Cameroun – Le réseau de drainage de Yaoundé rénové et modernisé pour améliorer la résilience climatique, la santé, et créer des emplois


Aperçu du projet :

Pays : Cameroun
Secteur : Eau et assainissement
Financements BAD et associés : Don du FAD de 36,4 millions de dollars EU (Phase I) ; prêt du FAD de 30 millions de dollars EU
Don FEM de 4 millions de dollars EU (Phase II)

Réalisations :

  • construction d'un canal de 3,5 km sur le lit de la rivière Mfoundi (Phase 1)
  • construction d'un canal de drainage de 6 km le long du lit principal de la rivière Mfoundi, de deux chemins de halage et de traversées, et de quatre canaux de drainage de 8 km le long des tributaires (réalisation attendue de la Phase 2)
  • installations d'élimination et de traitement d'eaux résiduaires domestique ; aménagement paysager autour du canal principal ; renforcement de la lutte antivectorielle des centres régionaux de la zone ; renforcement des capacités de la communauté urbaine de Yaoundé et des 7 communautés d'arrondissement de la ville (réalisation attendue de la Phase 2).

Impacts :

  • réduction de la fréquence annuelle des inondations occasionnées par la Mfoundi de 15 à 3 entre 2006 et 2011 (Phase 1)
  • réduction de la prévalence de maladies hydriques causées par les inondations fréquentes (de 47 %, 47 % et 36 % respectivement pour le paludisme, la typhoïde et les diarrhées) entre 2007 et 2011 (Phase 1)
  • réduction de la prévalence des maladies hydriques : -11,84 % à -5 % pour le paludisme ; --2,7 % à -1,05 % pour les diarrhées, et --3,06 % à -0,5 % pour la typhoïde (impact attendu de la Phase 2)
  • création de près de 2 500 emplois2 130 temporaires et 370 de long terme (impact attendu de la Phase 2)

Contexte – Aujourd'hui, la capitale, Yaoundé, concentre près de 2,5 millions des 23 millions d'habitants que compte le Cameroun ; et dans plus de 60 % de sa superficie est implantée de logements pour populations à faible revenu. Au fil des ans, le canal de la Mfoundi, qui constitue le premier système de drainage de la ville, est devenu un réceptacle des déchets domestiques, de rejets industriels, d'eaux résiduaires domestiques et industrielles et des déjections de zones d'habitation non réglementées. Ces déchets s'accumulent à l'extrémité supérieure de canaux souterrains et de canalisations raccordées, bloquant l'écoulement normal des eaux de ruissellement.

Il en résulte que les précipitations de près de 2 000 mm d'eau qui se déversent chaque année sur la ville en saison des pluies y occasionnent de graves inondations qui provoquent des pertes d'activités génératrices de revenu, la destruction d'habitations et de commerces, une augmentation de cas de maladies hydriques, et une dégradation des sols, causée notamment par l'érosion.

Objectif : Depuis 2005, la BAD en partenariat avec le gouvernement camerounais, l'Agence française de développement et le Fonds pour l'environnement mondial, œuvre à la limitation des effets de ces inondations qui perturbent les activités socio-économiques de la capitale, principalement dans des zones d'implantation de populations à faible revenu. Des activités connexes, notamment de paysagisme et d'élimination préliminaire de déchets solides, ont également été lancées pour améliorer les conditions de vie des 1,8 million d'habitants de Yaoundé, dont près de la moitié sont des femmes.

Caractéristiques uniques du projet : Les infrastructures créées sous la première phase du projet - un canal de 3,5 km sur le lit de la rivière Mfoundi, par rapport à une longueur totale de 17,5 km, y compris quatre tributaires - font figure de référence pour de futurs projets d'assainissement à Yaoundé. Ce projet contribuera à bâtir les capacités institutionnelles et logistiques de la Communauté urbaine de Yaoundé afin qu'elle puisse assurer l'entretien approprié du système de drainage de la ville pour éviter les inondations en série. 

Enseignements tirés : Quatre enseignements majeurs se dégagent de l'exécution de la première phase du projet. Il en a été tenu compte dans la seconde phase.

