Où se trouvent les emplois pour les jeunes africains ? Dans l’agro-industrie !

28/05/2015
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Au cours d’une table ronde organisée dans le cadre des 50èmes Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), qui se sont déroulées à Abidjan, des experts ont déclaré, que le secteur agro-industriel dispose du potentiel pour créer des emplois à des millions de jeunes africains, qui ont achevé leurs études supérieures et obtenu des qualifications adéquates.

Mme Geraldine Fraser-Moleketi, l’envoyée spéciale de la BAD pour les questions de genre, a ouvert les débats dans un panel de discussions, en présentant des statistiques dépeignant l’agriculture comme la mine d’or encore inexploitée du continent.

Elle a fait observer qu’environ 60 pour cent de la surface du continent est constituée de terres arables. Par ailleurs, entre 60 et 70 pour cent de ses populations sont employées dans le secteur agricole et contribuent jusqu’au 70 pour cent du produit intérieur brut (PIB) de la plupart des pays qui s’y trouvent.

De plus, au moins 17 millions de jeunes arrivent sur le marché du travail tous les ans, et le secteur agro-industriel a le potentiel à lui seul de leur fournir des emplois, pour autant que des politiques appropriées soient appliquées par ceux disposant des moyens de les mettre en œuvre.

Une autre statistique clé qu’elle a mise en avant avait trait au fait que 70 pour cent des femmes africaines se retrouvent employées dans le secteur agricole à un niveau de survie élémentaire. Mme Mokeleti a estimé que ces femmes doivent être soutenues, afin que la durabilité des moyens de subsistance qu’elles obtiennent de par leurs activités puisse être mieux assurée.

MM. Joseph Sam Sesay et Isidore Kabwe Longo, ministres de l’Agriculture de la Sierra Leone et de la République démocratique du Congo respectivement, M. Jean-Claude Brou, ministre de l’Industrie et des Mines de la Côte d’Ivoire, et M. Nteranya Sanginga, directeur général de l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA) ont participé aux discussions et passé en revue les potentialités du secteur agro-industriel.

Tous ont convenu qu’il y a de la place pour les jeunes sur la scène agricole. M. Sanginga a raconté ce qui s’est passé au Nigéria, où son organisation a mené des expériences et a enregistré des résultats positifs.

Dans ce pays, a-t-il dit, l’IITA a créé des emplois pour des centaines de jeunes en se servant d’un modèle où les jeunes ayant réussi dans l’agriculture font part de leurs expériences à leurs homologues et les encadrent.

Son organisation offre aussi des formations et dote les jeunes de compétences en matière de production et de transformation de différentes cultures, y compris le manioc, les haricots, le maïs et le niébé. Elle leur fournit aussi un entraînement en aquaculture.

« Et grâce à nos efforts, nous avons réussi à transformer de jeunes Nigérians sans travail, ayant étudié différentes matières à l’université, en agriculteurs accomplis gagnant maintenant leur vie décemment en se livrant à des activités agro-industrielles », a-t-il déclaré.

Suite aux succès rencontrés par l’IITA au Nigéria, son modèle relatif à l’implication des jeunes dans l’agriculture est maintenant répliqué dans d’autres pays africains, et notamment en Tanzanie, en Ouganda et en République Démocratique du Congo.

Le ministre Isidore Kabwe Longo de la République démocratique du Congo a fait état du cheminement de son pays, en appelant les vastes gisements minéraux lucratifs de la RDC « le scandale minier de l’Afrique ».

Il a fait part du fait que son gouvernement a commencé délibérément à faire évoluer le pays hors de l’exploitation minière, une activité qui lui a bâti une grande réputation, après s’être rendu compte qu’en dépit de ses vastes dépôts de ressources minières naturelles, ces dernières n’ont pas été capables de créer des emplois pour tous et de transformer la vie de la plupart des Congolais.

Le ministre a indiqué que le chômage affecte plus de 45 % de la population et que le pays importe pour plus de 40 % de ses besoins en produits alimentaires, ce qui lui coûte plus de 1,5 milliard de dollars US tous les ans.

Et pourtant, en dépit de tout cela, la République démocratique du Congo dispose de terres arables dont la superficie est estimée à 80 millions d’hectares. À cause des conflits que connaît le pays, seulement environ 10 % de ces terres sont actuellement exploitées.

Le panel de discussion est donc parvenu à la conclusion que la paix et la stabilité sont des conditions essentielles à l’exploitation par l’Afrique de ses vastes ressources en terres arables, et que les jeunes peuvent être attirés par le secteur agricole grâce à des méthodes agricoles améliorées par les technologies. Ces dernières seront sans nul doute capables de changer l’état d’esprit de beaucoup d’entre eux qui considèrent le secteur agricole comme celui des personnes âgées et des pauvres.

Les membres du groupe ont aussi convenu que les gouvernements devraient mettre sur pied des chaînes de valeur montrant aux jeunes les intéressantes opportunités qu’offre l’agriculture.