons ensemble, par l’entremise du Consortium pour les infrastructures en Afrique, dont le Secrétariat se trouve à la Banque, pour coordonner les efforts internationaux à l’effet de mobiliser des ressources additionnelles pour combler ce déficit en vue du développement et de l’entretien de l’infrastructure.
  • La Banque fait aussi des efforts pour renforcer la capacité institutionnelle en matière de développement et d’entretien de l’infrastructure en Afrique.

Ces efforts nécessitent la mobilisation de tous les partenaires au développement et de toutes les sources de financement, y compris le secteur privé. Nous agissons avec dynamisme en vue d’encourager les partenariats public-privé.

Votre question implique que l’on discute de la justification de la composition  du Complexe. Les départements constituant ce Complexe n’ont pas été mis ensemble de manière fortuite. Je crois que la mise sur pied du Complexe avait pour principal objectif de poursuivre un but, celui de l’intégration régionale.  Prenons le cas de l’infrastructure…Comment rendre l’infrastructure viable? Vous avez besoin de marchés plus vastes qui sont créés et rendus viables par l’intégration régionale. Avec des marchés plus vastes, vous pouvez maintenant mettre en place l’infrastructure sur la base de la durabilité.

Les besoins de financement en matière d’infrastructure sont énormes et ne peuvent pas être satisfaits par le seul secteur public.  Le secteur privé et l’investissement connexe doivent, en conséquence, être mobilisés pour compléter l’effort de financement du secteur public.

L’eau et l’assainissement (département), qui est sous ma responsabilité, s’intéresse au problème particulier de l’accès aux services d’eau et d’assainissement, qui, ensemble avec les services d’infrastructure, sont cruciaux pour la réalisation des ODM. Je m’explique…Bien que la pauvreté urbaine soit en train de devenir un problème en Afrique, la pauvreté reste encore, de manière prédominante, un phénomène rural parce que la très grande majorité des pauvres en Afrique vivent en milieu rural. Ceci veut dire que la réalisation des ODM est inextricablement liée à la réduction de la pauvreté en milieu rural, ce qui fait de la fourniture de l’infrastructure rurale un impératif clé pour la réalisation des ODM. 

L’accès à l’eau et à l’assainissement est essentiel pour les programmes de santé et d’éducation. Donc, les ODM en matière de santé et d’éducation ne peuvent pas être atteints sans des infrastructures hydrauliques appropriées et de l’eau de consommation.

Le manque de transports appropriés pour déplacer les produits agricoles, ainsi que les intrants agricoles vers les marchés et les en évacuer étouffe le développement et l’intégration des marchés des marchandises et des facteurs, réduit les gains potentiels découlant de la libéralisation du marché, accroît les frais de commercialisation, et réduit la compétitivité des produits agricoles sur les marchés intérieurs et internationaux.

L’électrification rurale contribue à l’amélioration de la productivité agricole en facilitant l’adoption de technologies simples fonctionnant à l’électricité et pouvant stimuler l’agroindustrie et les industries rurales à production restreinte, y compris le tourisme. Elle a pour effet indirect l’amélioration de la qualité de l’environnement en réduisant  l’utilisation du bois comme combustible. Elle réduit les difficultés des conditions de la vie domestique pour les femmes en leur offrant des alternatives plus efficaces en matière de transformation des aliments au niveaux du ménage et du village. Elle contribue à l’amélioration de la santé et de la sécurité alimentaire grâce à la réfrigération des médicaments et des produits agricoles périssables après la récolte. Enfin, l’électrification rurale améliore la performance des pauvres du milieu rural en matière d’éducation en prolongeant les heures d’étude. 

Bref, donc, le Complexe Opérations qu’on m’a demandé de diriger a un rôle central à jouer dans la réduction de la pauvreté, la promotion de la croissance économique, et, d’une manière générale, la réalisation des ODM.

Q. Comment la Banque se propose-t-elle de contribuer à déterminer les résultats dans le domaine de l’infrastructure et du développement du secteur privé dans les CER au moment où la mondialisation et le concept d’un gouvernement unitaire deviennent des sujets permanents sur la scène régionale économique et politique?

A. Je crois que les résultats parleront d’eux-mêmes. Ils seront vus par l’Afrique.  Pour l’essentiel, un gouvernement unitaire baissera les coûts de transaction pour la Banque et les autres agents économiques du continent; et il y aura moins de retards au niveau des ports et des postes frontaliers; il y aura des avantages synergiques qui seront produits parce qu’il y aura des marchés plus vastes et, grâce à cela, on sera capable de  se battre en tant que régions et en tant que continent. La pression des pairs au niveau régional aidera à éviter les conflits et, de manière générale, la gouvernance va s’améliorer.  Ce gouvernement rendra les investissements dans l’infrastructure beaucoup plus viables et durables, comme je l’ai dit plus haut. Il y aura libre circulation des personnes, des biens et des services entre les pays – le commerce intra-régional sera donc relancé. Tout ce que nous avons à faire en tant qu’institution de financement du développement c’est de continuer à jouer le rôle que nous ont assigné les pays africains, celui de fonctionner en tant que ressource de connaissances en matière de développement, financier de leurs programmes de développement, et intermédiaire pour l’établissement de nouveaux partenariats pour le développement.

