Wole Soyinka : Renforcer le rôle des intellectuels africains dans le développement

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Date: 25/10/2010
Lieu: Tunis, Tunisie

Wole Soyinka : "L’inversion de la fuite des cerveaux est essentielle au développement du continent"

Le lauréat du Prix Nobel de littérature, Wole Soyinka, a déclaré que l’inversion de la fuite des cerveaux en Afrique est essentielle au développement du continent. Le célèbre écrivain et activiste civique nigérian a fait  cette déclaration, le lundi 25 octobre 2010 à Tunis, dans le cadre  de la 16è session du programme des conférenciers éminents de la Banque africaine de développement (BAD), sur : « Le rôle des intellectuels africains dans le développement de l’Afrique ». 


1e partie 2e partie
Conférence de presse

Contexte

Le Professeur Wole Soyinka, premier africain à recevoir le Prix Nobel sera l’hôte de la prochaine session du programme des Eminents Conférenciers de la Banque, le 25 octobre 2010 à Tunis. M. Soyinka fera une présentation sur : «Le rôle des intellectuels africains dans le développement de l’Afrique». Le président Donald Kaberuka participera à cette session.

Dramaturge, poète, romancier, essayiste et premier auteur africain et noir à recevoir un prix Nobel de littérature, en 1986, Wole Soyinka incarne le profil type de ces rares intellectuels africains pouvant peser sur les débats politiques et économiques de leur pays.

Wole Soyinka reste incontestablement un homme de combat et d’idées. Ainsi, conseillait-il en 2008 aux activistes des rébellions du Delta du Niger, au Nigeria, de «remplacer le militantisme armé par le militantisme intellectuel dans leur lutte pour la justice, la bonne gouvernance économique et l’équité dans nos pays».  

Un prix pour la littérature africaine, portant également son nom : «Prix Wole Soyinka pour la littérature africaine», d’une valeur de 20.000 dollars, montre bien qu’il s’agit d’un écrivain de grande envergure. Le prix a été mis en place par une ONG de renommée mondiale, The Lumina Foundation, en 2005. Considéré comme le « prix Nobel africain », il a été établi comme un prix prestigieux en son honneur, en vue de célébrer l’excellence, ainsi que ce que le travail intellectuel apporte aux personnes de diverses cultures et langues. Ce prix qui est décerné tous les deux ans, vise à honorer les personnes dont les talents ont eu un impact positif sur la société.

Agé de 76 ans, Wole Soyinka est un écrivain pragmatique. Il vit l’ère des nouvelles technologies de l’information (TIC) avec réalisme et souligne le rôle des nouveaux médias et leur influence sur les publics et les usagers. Pour Soyinka, les usagers des nouveaux médias devraient plutôt s’en servir pour contribuer à la bonne gouvernance et au développement du continent africain. Ironisant sur l’usage qui est fait d’Internet, il dit : “Je pense parfois que l’inventeur d’Internet devrait être décoré et l’on devrait lui dérouler le tapis rouge. Il devrait également être mis sur la selle d’un cheval blanc, puis … pendu au lampadaire le plus proche”. Il ajoute : “C’est étonnant que la technologie soit utilisée pour la diffamation, l’ignominie et l’outrance dans les questions de liberté. Raisons pour lesquelles je m’en tiens au courrier électronique”. Cependant, précise le romancier, “dans les milieux intellectuels engagés l’Internet contribue à dévoiler la corruption et la violence”.

En ce moment où la Chine et l’Afrique célèbrent leur décennie de partenariat, Professeur Soyinka pense que ce pays demeure un partenaire de développement majeur pour notre continent. “Elle représente une nouvelle opportunité et une nouvelle option pour l’Afrique”, affirme-t-il, ajoutant que : “Pourvu que nous ne commutions d’une forme de domination à une autre”.

Aussi, dans le contexte du 50ème anniversaire des indépendances africaines, l’écrivain se demande : « Sommes-nous vraiment indépendants et  autonomes ? Sommes-nous des partenaires égaux dans tous nos échanges, fussent-ils entre nations ou entre individus »? «Je suis très passionné par toutes ces questions liées à la gouvernance et au développement de l’Afrique», a-t-il souligné lors d’une entrevue avec un lauréat du prix portant son nom.

Pour un homme dont le nom est associé à la littérature, M. Soyinka démontrera la bonne maîtrise d’un sujet qui constitue un défi pour le continent et pour toute sa communauté.  Ce 25 octobre 2010 à Tunis, le Prix Nobel tentera de répondre à plusieurs questions latentes de développement : Quel est l’apport concret des nouvelles technologies de l’information (TIC) dans le développement de l’Afrique ?  Quel est aujourd’hui le rôle de la diaspora africaine dans le développement et le renforcement des capacités ? Comment l’Afrique pourrait-elle mieux tirer profit de ses intellectuels pour son développement?

Cette conférence servira, à n’en point douter, de plateforme pour partager les expériences et les meilleures pratiques des autres régions du globe qui ont intégré avec succès leur diaspora dans les questions de développement.

Le programme des Conférenciers éminents s’inscrit dans une démarche visant à donner plus de visibilité à la Banque en tant qu’institution du savoir. Il constitue une plateforme où les responsables africains et les personnalités de renom (Africains comme non-Africains) peuvent échanger leurs perspectives sur les défis de développement que le continent est appelé à relever. Ce faisant, il offre au personnel de la BAD l’occasion d’interagir avec des maîtres à penser, et d’échanger des idées sur la manière de mener le programme de développement du continent à court terme. Grâce au programme, ces éminentes personnalités pourront léguer à la postérité une vision, susceptible d’inspirer les leaders africains actuels et futurs.