Les compétences des femmes sont nécessaires pour l’essor industriel de l’Afrique, indique une chercheuse économiste de la BAD

03/11/2014
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Les femmes doivent disposer de compétences en entrepreneuriat et dans les technologies de l’information et de la communication (TIC) pour apporter une contribution appréciable à la croissance industrielle de l’Afrique. C’était là le message clé, samedi, à la Conférence économique africaine à Addis-Abeba en Éthiopie, au cours d’une session intitulée « Combler le déficit de compétences ».

Des universitaires ont présenté leurs travaux de recherche aux participants, qui comprenaient des politiciens, des économistes et des entrepreneurs – et, selon leurs déclarations, la conclusion évidente était qu’il est possible de combler les vastes lacunes en compétences de l’Afrique en armant les femmes de compétences pratiques et professionnelles. Les chercheurs ont établi que, malgré les nombreuses initiatives en faveur de l’égalité des genres, cela a principalement permis aux femmes d’acquérir des compétences utiles sur le marché du travail, mais pas des compétences entrepreneuriales.

« Les différences en termes de niveau d’études et de compétences, y compris les compétences dans les TIC avec un coût d’opportunité supérieur pour les femmes, expliquent les différences de genre dans les résultats en matière d’entrepreneuriat. C’est pour cette raison que les femmes, en Afrique, sont moins susceptibles de gérer des entreprises très productives », a déclaré Zuzana Brixiova, chercheuse économiste principale auprès de la Banque africaine de développement.

« Encore une fois, par rapport aux entreprises dirigées par des hommes, celles qui ont une femme à leur tête sont moins susceptibles de disposer de leur propre site Internet et d’utiliser le courrier électronique pour interagir avec leurs clients et leurs fournisseurs. Il est également moins probable qu’elles soient titulaires d’une certification de qualité reconnue à l’échelle internationale et qu’elles fassent appel à des technologies octroyées sous licence par des sociétés étrangères ».

Mme Brixiova a soutenu que, pour relever ces défis essentiels, les décideurs doivent prendre sérieusement en considération les différences en matière de compétences et, en particulier, créer des modèles pertinents pour développer les compétences en TIC des femmes et renforcer ainsi la productivité de leurs industries.

Compte tenu d’un taux de chômage de 11,9 % en 2012 et en 2013, où les jeunes représentent 50 % des chômeurs, Mme Brixiova a prévenu que, sans changement des politiques en Afrique, beaucoup de femmes continueront d’être frustrées et qu’elles rejoindront le secteur informel plus rapidement chaque année.

« Sans changement du contexte de l’égalité des sexes, plusieurs millions de femmes risquent d’être laissées pour compte parce que les différences technologiques impliquent une dimension de genre évidente. Il n’est plus acceptable que les femmes accusent un retard par rapport aux hommes dans l’accès aux formations ou dans l’application des technologies », a-t-elle poursuivi.

« Les décideurs doivent identifier les facteurs qui forcent beaucoup de femmes en Afrique à rejoindre le secteur informel moins productif, et chercher à déterminer pourquoi le niveau d’études des femmes est inférieur dans plusieurs pays sur le continent ».

En règle générale, l’ajout de valeur dans le capital humain est primordial pour l’essor industriel définitif de l’Afrique – et une éducation de base ne suffira pas à elle seule, selon Manitra Rakotoarisoa, un économiste de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Lors de la présentation de ses travaux de recherche, M. Rakotoarisoa a déclaré que des investissements dans le capital humain après ou pendant le processus d’éducation formelle constituent une étape décisive pour renforcer les industries dans le secteur manufacturier.

« La création d’un ajout de valeur pour l’emploi est un message qui doit faire écho dans les pays les moins avancés riches en ressources naturelles », a-t-il ajouté.

« Ainsi, les décideurs éviteront de répéter les erreurs passées où l’on misait trop sur les gains volatils provenant des exportations de matières premières, et ils s’engageront plutôt sur les voies plus stables de la fabrication basée sur les compétences pour bâtir leur prospérité ».

Selon la Banque mondiale, la valeur ajoutée réelle par habitant dans le secteur manufacturier en Afrique subsaharienne était d’environ 61 dollars US en 2004, ce qui ne représente qu’approximativement un quatre-vingtième de celle des pays développés.