Avec de bonnes infrastructures, l’Afrique pourrait atteindre un taux de croissance de 7%, estime Kaberuka

05/12/2013
Share |

L’Afrique pourrait gagner des points de croissance supplémentaires avec de meilleures infrastructures, a estimé le 4 décembre  2013 à Paris, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka. Il s’exprimait  dans le cadre du Forum « Un nouveau modèle de partenariat économique entre l’Afrique et la France »,  volet économique du Sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique.

Pour Kaberuka les 5% de croissance actuels ne sont pas suffisants.  « Tout le monde se satisfait d’un taux de croissance de 5% du  PIB du continent depuis plusieurs années, a-t-il déploré. Mais ce n’est pas ce dont l’Afrique a besoin. Avec la forte croissance démographique, le niveau de croissance nécessaire devrait se situer à 7%. Cette différence entre 5% et 7% est due aux mauvaises infrastructures qui pénalisent le développement du continent. Donc, si nous avions de bonnes infrastructures, nous pourrions atteindre sans difficulté un taux de croissance de 7% par an.  Ce qui serait un bon départ pour l’Afrique. »

Un appel à la mobilisation du président de la BAD qui doit contribuer à éliminer les statistiques qui parlent d’elles-mêmes. Un Africain sur dix n’a pas accès à une route et le coût de l’énergie est deux fois plus élevé sur le continent que partout ailleurs dans le monde. L’Afrique produit à peine 2% de l’électricité mondiale et 600 millions d’Africains n’ont pas accès à cette source d'énergie. Résultat ? Le manque d’infrastructures affecte la productivité des entreprises du continent de 40% !

Pour résorber ces manques et doter l’Afrique d’infrastructures à la hauteur de son développement, 120 milliards de dollars sont nécessaires. Dont les deux-tiers sont à investir dans de nouvelles installations (routes, aéroports, etc.) et un tiers destiné à l’entretien et la maintenance de ces équipements. Et il faut trouver le reste  qui se situe entre  45 et 50 milliards de dollars.

« Le chiffre peut paraître énorme, mais il n’est pas insurmontable », a insisté Donald Kaberuka.  Et le président de la BAD de préciser : « Le défi de BAD est de constituer un outil en trois points. Le premier doit permettre que les projets d’investissements dans les infrastructures deviennent rentables, sérieux et viables. Le deuxième est de mettre en place des investissements dont le risque a été atténué. Et enfin, le troisième point est d’utiliser nos propres ressources pour trouver des capitaux supplémentaires. »

De là est né le projet du fonds Africa 50, avec lequel la BAD veut parvenir à mobiliser 100 milliards de dollars pour financer les infrastructures en Afrique, en faisant appel aux investisseurs institutionnels, africains et du reste du monde.  L’objectif étant d’atténuer les risques liés à ces investissements et de les rendre viables. Un défi qui ne pourra être relevé qu’en ouvrant les projets aux investisseurs du secteur privé, a insisté Donald Kaberuka.

« Personne n’aurait cru dans les années 1990 que les télécommunications et les infrastructures informatiques pourraient être financées par des financements privés. Regardez le parcours de Mo Ibrahim, il a fait fortune dans ce secteur. Le prochain secteur de forte croissance sur le continent sera celui de l’énergie, si les gouvernements mettent en place les réformes nécessaires », a souligné Donald Kaberuka.

La ministre nigériane des Finances, Ngozi Okonjo-Iweala, a abondé dans le même sens. « Je relève le caractère exceptionnel de cette rencontre. Aujourd’hui, l’Afrique est considérée, courtisée », s’est-elle félicitée.  Avant de souligner que « les investissements de la Chine et de l’Inde sont de plus en plus importants. Nos partenaires traditionnels devront travailler dur pour nous convaincre de coopérer avec eux. La France peut, par exemple, jouer un rôle essentiel en nous aidant à relever le défi des infrastructures. »

Signe de cette prise de conscience croissante de l’enjeu économique que représente l’Afrique, la présence de  trois chefs d’Etat : le Tanzanien Jakaya Kikwete, le Sénégalais Macky Sall, et l’Ivoirien Alassane Ouattara.  En outre, 560 chefs d’entreprises, pour moitié Africains, étaient présents au centre de conférences du ministère de l’Economie et des Finances pour écrire les lignes de ce « nouveau partenariat » entre la France et l’Afrique.

« La France doit prendre ses responsabilité avec l'Afrique, Elle doit doubler ses échanges avec le continent dans les 5 ans. Elle doit aussi doubler l'aide et les dons dans les 5 ans à venir . Ainsi, 20 milliards d'euros pourraient être mis à la disposition de projets de développement contre 10 milliards aujourd'hui »,  a estimé le président français, François Hollande.  Et de conclure en disant : « L'Afrique est le continent de demain, de l'avenir. C'est une opportunité pour les Africains eux-mêmes, mais aussi pour les grands pays industrialisés, même si les pays émergents ont eu plus de célérité à comprendre le changement qui se passe en Afrique.  Le temps de l'Afrique est venu. »