Réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI - L’Afrique a besoin d’une réponse rapide à la crise, plaide Kaberuka

27/04/2009
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Washington, le 27 avril 2009- « La sortie de crise des pays africains sera certainement plus lente et tardive que dans les autres pays », a déclaré le président de la Banque africaine de développement (BAD) au comité de développement de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), lors des assemblées de printemps des deux institutions de Bretton Woods.

Joignant sa voix aux prédictions de la Banque mondiale et du FMI faisant état d’une sévère détérioration humanitaire dans les pays en développement, M. Donald Kaberuka a rappelé que l’Afrique, pour être relativement isolée du système financier international, subissait néanmoins de plein fouet les conséquences économiques de la crise.

"A cause de la relative isolation de son système bancaire, l'Afrique n'a pas été touchée par la crise financière, a-t-il déclaré en substance. Elle n'a donc pas connu des développements spectaculaires comme des faillites bancaires en cascade. Pour n'être pas aussi spectaculaire que dans le monde industrialisé, la crise n'est pas pour autant moins dure en Afrique."

Il a rappelé à cet égard que la crise affectait tous les facteurs de la croissance en Afrique : baisse drastique des exportations, particulièrement importante dans les pays exportateurs de matières premières, assurant l'essentiel de la croissance du continent ; recul des transferts de la diaspora, elle-même touchée par la crise dans ses pays de résidence ; tarissement du crédit bancaire et du financement du commerce.

La Banque africaine de développement a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour l'Afrique, les réduisant de moitié, à 3 % seulement a indiqué à cet égard le président Kaberuka. Avec une croissance démographique de l'ordre de 3 %, nous sommes dans un scénario de croissance nulle, a-t-il insisté. Avec des conséquences dramatiques pour l'Afrique : hausse des maladies, augmentation du taux de mortalité, infantile notamment, déscolarisation des enfants, double déficit (déficit de la balance des paiements et déficit budgétaire).

Dans ces conditions, la sortie de crise des pays africains sera plus lente et tardive que les autres pays, a insisté le président de la BAD.

S’exprimant dans une conférence de presse sur «l’avenir du financement du développement en Afrique», M. Kaberuka s’est félicité de ce que les pays donateurs n'aient pas encore annoncé de réduction de l'aide publique au développement. Il a toutefois estimé que les montants de l'aide risquaient d'être mécaniquement impactés, l'engagement des pays de l'OCDE de consacrer 0,7% de leur PIB à l'assistance publique portant désormais sur des PIB réduits.

M. Kaberuka a également alerté l'opinion internationale sur la nécessité de prendre en compte les besoins des pays les plus pauvres dans les récents engagements du Sommet du G20 à Londres. Les pays du G20 sont convenus de renforcer le capital des banques multilatérales de développement, mais il n'y a pas encore d'engagements spécifiques relatifs aux guichets concessionnels des BMD, dont les actions ciblent les pays à faible revenu et les Etats fragiles.

Rappelant que la Banque africaine de développement avait très rapidement répondu aux besoins de ses pays membres régionaux frappés par la crise économique en mettant en place un certain nombre de mécanismes à décaissement rapide (Initiative de financement du commerce, Facilité de liquidité d'urgence) mobilisant prématurément des ressources initialement destinées à des actions de développement, le président Donald Kaberuka a plaidé pour un lancement anticipé des négociations pour la reconstitution des guichets concessionnels de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale.

Il a également appelé de ses vœux un certain nombre de mesures destinées à atténuer l'impact de la crise sur l'Afrique, comme l'affectation d'une partie des revenus de la vente d'or du FMI pour les pays les plus pauvres.

Face aux gouverneurs de la Banque mondiale et du FMI réunis en séance du Comité de développement, M. Kaberuka a estimé que les ressources nécessaires pour éviter aux pays africains de perdre les fruits de plusieurs décennies de réformes économiques étaient mobilisables. "Il est important que nous sachions aujourd'hui ce que nous pouvons faire dans un an, dans deux ans, pour conjurer l'incertitude et la volatilité", a-t-il plaidé.

En marge des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, le secrétaire d'Etat au Trésor, Timothy Geithner, a rencontré le président Kaberula ainsi que les ministres des finances et les gouverneurs de Banque centrale du Nigeria, d'Afrique du Sud, de Zambie, de Tanzanie, du Sénégal, du Ghana, du Kenya et du Liberia. Ils ont passé en revue l'impact de la crise sur l'Afrique et appelé le G20 à mettre rapidement en oeuvre ses engagements, notamment la nécessité que la BAD dispose de suffisamment de capital et de ressources concessionnelles pour assister tous ses pays membres régionaux.

La participation de la Banque africaine de développement aux réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI a permis de faire prendre conscience des enjeux spécifiques que poseraient les lenteurs dans le renforcement de l’aide à l’Afrique.