Hydrométéorologie en Afrique : une aide de 600 millions $ au secteur

05/12/2015
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En partenariat avec la Banque africaine de développement (BAD) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la Banque mondiale a annoncé, le 4 décembre 2015, le lancement d’un programme de 600 millions de dollars EU, intitulé  « Renforcer la résilience aux changements climatiques et aux catastrophes en Afrique subsaharienne ». Objectif : améliorer les services hydrométéorologiques dans 15 pays d’Afrique de l’Ouest. De fait, la plupart des pays africains pâtissent d’un manque d’infrastructures de qualité et d’accès aux technologies modernes pour produire et diffuser au grand public des informations météorologiques qui soient fiables et à jour.

Invité à s’exprimer pour ce lancement en marge de la Conférence sur le changement climatique qui se déroule du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris, Jeremiah Lengoasa, secrétaire général adjoint de l’Organisation météorologique mondiale, a déploré la faiblesse des infrastructures et des capacités techniques de la plupart des services météorologiques africains. Or « ces services sont essentiels pour renforcer la résilience au changement climatique, a-t-il indiqué, car ils offrent des systèmes d’alerte précoce ». Et d’ajouter : « mais, en réalité, la plupart des services météorologiques de la région ne sont pas en mesure de fournir les informations nécessaires aux décideurs. Ce n’est pas de leur faute, mais plutôt dû au manque d’infrastructures et de technologies modernes qui permettent d’offrir des services fiables ».

Aussi, le programme entend renforcer les compétences des services météorologiques nationaux et régionaux, ainsi que la collaboration entre les différents acteurs de la chaîne des services météorologiques.

Le secrétaire général adjoint de l’Organisation météorologique mondiale a aussi déploré que certains programmes soient conçus avant tout pour bâtir un héritage plutôt que des partenariats, qui sont pourtant la clé de voûte pour attirer les investissements et assurer la pérennité du secteur : « Un grand nombre d’initiatives sont faites sans partenariat, mais se fondent sur un héritage ». Ce à quoi il a ajouté, au sujet du programme de 600 millions de dollars EU : « Mais cette initiative-ci, qui est une initiative d’investissement, devrait permettre, si elle est bien coordonnée, de véritablement changer la donne ».

Pour Aly Abou-Sabaa, vice-président de la BAD, ce programme arrive à point nommé – car l’Afrique souffre déjà des conséquences du changement climatique – et fait écho à l’initiative Clim-Dev Africa, que soutient la BAD et qui vise à moderniser les services météorologiques nationaux et régionaux en Afrique.

« La plupart d’entre vous, qui avez assisté aux événements que nous avons organisés en marge de la conférence, savent que la Banque s’est engagée à doubler le volume de l’aide qu’elle offre aux initiatives pour lutter contre le changement climatique. Toutefois, ça ne pourra se faire que si les pays s’engagent eux aussi à fournir des subventions complémentaires. Ce qui aidera à s’approprier le programme », a indiqué le vice-président Aly Abou-Sabaa.

Laura Tuck, vice-présidente du Groupe de la Banque mondiale a, quant à elle, souligné les enjeux significatifs auxquels le continent africain fait face en raison du changement climatique, outre le risque de voir plonger des millions de personnes dans la pauvreté, si rien n’est fait pour les aider à s’adapter.

« L’Afrique a connu une croissance soutenue au cours de la dernière décennie, mais cette croissance est menacée […]. Jusqu’à 100 millions de personnes pourraient plonger dans l’extrême pauvreté à cause du changement climatique », a-t-elle insisté, s’appuyant sur les résultats d’un récent rapport de la Banque mondiale, intitulé Ondes de choc : maîtriser les impacts du changement climatique sur la pauvreté.

La vice-présidente du Groupe de la Banque mondiale l’a affirmé : le secteur de la météorologie en Afrique requiert des  investissements importants. Mais, a-t-elle aussi précisé, seuls 10 % des 500 millions de dollars EU d’aide que la Banque mondiale octroie aux services météorologiques dans le monde ciblent l’Afrique.

Défendant elle aussi l’importance de disposer de services météorologiques fiables pour s’adapter au changement climatique, Annick Girardin, ministre d’État française en charge du Développement et de la Francophonie, a déclaré : « Les prévisions météorologiques sont la première étape du processus d’adaptation au changement climatique. Ne pas en avoir est, en soi, une vulnérabilité sérieuse ».

Fatimata Dia Sow, commissaire de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a abondé dans le même sens : « La prévention n’est possible qu‘avec des informations fiables. La CEDEAO est la région d’Afrique la plus exposée aux inondations ». A ses côté pour nourrir le débat,  Aida Diongue Niang, directrice de l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie du Sénégal, Djibrilla Maiga, directrice générale de Mali Météo, et Richard Jones, un scientifique du Met Office, le service météorologique du Royaume-Uni. Tous ont insisté sur l’importance de disposer de données météorologiques fiables pour résister aux changements climatiques et aux catastrophes.

Le programme « Hydromet » de la CEDEAO arrive donc à point nommé, dans une région où les inondations et les sécheresses sont hélas par trop fréquentes.