Les Jeunes juristes africains (YAL) se font les avocats du Groupe africain des négociateurs

04/12/2015
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Un groupe composé des membres anciens et actuels du Groupe des négociateurs africains (dit AGN par sigle anglais) a appelé les institutions africaines à commencer à offrir des formations sur le changement climatique, pour les aider à maîtriser les questions émergentes liées à l’environnement.

Réunis en ce 3 décembre 2015, au quatrième jour de la COP21 à Paris, dans l’une des salles de conférence du Pavillon Afrique, les intervenants souligné que l’Afrique souffre d’un manque d’experts en changement climatique et en droit y afférant, et que les jeunes doivent être formés pour assumer le rôle qui consiste à trouver des solutions aux effets du changement climatique.

Pour que l’Afrique ait un véritable impact, concret et positif, sur les débats et négociations autour du changement climatique, elle doit disposer d’une base de connaissances en ce domaine. D’où le rôle non négligeable que jouent les Jeunes juristes Africains (YAL par acronyme en anglais) dans les débats, comme l’ont souligné les conférenciers présents.

Le Kenyan Wilbur Ottichillo, parlementaire de la circonscription d’Emuhaya et membre de l’AGN, a appelé les universités africaines à créer et proposer des cursus de deuxième et troisième cycles spécialisés dans le changement climatique. « Le changement climatique est un phénomène nouveau et un sujet très important pour l’avenir. Tout comme les universités ont lancé des cursus en environnement dans les années 1980, elles devraient aussi le faire en changement climatique, pour que l’on ait une équipe d’experts chevronnés, comme ceux du YAL, pour guider l’Afrique dans la quête de solutions au changement climatique », a expliqué M. Ottichillo.

« Les jeunes juristes nous ont beaucoup aidés et, au Kenya, nous avons réussi à élaborer la Stratégie nationale d’adaptation au changement climatique, le Plan d’action national sur le changement climatique et le projet de loi sur le changement climatique, qui sont tous d’une importance cruciale pour affronter le changement climatique », a-t-il ajouté.

Seth Osafo, ancien conseiller juridique auprès du Secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et de l'AGN et mentor du YAL, a abondé en ce sens : ce tels experts sont essentiels pour les négociateurs africains : « Voilà longtemps que je prends part aux discussions et je tiens à souligner le rôle que jouent les jeunes juristes. Leur contribution permet aux négociateurs de consacrer tout leur temps aux discussions, pendant que les juristes se chargent des questions juridiques. »

Fatima Denton, coordinatrice du Centre africain pour la politique en matière de climat de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), a plaidé pour que les jeunes soient au cœur des initiatives sur le changement climatique. « L’humanité devient de plus en plus africaine. Un récent rapport de l’UNICEF révèle que 16 habitants de la planète sur 100 sont Africains et que la plupart sont des jeunes. Les jeunes doivent être impliqués dans l’interprétation et l’analyse des enjeux liés au changement climatique, car ils sont les plus touchés. L’Afrique doit investir dans la connaissance », a-t-elle poursuivi.

Les juristes jouent un rôle central dans tout accord négocié, ainsi que l’a rappelé Pa Ousman Jarju, ministre gambien de l’Environnement et lui-même ancien négociateur.

« Les négociateurs sont confrontés à de nombreux termes juridiques qu’ils ne maîtrisent pas. L’équipe du YAL les a soulagés d’un poids, car c’est désormais elle qui s’assure que toutes les négociations respectent les lois et les procédures africaines et internationales », a précisé le ministre.

À son tour, Matthew Stilwell, spécialiste du changement climatique et conseiller juridique auprès de l’AGN, a félicité le YAL du travail accompli. « Cette équipe élabore des lois sur le changement climatique pour l’Afrique. Elle est en train de constituer un patrimoine, car elle aide l’AGN à comprendre les subtilités liées aux négociations », a précisé M. Stilwell.

Le directeur de l’Alliance panafricaine pour la justice climatique (PACJA), Mithika Mwenda,  a salué l’initiative, la qualifiant de bienvenue, car elle assure à l’Afrique une transition en douceur dans les débats sur le changement climatique.

Les membres du YAL (ressortissants du Botswana, d’Éthiopie, du Kenya, du Nigeria, du Sénégal, du Soudan, du Swaziland, d’Ouganda et de Zambie) qui se sont exprimés ont indiqué combien le programme avait amélioré leur connaissance des processus de la CCNUCC. Remerciant les promoteurs de l’initiative, ils ont appelé tous les pays africains  s’assurer d’inscrire au programme l’un de leurs ressortissants.

Le YAL est parrainé par ClimDev-Afrique, une initiative de la Commission de l’Union africaine (CUA), que soutiennent la Banque africaine de développement (BAD) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) avec le Centre africain de politique climatique (CAPC).

Le YAL a pour objectif de renforcer la position de l’Afrique dans les négociations et de s’assurer que l’accord conclu dans le cadre du processus de la CCNUCC lui soit le plus favorable possible.

Le rôle du YAL, qui est de défendre, informe et soutenir l’élaboration et l’exécution des accords, des politiques et des règlements multilatéraux, ne saurait être sous-estimé. Non plus que l’aide précieuse qu’il continuera d’apporter à l’AGN et aux pays africains après 2015, dans la réponse multilatérale et nationale pour lutter contre le changement climatique.