L’Observatoire de l’Afrique de l’Ouest N°5 - Les enjeux de santé en Afrique de l’Ouest

12/02/2015
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Le nouveau numéro de L’Observatoire de l’Afrique de l’Ouest, une publication de La Banque africaine de développement (BAD) vient de paraître.

Le rapport présente les dernières évolutions politiques, économiques et sociales en Afrique de l’Ouest. La section « profils pays » offre un focus sur le Bénin, le Burkina Faso, le Cabo Verde, la Gambie, le Ghana, la Guinée-Bissau, le Libéria, le Mali, le Niger, le Nigeria, la Sierra Leone et le Togo.

Pour Emanuele Santi, économiste en chef régional pour l’Afrique de l’Ouest, « la région entre dans une zone de turbulence. L’année 2015 ouvre un cycle d’élections dont le bon déroulement est décisif pour la poursuite de la croissance économique ». Cette année sera particulièrement décisive, en effet, puisque des élections présidentielles auront lieu au Nigeria, en Côte d’Ivoire, au Togo, en Guinée et au Burkina Faso. À eux cinq, ces pays représentent 85 % du PIB de la région.

Sur le plan économique, la région fait montre d’une certaine résilience vis-à-vis de l’épidémie de fièvre Ébola d’une part, et de la baisse des prix des matières premières d’autre part. Face à ces menaces, la diversification croissante des économies ouest-africaines s’avère être un puissant facteur de résistance aux chocs.

Le fait que les cas de contagion de fièvre Ebola marquent le pas laisse enfin entrevoir la fin de l’épidémie. Mais cette crise sanitaire a mis à nu les profondes faiblesses des systèmes de santé ouest-africains. « Cette catastrophe ne relève pas de la fatalité, souligne Emanuele Santi. Elle a été rendue possible par les défaillances des systèmes de santé dans la région. En tant que telle, la crise aiguise de tragique manière la nécessité de protéger les populations contre les risques sanitaires, qu’ils soient épidémiques ou chroniques ». 

À l’heure où Ébola accapare l’attention des médias, cette publication, qui se focalise sur le domaine de la santé, dresse un bilan général du secteur ouest-africain. L’incapacité des pays de la région à atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) montre que, malgré de récentes améliorations, leurs systèmes de santé respectifs ne sont pas à la hauteur des enjeux de développement. Le financement de la santé, auquel les États de la région consacrent en moyenne de 1 % à 5 % de leur budget (un chiffre bien loin des 15 % préconisés par l’Union africaine), est insuffisant pour assurer l’accessibilité des soins et des médicaments pour tous et partout. La grande majorité des dépenses de santé demeure ainsi à la charge des populations. Et, faute de structuration et d’organisation du marché, le personnel et les équipements se révèlent insuffisants pour répondre aux besoins. Par exemple, seule une soixantaine de médecins exerçaient au Libéria avant l’épidémie d’Ebola, dans un pays qui compte 4,3 millions d’habitants. 

La publication traite donc des limites des politiques sanitaires mises en œuvre dans les pays d’Afrique de l’Ouest et des obstacles auxquels ils sont confrontés. Elle formule également des recommandations pour développer des systèmes de santé plus équitables et plus efficaces. Instaurer un régime d’assurance maladie universelle, concentrer les efforts financiers sur les programmes les plus utiles et œuvrer à une plus grande coopération régionale font partie des objectifs majeurs à poursuivre.