Premièrement, au-delà du renforcement des capacités des diverses parties prenantes, il était critique, pour la réussite de la première phase, de sensibiliser le public à la nécessité de mettre fin au transport de grandes quantités de déchets et de débris par les canaux de drainage d'eaux pluviales par suite de crues et des mauvaises pratiques de gestion de déchets. Grâce à un effort de sensibilisation du public sur la gestion de déchets solides et à l'intervention d'associations de quartier en matière d'assainissement et de collecte préliminaire de déchets solides, il a été possible de réduire le rejet de ces déchets dans les canaux d'eau pluviales et ainsi d'améliorer la qualité des eaux de la Mfoundi et de ses tributaires.

Deuxièmement, la mise en œuvre d'une stratégie de collecte des déchets solides est indispensable à la réalisation d'un plan directeur d'assainissement. Ainsi, si l'on ne se soucie pas d'entretenir le dispositif d'évacuation des eaux de pluie, les chances de réussite d'un tel plan directeur seront moins qu'optimales, ce qui ternira la vision du sous-secteur de l'assainissement.
En troisième lieu, il est très important de s'assurer de la qualité du projet dès le départ car en l'absence d'une investigation préalable des capacités d'entreprises locales, des tâches telles que le revêtement de voies piétonnes, la plantation d'arbres et la création de jardins paysages deviennent difficiles à réaliser.

Enfin, il est impératif d'établir les capacités de mise en œuvre de projets, particulièrement celles concernant les approvisionnements. Si on néglige cet aspect, le calendrier d'exécution du projet ne sera pas respecté en raison de retards au niveau des approvisionnements. 

Témoignages

Jean Baptiste Ayissi Ntsama, chef traditionnel
« Au début des années 1990, nous avons commencé à subir les conséquences des inondations causées par les crues de la Mfoundi. À chaque saison des pluies, nos maisons étaient inondées par les eaux pluviales. Pendant des années, nous avons souffert d'inondations qui détruisaient nos maisons, causaient des décès et attiraient serpents et insectes [...]. Aujourd'hui, depuis que le projet est terminé, notre rêve est devenu réalité. Les inondations, l'environnement désagréable, tout cela est oublié ». 

Djouonkou Sime, homme d'affaires de Yaoundé
« Avant les travaux, Yaoundé ressemblait à un village abandonné. La ville était sale, boueuse, imprégnée d'une odeur infecte et bloquée par des embouteillages à cause des inondations. Par la suite, la ville est devenu plus propre, plus accueillante, et moins affectée par les inondations, ce qui est à l’avantage des commerces le long de la rivière Mfoundi, et connaît moins d'embouteillages ».

Joseph Amba Atangana Gerard, riverain
« Il est indéniable qu'avant les travaux, la zone en aval de la Mfoundi était constamment inondée pendant la saison des pluies, vomissant serpents, lézards et quantité d’insectes, pour la plupart invisibles à l’œil nu et qui nuisent à la santé des habitants. Aujourd'hui, les travaux de PADY ont transformé les lieux de façon positive, permettant l'écoulement régulier des eaux de la rivière […], et rendant possible une urbanisation propre et appropriée dans un environnement moderne. De plus, les ponts et les routes sur le canal assurent aux biens et aux personnes de circuler ».   

Roger Etoua Eve'E, secrétaire général, Hôtel de Ville de Yaoundé.
« Avant que ne soit initié le projet, le rond-point de la Poste centrale, ainsi que les alentours, étaient inondés chaque fois qu’il y avait une averse, qu’elle soit modérée ou torrentielle. Les rivières charriaient aussi plein d’ordures. Depuis l'achèvement du projet, il n'y a presque plus d'inondations au rond-point ; il y en a toujours alentours, mais moins qu’avant. La rivière charrie moins de déchets, même si des ordures continuent de flotter sur le canal. [....] Nous attendons donc beaucoup de PADY 2. »


Contact technique

Mahamat Assouyouti ,coordinateur FEM pour la BAD, département énergie, environnement et changement climatique