Q. Vous avez mentionné le fait qu’il y aurait moins de retards dans les aéroports. Outre les activités portuaires qui causent des retards inutiles, certains pays africains ont des politiques des visas très rigoureuses, toutes choses qui ralentissent les opérations commerciales transfrontalières. Ce sont des obstacles importants à la facilitation de l’intégration régionale.

A. Oui, en effet. Occupons-nous d’abord des retards dans les aéroports. Il y généralement des retards découlant d’une mauvaise planification et/ou de problèmes techniques.  Mais il y des retards plus graves qui résultent d’une utilisation sous-optimale des droits d’atterrissage à travers le continent.  Pour corriger cela, il est nécessaire de revisiter l’Accord de Yamoussoukro afin de le rendre totalement opérationnel.

Maintenant, occupons-nous des autres obstacles à l’intégration régionale, selon les rapports du 9e Sommet sur les chemins de fer en Afrique tenu en 2006, des goulets d’étranglement au niveau des postes frontaliers de l’Afrique australe coûtent à la région 48 milliards de $ par an, du fait, essentiellement, de régimes d’inspection lourds appliqués par des fonctionnaires des douanes aux marchandises transportées à travers les frontières.

Ces retards qui coûtent cher ont un effet domino sur les temps de rotation des fournisseurs de services de transport et logistique, avec des trains et des camions qui mettent en retard les bateaux qui ne livrent pas les marchandises à temps.  Les fournisseurs de transport sont obligés de payer des amendes énormes pour ne pas avoir fait face à leurs obligations dans le cadre des services à rendre à leurs clients.  C’est pourquoi les coûts du transport en Afrique sont les plus élevés par rapport aux autres régions du monde.  Ces contraintes seront supprimées dans une Afrique intégrée.

Q. Vous avez déclaré que la « Banque était attachée à ses trois rôles de financier, de conseiller et de partenaire stratégique au service de nos clients, les pays membres régionaux. » Dans quelle mesure ces rôles s’intégrerons-ils dans la pratique d’un continent africain uni?

A. Dans un continent africain uni, les trois rôles de la Banque (financier, conseiller et partenaire) seraient même plus importants et optimaux, parce que nous les assumerions dans le cadre d’un marché beaucoup plus étendu, associé à un espace ouvert beaucoup plus vaste en termes de terre, d’air et de mer, pour les activités de développement. Permettez-moi d’expliquer brièvement ce triple rôle.

Premièrement, ce sont des rôles que des institutions comme la notre doivent jouer. Nous devons non seulement être des fournisseurs de finances, mais aussi être capables de marier les finances et la savoir, ainsi que l’expertise en matière de développement. Nous nous servons d’un bilan solide pour obtenir, par notre intermédiation, des financements sur les marchés internationaux des capitaux au bénéfice des pauvres. Oui, l’argent peut aussi être mobilisé par le secteur privé, mais ce qui nous différencie, c’est notre capacité d’ajouter la valeur du savoir à cet argent et de le mettre, en tant que solution paquet, à la disposition de nos CER. Si nous devions nous occuper des PMR en tant que sous-composantes des gouvernements régionaux, ce serait mieux parce que nous serions opérationnels sur un espace plus large à un coût de transaction beaucoup moins élevé. Certains pays ne sont pas performants en fonction de notre définition de la performance. Si nous pouvions éviter de traiter avec des pays spécifiques et traiter plutôt avec des gouvernements régionaux, nous pourrions mettre notre assistance technique et nos services consultatifs à la disposition de ces pays-là. Nous mobiliserions nos partenaires qui ne veulent pas, pour le moment, traiter avec les pays qui ne sont pas performants, de même que des donateurs bilatéraux tels que la JBIC, la KfW, et la AFD en tant que partenaires stratégiques.

Le concept régional est, pour moi, viable. Même les régions elles-mêmes auraient certaines frontières entre elles et c’est ici qu’un gouvernement unitaire serait nécessaire pour s’occuper des différences, et faciliter l’harmonisation des conventions et méthodes, entre les régions elles-mêmes. Mais la partie sera au moins à moitié gagnée si nous sommes capables d’éliminer de nombreuses différences existant entre les pays.

Q. Une union plus étroite en Afrique renforcerait-elle, donc, le rôle de la Banque dans la fourniture de services?

A. Elle renforcerait certainement le rôle de la Banque dans la fourniture de services et réduirait les coûts de transaction pour nous, réduirait les conflits entre les pays. Vous aurez des regroupements de pays ayant des relations plus étroites parce qu’ils appartiennent à un gouvernement dit régional unique. Il y aura moins de pays sous sanctions, moins de pays ayant des arriérés de paiement. Avec les pays appartenant à un gouvernement régional, nous serions en mesure d’user de l’influence des pays membres particuliers pour mettre la pression sur les pays qui ne sont pas performants.


Speaker

Nom: Mandla S.V. Gantsho Titre: Vice President in charge of Infrastructure, Water and Sanitation, Private Sector development, and regional integration and trade