Quels sont les éléments clés pour l'industrialisation de l'Afrique ?

01/06/2015
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Que faudra-t-il pour développer une base industrielle durable en Afrique ? Deux ministres, deux professeurs, un économiste et un industriel, ont planché sur cette question, dans le cadre d’un panel de discussion, en marge des 50èmes Assemblées annuelles de la BAD, à Abidjan, du 25 au 29 mai 2015.

Les deux ministres, participants à la session, intitulée «Industrialisation durable : ce qu'elle implique » - le ministre de l'Industrie et des Mines de Côte d’Ivoire, Jean Claude Brou, et le ministre des Finances et de la Planification économique du Rwanda, Claver Gatete – ont souligné la nécessité d'investir dans des ressources d'énergie durable et dans des infrastructures de transport.

« Chaque fois que je rencontre un investisseur qui envisage de travailler en Côte d’Ivoire, il me demande toujours : « Monsieur le ministre, avez-vous de l'électricité pour nos usines ? C'est la question essentielle à laquelle nous devons répondre », a indiqué le ministre Brou.

Cependant, le ministre Brou a fait remarquer que les gouvernements africains, y compris le sien, ne disposent pas des capacités pour y parvenir seuls, et qu'ils doivent donc prendre les mesures nécessaires pour créer des partenariats entre le secteur public et le secteur privé (PPP) et mobiliser les ressources pour investir dans des projets énergétiques et des infrastructures de transport.

Le ministre des Finances du Rwanda a abondé dans le sens de son homologue ivoirien, ajoutant toutefois que « les gouvernements africains doivent se focaliser davantage sur les besoins des représentants du secteur privé, car ce sont eux qui font avancer les choses. »

«C'est le fossé entre les gouvernements et le secteur privé qui nous retarde. En tant que gouvernements, nous devons reconnaître que le secteur privé constitue notre moteur et que nous devons l'écouter afin d'élaborer les politiques appropriées en faveur d’une industrialisation durable », a déclaré M. Gatete.

Hellen Hai, directrice générale de l'initiative Made in Africa, a fait part de son expérience de lancement d'une usine de chaussures en Éthiopie, qui est devenue aujourd'hui l'un des modèles exemplaires pour l'Afrique et qui s'étend dans plus de pays africains, comme au Rwanda.

« Le modèle chinois consiste à sauter sur le tigre et à décider comment le chevaucher une fois qu'on est dessus», a-t-elle dit, exhortant par là indirectement les gouvernements africains à lancer la campagne pour l'industrialisation.

Le professeur Justin Yifu Lin, de l’Institut du développement de l'Université de Pékin, a déclaré, pour sa part, qu'il existe des exemples de réussite dans des pays et des régions qui autrefois étaient dans la même position que celle de l'Afrique aujourd'hui, mais qui ont depuis réussi à se développer en tant que puissances manufacturières mondiales.

«Des pays, dont la Chine ou Taïwan et beaucoup d'autres en Asie constituent des modèles dont l'Afrique pourrait s'inspirer pour lancer son industrialisation », a-t-il affirmé.

Le professeur Yifu a également exhorté le continent à faire appel à toutes les possibilités dont il dispose pour lancer sa campagne industrielle, observant que les chances sont là et qu'il faut une gouvernance robuste pour mettre en place des politiques pragmatiques afin de lancer l'industrialisation.

Les panélistes ont également convenu que, une fois l'industrialisation lancée, l'Afrique pourra soutenir ses efforts en investissant dans des domaines où les pays disposent d'un plus grand avantage compétitif, afin de fabriquer des produits de haute qualité et concurrentiels à même de susciter la confiance des acheteurs internationaux dans les marques africaines.

Trevor Ncube, éditeur du journal Mail and Guardian d'Afrique du Sud, était le modérateur de ce débat passionnant qui s'est déroulé par un mercredi après-midi pluvieux.

Donald Kaberuka, président de la BAD, s'est également joint au débat et a consacré quelques minutes à saluer Helen Hai, dont le travail sur le continent représente, selon M. Kaberuka, une expérience d'apprentissage majeure pour les pays.

Parmi les autres intervenants figuraient Lemma Senbet, directeur exécutif du Consortium pour la recherche économique en Afrique, et Hippolyte Fofack, économiste en chef de la Banque africaine Import-Export (Afreximbank).


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