La Journée mondiale de l'alimentation : Adapter l'agriculture africaine aux exigences du changement climatique

14/10/2016
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La Journée mondiale de l'alimentation  célébrée le dimanche 16 octobre 2016, marque le 71e anniversaire de la création de l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) dont le premier objectif est de libérer l'humanité de la faim et de la malnutrition.

Placée sous le thème « Le climat change, l'alimentation et l'agriculture aussi », cette Journée s'aligne sur les objectifs de la prochaine Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, la COP22, qui aura lieu du 7 au 18 novembre 2016 à Marrakech, au Maroc.

Mais avant cette rencontre, l'importance de l'alimentation et de la nutrition pour le développement de l'Afrique figurera en tête du programme de la 7e Journée africaine pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, qui se déroulera à Accra, au Ghana, du 26 au 28 octobre 2016, sous le thème « Investir dans les systèmes alimentaires pour améliorer la nutrition de l'enfant : La clé de la renaissance africaine ».

Avec près de 240 de personnes souffrant de la faim, le continent africain représente 30 % des 800 millions de personnes qui, à travers le monde, ne peuvent se nourrir convenablement pour mener une vie saine et active. En termes de pourcentage de la population, l'Afrique subsaharienne est la région du globe où la prévalence de la faim est la plus forte, ce malgré le fait que le continent possède 65 % des terres arables inexploitées de la planète. Plus inquiétant encore est le fait que la situation alimentaire et nutritionnelle de l’Afrique est en train de s'aggraver car les populations dans leur ensemble ont de plus en plus de mal à accéder aux aliments de base tels que le maïs, le mil, le riz, le manioc, l'igname, les fèves et d'autres encore, en raison d'un déclin des rendements agricoles et d'une hausse des prix imputée aux effets du changement climatique.

L’on entend souvent parler de larcins commis par des voleurs dérobant des marmites de soupe brûlante, ou de rixes intermittentes entre bergers et fermiers locaux dans certaines parties du continent. Ce sont autant d'indices de l'ampleur de la crise alimentaire qui se profile.

Selon les estimations du Département de l'agriculture et de l'agro-industrie de la Banque africaine de développement (BAD), si l'Afrique ne prend pas des mesures concertées pour affronter les causes et effets du changement climatique, les rendements des principales cultures de base de l’Afrique pourraient baisser de 8 à 22 % d'ici à 2050. À l’horizon 2100, les rendements de cultures de maïs pourraient décliner de 20 à 45 %, celles de blé, de 5 à 50 %, celles de riz, de 20 à 30 %, et celles de soja, de 30 à 60 %. Par ailleurs, l'agriculture représente environ 14 % des émissions de gaz à effet de serre, proportion qui, selon les projections, pourrait monter à 25 % si on y inclut la foresterie et les autres usages du sol.

L'atteinte de la cible Faim Zéro en 2030 ne sera possible qu'en s'attaquant au changement climatique, car les millions de personnes qui souffrent de sous-alimentation chronique sont des petits agriculteurs, des pêcheurs et des éleveurs plus particulièrement affectés par l'élévation des températures, l'augmentation des crues et inondations, et d'autres catastrophes liées au climat

La BAD fait face aux impacts du changement climatique sur l'agriculture, ainsi qu'aux facteurs agricoles contribuant au réchauffement climatique, en adoptant une approche sur plusieurs fronts sous l’impulsion de ses Cinq grandes priorités (le « Top 5 ») ‑ Éclairer l'Afrique et l'alimenter en énergie, Nourrir l'Afrique, Industrialiser l'Afrique, Intégrer l'Afrique et Améliorer la qualité de vie des Africains ‑ qui servent de canevas à la mise en œuvre de sa Stratégie décennale 2013-2022.

La première priorité, Éclairer l'Afrique et l'alimenter en énergie, traite également de financement de l'action climatique, d'adaptation au climat, et de développement sobre en carbone. La Banque a pris l'engagement de tripler ses concours financiers en faveur de la lutte contre le changement climatique, pour les porter à 5 milliards de dollars EU par an d'ici à 2020, notamment en mobilisant davantage de financements par le biais de fonds d’investissement pour le climat. 

Face à l'avenir, la Stratégie Nourrir l'Afrique de la BAD porte en premier lieu sur l’intensification de l'agriculture en tant qu'activité marchande à valeur ajoutée, conduite par le secteur privé, soutenue par le secteur public, et bénéficiant de mécanismes de financement innovants visant à mettre un terme à la faim et à la pauvreté rurale en Afrique pendant la décennie à venir. Le levier n° 6 de la Stratégie Nourrir l'Afrique, qui concerne l’amélioration de l'inclusion, de la durabilité et de la nutrition, prévoit de renforcer la résistance aux phénomènes climatiques en octroyant des fonds en appui à l'adaptation climatique et à l'adoption de pratiques agricoles climato-intelligentes. Au fil des ans, la Banque a collaboré avec ses pays membres régionaux (PMR) en vue de mobiliser des ressources supplémentaires pour faire face au changement climatique. Une partie de ces ressources a été consacrée au développement d'une agriculture intelligente face au climat. Ces fonds comprennent le Fonds d'investissement pour le climat, le Fonds pour l'environnement mondial, le Fonds vert pour le climat, et le Fonds pour les changements climatiques en Afrique. Par ses travaux, la Banque a contribué à l'intégration de mesures en matière de protection de l'environnement, de lutte contre les changements climatiques et de sécurité alimentaire, et également à renforcer la résilience et à intégrer la gestion des pêcheries et des ressources en eau dans ses opérations agricoles. 

Le montant total des investissements qui seront requis pour mener à bien le programme de transformation prévu par la Stratégie Nourrir l'Afrique, sous un horizon de 10 ans, est estimé à entre 315 et 400 milliards de dollars EU. Au cours de cette période de 10 ans, la Banque investira 24 milliards de dollars EU et mobilisera des fonds supplémentaires par le biais d’apport de fonds propres, de quasi-participation, d’emprunts, d’instruments de risque, et autres sources, afin de catalyser des investissements à grande échelle de la part du secteur privé, en sus d’un cofinancements des bailleurs traditionnels et de nouveaux intervenants pour obtenir les fonds nécessaires à la transformation agricole du continent.

Encore plus important est le fait qu'à l'occasion des Assemblées annuelles de Lusaka en mai 2016, la BAD ‑ œuvrant en partenariat avec le Global Panel on Agriculture and Food Systems for Nutrition, l'Union africaine/le NEPAD, la fondation Bill and Melinda Gates, l'organisation Big Win Philanthropy, la fondation Dangote, la Banque mondiale et le Fonds alimentaire mondial ‑, a créé « The African Leaders for Nutrition » (les Leaders africains investissent dans la nutrition) un organe de haut niveau qui réunira des chefs d'État et des dirigeants du secteur privé en vue de promouvoir la reddition de comptes et d'éliminer la malnutrition sous toutes ses formes à travers le continent.

« Accéder à de la nourriture en quantité et qualité suffisantes constitue un droit humain fondamental, » a déclaré en mai Akinwumi Adesina, président de la BAD. « On ne peut absolument pas justifier que l'Afrique, qui possède plus de 65 % des terres arables inexploités du monde, ne puisse se nourrir elle-même, dépensant chaque année 35 milliards de dollars UE en importations alimentaires, somme qui passerait à 110 milliards d'ici à 2030 si rien n'est fait pour inverser la tendance actuelle. »

Les exhortations du président Adesina méritent assurément d'être réitérées à l'occasion de la 71e Journée mondiale de l'alimentation et de la 7e Journée africaine pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle.