Journée mondiale de lutte contre le sida 2013 – Déclaration de Donald Kaberuka

Share |

De: 01/12/2013
A: 01/12/2013

 

L’Afrique a enregistré de solides progrès en matière de lutte contre la pandémie du VIH/SIDA. Ces sept dernières années, les décès liés au sida ont chuté de 32 %. Le nombre de personnes ayant contracté le VIH a quant à lui baissé de 25 % au cours des 10 dernières années. Le taux de transmission du virus de la mère à l’enfant est lui aussi passé de 35 % en 2001 à 26 % en 2010. Il y a 10 ans, l’Afrique comptait moins de 50 000 personnes bénéficiant d’un traitement ARV.

Aujourd’hui, quelque 6 millions de personnes y ont accès. Il y a quelques années, seuls le Sénégal et l’Ouganda affichaient des résultats exceptionnels dans la lutte contre le VIH/sida et parvenaient à endiguer la propagation du virus. Aujourd’hui, 25 pays africains ont réduit de plus de moitié leur taux d’infection au VIH. Beaucoup a été fait. Toutefois, les risques sont loin d’être éliminés. En effet, toute nouvelle infection est une menace. Nous ne devons pas baisser la garde. Nous devons plutôt renforcer notre vigilance.

Souvenez-vous, 30 ans se sont écoulés depuis l’annonce du premier cas de séropositivité. Pas moins de 24 millions d’Africains ont perdu la vie. L’Afrique est aujourd’hui le continent qui paie le plus lourd tribut à cette pandémie, avec 91 % des enfants atteints du VIH dans le monde, 89 % d’orphelins du VIH et 69 % de personnes vivant avec le virus. Chaque jour, 3 500 Africains meurent du SIDA, alors que des millions d’autres, leurs familles et leurs communautés subissent les traumatismes économiques, psychologiques et sociaux de ce fléau. La stigmatisation associée au VIH continue de provoquer des souffrances dans la société, sur les lieux de travail et même dans les foyers. En Afrique, les femmes sont encore plus durement touchées que les hommes. En 2012, 58 % des personnes vivant avec le VIH étaient des femmes.

Le VIH/SIDA continue d’avoir des effets dévastateurs sur la ressource la plus précieuse du continent : nos populations. Il dérobe à l’Afrique les travailleurs qualifiés dont elle a tant besoin et prive des familles de leurs revenus. Il compromet notre capacité à éduquer et à développer notre capital humain. Selon les estimations, le Kenya a perdu 1,7 % de ses enseignants entre 2000 et 2010 du fait du VIH/SIDA.

En partenariat avec les gouvernements, les organisations internationales, la société civile et le secteur privé, la Banque africaine de développement poursuit « l’objectif zéro » dans le cadre du Programme de lutte contre le VIH/SIDA, à savoir : zéro nouvelle infection, zéro discrimination et zéro décès lié au SIDA. Certes, cet objectif n’est pas facile à atteindre, mais la Banque entend aider les pays africains à s’approprier, tout d’abord, l’initiative de la riposte au SIDA. Il est temps que l’Afrique prenne des mesures décisives pour réduire sa dépendance à l’égard de l’aide extérieure et s’efforce de trouver elle-même des solutions plus viables. Selon l’ONUSIDA, l’Afrique aura besoin de 11 ou 12 milliards de dollars EU d’ici à 2015 pour financer la riposte au SIDA. Dans le même temps, l’aide internationale à la lutte contre le VIH s’amenuise, mettant en péril les progrès accomplis jusque-là.

Deuxièmement, la Banque veut aider les pays africains à appliquer plus rigoureusement les principes de « l’utilisation optimale des ressources » et de la « solidarité », afin de renforcer nos systèmes sociaux. Il est temps de changer la façon dont nous mobilisons et dépensons nos ressources en matière de lutte contre le VIH. Dans bien des cas, l’approche verticale n’est probablement plus la plus économiquement avantageuse. Il importe désormais d’intégrer les services liés au SIDA dans les systèmes généraux de prestation de soins de santé et d’encourager la production locale des antirétroviraux.

Troisièmement, la Banque est favorable à la création de systèmes de santé inclusifs pour lutter contre la stigmatisation et la discrimination. Il est temps de nous atteler à ces dommages collatéraux en développant une culture de solidarité et de compassion tant dans nos communautés que sur les lieux de travail. Nous ne pouvons pas nous permettre d’abandonner les victimes du VIH/SIDA et leurs familles à leur sort.

Enfin, grâce à son programme de croissance inclusive, la Banque entend appuyer les efforts visant la réduction de la vulnérabilité des femmes et la prévention de la transmission mère-enfant. C’est ainsi que dans sa réponse à cette épidémie, la Banque accorde une attention prioritaire à la dimension genre. Les progrès récemment enregistrés laissent penser que les solutions sont à portée de main. Nous pouvons réduire les inégalités entre les sexes en dotant les femmes de moyens et en mettant à leur disposition les informations et les services permettant de prévenir et de traiter le VIH. Il est possible d’inclure des stratégies de lutte contre les violences à caractère sexiste dans les programmes de prévention du VIH. Les traitements efficaces permettant de réduire la transmission de la mère à l’enfant doivent être généralisés et accessibles aux populations qui en ont besoin, quelle que soit leur situation socio-économique. Une attention prioritaire doit aussi être accordée à la formation des personnels de santé en vue de la fourniture de conseils et de services non sexistes. Fait plus important encore, nous devons sensibiliser les hommes et susciter leur participation à l’instauration d’un environnement propice à la réduction de la vulnérabilité des femmes à l’épidémie.

L’Objectif zéro commence par nous. Il est grand temps que les employés de la Banque prennent soin d’eux-mêmes et de leurs familles en tirant avantage des services VIH/SIDA assurés par le Centre médical de la Banque, et en particulier des consultations et tests de dépistage confidentiels, anonymes et volontaires offerts gratuitement aux membres du personnel et à leurs familles.

Je tiens par ailleurs à souligner que la Banque africaine de développement pratique la tolérance zéro à l’égard de la discrimination et qu’il importe que nous soyons solidaires les uns des autres, tant dans nos communautés que sur nos lieux de travail. Nos efforts visant à atteindre l’Objectif zéro produisent des résultats. Poursuivons notre lutte afin de léguer à la prochaine génération d’Africains – à savoir nos enfants, nos fils et nos filles - une vie sans sida. Zéro n’a jamais eu autant de valeur !