Le « New Deal pour l’énergie » de la BAD emporte l’adhésion des décideurs mondiaux et des acteurs du secteur privé

26/05/2016
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Maintes fois évoqué lors des différentes sessions qui rythment les 51e Assemblées annuelles de la BAD, le “New Deal pour l’énergie” du président Adesina a achevé de convaincre et d’emporter l’adhésion des décideurs mondiaux et hauts dirigeants d’entreprise présents à Lusaka.

Ainsi, réunis mercredi 25 mai pour une table ronde dédiée, intitulée « L’énergie en Afrique : qu’est-ce que le New Deal ? », Kofi Annan, ex-secrétaire général de l’ONU et actuel président de l’Africa Progress Panel, Olusegun Obasanjo, ex-président du Nigeria, Horst Koehler, ex-président allemand, Nick Hurd, sous-secrétaire d’État parlementaire en charge du développement international au Royaume-Uni, Carlos Lopes, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, et Jay Ireland, pdg de General Electric Afrique – entre autres – se sont ralliés à cette initiative lancée sous l’égide du président de la BAD, qui entend offrir aux Africains l’accès universel à l’énergie d’ici 2025.

Au cours du débat, tous ont souligné combien ce New Deal pour l’énergie sera utile pour assurer la coordination des investissements dans le secteur de l’énergie en Afrique, une coordination nécessaire pour en faciliter la mise en œuvre. Autre sujet de consensus :’Afrique a tout ce qu’il faut pour parvenir à l’accès universel aux services énergétiques tout en réduisant l’intensité de carbone de sa croissance, diminuant ainsi son volume d’émissions de CO2.

C’est qu’il y a urgence : en Afrique, près de 621 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité et quelque 600 000 personnes décèdent chaque année de la pollution de l’air intérieur due à l’utilisation de la biomasse pour cuisiner. 

« Que tant d’Africains vivent sans bénéficier même des avantages les plus rudimentaires de l’énergie moderne est inadmissible, en cette deuxième décennie du XXIe siècle », a lancé Kofi Annan, ex-secrétaire général de l’ONU et actuel président de l’Africa Progress Panel, dans son discours liminaire. Et du fait même de cet accès limité à l’énergie, certaines des populations les plus pauvres au monde s’acquittent de tarifs parmi les plus élevés au monde pour accéder à l’électricité, a-t-il précisé.

Et d’ajouter que la transformation des systèmes énergétiques africains améliorerait radicalement les perspectives d’une croissance économique à même de réduire la pauvreté et d’accélérer les progrès en matière d’amélioration de la qualité de vie.

Dans son discours, le président de la BAD, Akinwumi Adesina, a lui aussi dit combien il est urgent d’accélérer la mise en œuvre des projets visant à éclairer l’Afrique. Car, si le potentiel énergétique de l’Afrique est incontestable, les industries ne fonctionnent pas avec du potentiel, mais avec de l’énergie, a-t-il souligné. Et de déclarer : « La volonté politique est cruciale. Nous devons nous assurer que les projets aboutissent plus vite », ajoutant qu’accélérer les raccordements hors réseau fait non seulement gagner du temps, mais aussi de l’argent –  et cela s’avère le meilleur moyen de développer l’électrification en milieu rural sur le court terme.

Les récents progrès dans les technologies, les modèles commerciaux et l’approche des financements démontrent que le secteur de l’énergie offre d’importants débouchés commerciaux qu'il est possible d'exploiter en une dizaine d'années, ont souligné les participants.

« Il y a matière à se réjouir, a déclaré Kofi Annan. Au cours de l’année écoulée, la dynamique d’électrification s’est développée en Afrique. Il nous appartient désormais d’intensifier ces efforts de toute urgence ». Et d’ajouter que le moment est venu pour l’Afrique de libérer son potentiel de transformation énergétique au profit de sa population et de ses économies, mais aussi de se muer en un marché sobre en carbone de premier plan sur la scène internationale.

Reste, comme l’ont nuancé les participants à la table-ronde, que l’importance des besoins en matière de développement en Afrique implique que les pays aient encore recours au charbon et aux autres énergies fossiles (pétrole et gaz) pour faire tourner leurs industries. Aussi faut-il adopter une approche progressive, pour laisser place, au fur et à mesure, aux énergies propres.

Mais, pour que la transition énergétique soit un succès, il faut que l’intérêt national à long terme l'emporte sur les bénéfices politiques à court terme, les intérêts particuliers et la corruption, a mis en garde M. Annan. Il faut aussi stimuler et renforcer les ambitions et les partenariats multiformes impliquant le secteur public, les fournisseurs d’infrastructures et de services ainsi que les bailleurs de fonds.

Le président de l’Africa Progress Panel a mis en exergue deux types de défis que doivent relever les gouvernements africains – à la fois différents et similaires : pour créer des emplois et engendrer la prospérité, il faut accroître considérablement la production d’énergie que les citoyens sont en droit d’attendre ; et intensifier les efforts pour parvenir à l’accès universel. Mais il faut aussi impulser une gouvernance décisive à l’échelon national, impliquer le secteur privé et obtenir le soutien de la communauté internationale pour pouvoir étendre l’accès à l’énergie à tous les Africains, tout en évitant d’emprunter la voie d’un développement à forte intensité de carbone que les pays riches et les marchés émergents ont adoptée. L’ancien chef d’Etat allemand Horst Koehler a d’ailleurs exhorté les pays développés à aider les pays africains en matière de technologies et de réduction des émissions de CO2.

Le “New Deal pour l’énergie” que la BAD a adopté sous l’égide de son président, Akinwumi Adesina, ne manque pas d’ambition : 12 milliards de dollars seront investis dans les cinq ans dans le secteur de l’énergie. Objectif : faire en sorte que tous les Africains aient accès à l’électricité à l’horizon 2025. Comme l’a martelé le président Adesina dans son allocution d’ouverture de ces Assemblées, « L'Afrique doit voir grand, accomplir de grandes choses et avancer à grands pas. Ne faisons jamais preuve de manque d’ambitions pour l'Afrique. »

Aussi a-t-il rappelé lors de cette table ronde dédiée à l’énergie les Cinq grandes priorités qu’il a assignées à la Banque. Or « éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie » est la première d’entre elle avec, en son cœur, le New Deal pour l’énergie, qui aidera la BAD à atteindre l’objectif d’un accès universel à l’énergie en dix ans. Autres objectifs de ce New Deal : ajouter 160 gigawatts de capacités au réseau électrique, raccorder 130 millions de personnes au réseau d’électricité et 75 autres millions à des sources hors réseau et permettre à 150 millions de foyers de recourir à des énergies propres pour la cuisson de leurs repas.

Résoudre la problématique de l’énergie en Afrique permettra de sauvegarder les ressources naturelles du continent – ses forêts notamment.
« Énergie et changement climatique » est le thème de ces 51e Assemblées annuelles de la BAD.