Regards croisés sur l’emploi des jeunes en Afrique

13/08/2015
Share |

La Journée internationale de la jeunesse, le 12 août, a été l’occasion pour la BAD de saluer et de reconnaître l’importance de la jeunesse africaine, qui est l’avenir de notre continent.

Avec près de 200 millions de jeunes âgés de 15 à 24 ans, le continent africain possède la population la plus jeune du monde. Et selon les projections, ce chiffre aura doublé d’ici à 2045. La Banque africaine de développement s’emploie à apporter aux jeunes les compétences, l’éducation et l’emploi dont ils ont besoin pour assurer leur avenir.

Une récente étude publiée par les Nations Unies situe la création d’emploi et l’éducation en tête des priorités de l’Afrique pour l’ère post-2015.

Les conclusions de l’enquête My World sont en ligne avec ce que les experts avaient déjà décrit comme un risque. Il s’agit du fort taux de chômage, dont la résorption nécessite des actions urgentes sur le plan de la création d’emplois et de l’acquisition de compétences, particulièrement pour les jeunes, qui sont les seuls capables de garantir le développement économique.

Selon le rapport Perspectives économiques en Afrique 2014,  la croissance démographique de l’Afrique subsaharienne est estimée la plus rapide du monde. Plus de 65% des habitants du continent ont moins de 30 ans, et 200 millions d’entre eux sont dans la tranche d’âge de 15 à 24 ans.

« Observez la dynamique démographique. La croissance démographique dans des régions telles que le Sahel demeure très élevée, à 3,9 %, tandis que les migrations internes se sont accélérées et ont amené jusqu’à 40 % des populations rurales à s’installer dans des villes non planifiées et mal équipées, vivant dans une grande misère et affrontant le chômage. Il s’ensuit que des jeunes, qui sont une quinzaine de millions à entrer sur le marché du travail chaque année, ne peuvent trouver un emploi, soit parce qu’il y en a trop peu, soit parce que ces jeunes n’ont pas les compétences correspondant aux besoins », a déclaré récemment le président de la BAD, Donald Kaberuka.

« Dans certaines régions, vu qu’ils ne trouvent pas d’emplois ou n’entrevoient aucun espoir pour leur avenir, ils deviennent la proie facile de groupes terroristes ou de trafiquants d’êtres humains qui leur promettent l’eldorado, et ils finissent par périr en Méditerranée », a-t-il fait remarquer.

Dans l’Agenda 2063 : L’Afrique que nous voulons de l’Union africaine, les dirigeants du continent soulignent leur volonté d’éliminer le chômage des jeunes, de garantir le plein accès des jeunes à l’éducation, à la formation, aux compétences, à la technologie, aux services de santé et aux opportunités économiques. Ils se promettent également de leur apporter les moyens financiers et les ressources nécessaires pour leur permettre de réaliser tout leur potentiel.

« La réussite est au bout de l’effort», a déclaré M. Kaberuka lors des Assemblées annuelles de la Banque en mai 2015. Et d’ajouter : « Le chemin est jalonné de montagnes à franchir. La mort, en mer Méditerranée, de jeunes abusés par des trafiquants qui leur font miroiter l’eldorado, reste une tache et nous interpelle. En effet, bon nombre de montagnes restent à gravir  : i) gérer les défis de taille auxquels l’Afrique fait face – la dynamique démographique, la rapidité des migrations intérieures, la gestion des ressources naturelles ; ii) combattre les inégalités, promouvoir des sociétés inclusives, en étant pleinement conscient du fait que les grandes inégalités entravent la croissance, dégradent la politique, gâchent les talents et sapent les fondements mêmes de la société ; iii) exploiter les possibilités offertes par le dividende démographique, qui ne se présentent qu’une seule fois, par la bonne organisation de nos systèmes de soins de santé primaires et la mise en place d’un enseignement de qualité pour nos enfants».

La BAD est engagée dans différentes initiatives visant à autonomiser les jeunes du continent. En Tunisie, par exemple, l’initiative Souk At-tanmia a déjà contribué à la création de 400 emplois, la plupart d’entre eux dans des régions à taux élevé de chômage, surtout parmi les jeunes et les femmes. Ce projet prévoit notamment de dispenser des formations en compétences entrepreneuriales.

La Banque a récemment discuté avec l’Organisation internationale du cacao à Abidjan des moyens de relancer l’industrie africaine du cacao. L’accent est mis sur les moyens d’accroître les opportunités de création d’affaires et d’emploi pour des jeunes et des femmes dans ce secteur. L’Afrique est à l’origine de 73 % de la production mondiale de cacao, dont 70 % provient de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Cameroun et du Nigéria. L’agriculture est perçue comme l’un des secteurs présentant les meilleures perspectives d’emploi pour les jeunes.

Sous l’appellation ENABLE Youth (Empowering Novel Agri-Business-Led Employment for Youth in African Agriculture) (Habiliter les jeunes - stimuler la création d’emplois agro-industriels pour les jeunes), la BAD prévoit de lancer une autre initiative ciblant près de 800 000 jeunes dans 20 pays d’Afrique australe, de l’Est et de l’Ouest. Ce programme aura pour but de redonner confiance aux jeunes adultes africains par le biais d’une approche de proximité globale devant leur apporter une formation sur les compétences nécessaires à la vie (formations effectives et fonctionnelles à des métiers) et des renseignements en matière de technologies et d’opportunités éprouvées.

Il est prévu que ce programme aboutira à la création de 20 000 postes d’apprentissage, 10 000 start-ups agro-industrielles, et 30 000 nouveaux emplois dans des zones rurales et urbaines, qui seront rémunérés à raison d’au moins 450 dollars US par mois. 

Outre son appui à l’agriculture, la Banque offre une assistance aux initiatives visant à aider le secteur de l’éducation à produire les compétences requises sur le marché du travail.

La BAD et ses partenaires au développement reconnaissent également le rôle du secteur informel dans la création d’emplois et de moyens d’existence pour les populations les plus vulnérables, y compris les jeunes. En organisant ce secteur et en améliorant l’accès à des crédits aux travailleurs informels, il sera possible de contribuer à leur développement économique.