Akinwumi Adesina : « Vous pouvez compter sur la BAD comme partenaire pour assurer l’éducation en Afrique »

14/04/2016
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Le partenariat – entre secteur public, secteur privé et le troisième « secteur » que constituent ONG et fondations – était le thème d’une rencontre organisée jeudi, à Washington, par la Global Business Coalition for Education (Alliance mondiale des entreprises pour l’éducation), à laquelle participait le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina. « Nous devons prêcher une révolution, car il faut que les choses changent », a lancé un porte-parole du Portland Trust. « Nous ne pouvons exister, nous ne pouvons continuer, nous ne pouvons progresser sans partenariats », a renchéri le représentant de la Wellbeing Foundation.

Si une grande partie du débat a porté sur l’importance déterminante de continuer de proposer des services d’enseignement dans les situations d’urgence et humanitaires à travers le monde, Akinwumi Adesina a exposé les défis plus généraux et à plus long terme que pose l’éducation sur le continent africain. En ce domaine, la Banque a d’ailleurs investi 1,6 milliard de dollars EU en faveur de quelque 50 projets spécifiques au cours des dix dernières années.

30 % des personnes analphabètes dans le monde se trouvent en Afrique, a poursuivi le président de la BAD, de même que près de la moitié des enfants de la planète qui ne sont pas scolarisés. Cette absence d’enseignement n’est pas sans conséquences sur la santé et sur l’économie, a-t-il souligné, en faisant le lien avec les autres défis de l’Afrique, notamment celui de l’impératif énergétique, 90 % des écoles primaires africaines n’ayant pas l’électricité.

 Le président Adesina a exposé le travail que la Banque accomplit en matière d’éducation, dans la formation professionnelle et l’enseignement supérieur et, au niveau international, en tant que partie prenante dans le dialogue politique mondial qui a été engagé lors du Forum mondial sur l’éducation 2015 de Séoul et du Sommet d’Oslo sur l’éducation pour le développement. À une échelle nationale, la Banque soutient des partenariats public-privé dans l’éducation et le développement des compétences, qui se font en lien avec des incubateurs d’entreprises et le monde de l’industrie, ainsi qu’avec des universités privées, dans des pays tels que le Cap Vert, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Rwanda, la Tunisie et la Zambie.

« La Banque prépare une initiative audacieuse, qui vise à mobiliser des ressources financières pour résoudre le problème du chômage et du sous-emploi chez les jeunes Africains, qui est un sérieux goulet d’étranglement pour la croissance économique durable », a-t-il déclaré. Grâce à l’initiative “Des emplois pour les jeunes en Afrique”, nous comptons investir 5 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années et créer 25 millions de nouveaux emplois. Ces investissements devraient créer des opportunités pour 50 millions de jeunes, grâce au développement des compétences et à la création d’emplois dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des TIC. On estime aussi que l’initiative “Des emplois pour les jeunes en Afrique” générera plus de 30 milliards de dollars de revenus pour l’Afrique au cours des dix prochaines années ».

Un large éventail d’intervenants s, issus de gouvernements, d’entreprises, d’ONG et de fondations s’est exprimé lors de cette rencontre. On y a débattu d’exemples concrets de coopération – à l’instar de celle qui unit la Norvège, les États-Unis et l’entreprise Orange pour développer une application d’apprentissage sur Smartphone pour les enfants en Syrie. Ont également été discutés les possibilités de financement de nouvelles approches, telles que les obligations d’impact social, et les défis que posent la collecte et la mesure des données. Les représentants de Global Partnership for Education ont appelé, sans équivoque, à passer à la vitesse supérieure en matière de partenariat avec le secteur privé.

La rencontre était organisée par Global Business Coalition for Education, une alliance mondiale d’entreprises œuvrant en faveur de l’éducation, qui compte plus de 100 membres à travers le monde, engagés à trouver des solutions sur la manière dont les secteur privé et public peuvent travailler ensemble pour trouver des solutions en matière d’éducation pour les enfants de la planète. En mars 2016, à la suite de la Conférence de Londres, cette Coalition a annoncé avoir collecté 75 millions de dollars EU pour financer une aide d’urgence en Syrie.

Son fondateur, Gordon Brown, ex-Premier ministre britannique, a demandé aux participants de se souvenir, non seulement du deuxième anniversaire de l’enlèvement de près de 300 écolières nigérianes à Chibok, au Nigeria, en avril 2014, mais aussi du succès qui a couronné l’initiative nigériane « Safe Schools » qui en a découlé, partenariat efficace entre le secteur privé, le secteur public et le « troisième secteur ».

M. Brown a enjoint l’auditoire de prêter main-forte sur deux choses : le travail de la Commission internationale sur le financement de l’éducation mondiale, établie par la Norvège ; et l’avancement du Fonds humanitaire pour l’éducation, qui devrait être lancé en mai 2016, lors du premier Sommet humanitaire mondial qui aura lieu à Istanbul. « Rien n’est plus destructeur pour les garçons et les filles que le manque d’espoir », a déclaré M. Brown. Et d’ajouter : « C’est ce qui se produit lorsqu’ils ne peuvent pas se projeter dans l’avenir, parce qu’aucune école ou aucun collège n’existe pour les accueillir. Je vous en conjure : nous devons travailler ensemble ».