Ain Beni Mathar: Une centrale électrique thermo solaire unique au Maroc


Aperçu du projet

Pays : Maroc
Secteur : Energies renouvelables et production d’électricité
Financement BAD : 381 millions de dollars EU
Inauguration de la centrale en 2010

Impacts :

  • Création de 500 emplois
  • Production de 470 MW (dont 20 MW d’électricité solaire)
  • Réduction de 1 000 tonnes par an en émissions de CO2
  • Production supplémentaire de 3 500 GWh fournie au réseau électrique interconnecté

Réalisations :

  • Centrale thermo-solaire
  • Route d’accès au site de la centrale
  • Deux ponts désenclavant la zone rurale autour d’Aïn Beni Mathar (ABM)
  • Trois forages réalisés pour les besoins en eau de la centrale permettent d’irriguer les terres agricoles des environs

Situation : avec plus de 300 jours de soleil par an, le site marocain d’Aïn Beni Mathar, près de la frontière algérienne, était le lieu idéal pour construire une centrale hybride à la fois thermique et solaire. Première du genre en Afrique, la centrale d’Aïn Beni Mathar offre au Maroc une réelle opportunité d’explorer d’autres sources d’énergie. Le pays, qui importe 97 % de ses besoins en énergie charbonnière et pétrolière, souffre grandement de sa dépendance énergétique.

Objectifs : le projet de centrale thermo-solaire d’Aïn Beni Mathar (ABM) entend élargir l’accès à l’électricité en développant les énergies renouvelables afin de soutenir la croissance économique, l’électrification rurale et la compétitivité des entreprises marocaines. Il concorde avec les axes stratégiques de la politique nationale énergétique du pays. Son objectif est d’aider à limiter la facture pétrolière du Maroc et sa dépendance en produits pétroliers, tout en répondant au besoin en électricité à bas coût, en offrant un service satisfaisant et des conditions de qualité et en limitant l’impact sur l’environnement, conformément aux engagements pris par le Maroc au Sommet de la Terre de Johannesburg de 2002 et au Protocole de Kyoto de 1997.

Spécificité du projet : la centrale thermo-solaire à cycle combiné intégré d’Aïn Beni Mathar a constitué la première expérience de la Banque en matière d’énergie solaire. Cette centrale associe l’énergie solaire à l’énergie thermique. L’utilisation de ce système a permis de réduire la facture énergétique nationale et d’éviter l’émission de 1 000 tonnes de CO2 par an par rapport à une centrale fonctionnant uniquement au gaz. La centrale répond à des normes environnementales strictes – et permet au Maroc d’économiser 12 000 tonnes de fioul par an. Pour stopper sa dépendance énergétique, le Maroc a mis en œuvre des plans en vue de produire 40 % d’énergie renouvelable d’ici à 2020.

Impact sur la population :

  • quelque 500 ouvriers ont été embauchés pour le projet, dont 250 emplois occupés par des habitants du village d’Aïn Beni Mathar. Des installations ont été mises en place pour fournir un logement et des services de restauration aux ouvriers. Les activités des petites entreprises locales ont ainsi été stimulées et des emplois indirects créés (alimentation, transports et logement) ; des PME locales ont assuré des services d’assistance, qui ont permis de développer les activités industrielles régionales.
  • La route d’accès et les ponts bénéficient aux habitants des villages ruraux en les reliant à la région d’implantation de la centrale. Auparavant, aucune route n’était accessible pendant la saison des pluies, et certains habitants étaient très isolés. Le projet a facilité l’accès des habitants aux services sociaux et aux écoles (augmentation du nombre d’enfants scolarisés dans la région), en particulier des femmes, qui sont actives dans les secteurs du commerce et de la circulation des marchandises. L’impact sur le genre a été réel : depuis 2009, les femmes sont représentées au conseil du village de Beni Mathar et sont plus nombreuses dans les ONG. Aucun exode rural n’a par ailleurs été constaté. Le nombre d’habitants est resté stable (1 128 ménages).
  • La construction de trois puits permettant d’alimenter en eau la centrale assure une irrigation régulière des terres alentours, ce qui fournit un approvisionnement alimentaire et un revenu régulier aux personnes travaillant sur ces terres.
  • Le revenu généré dans la région par la vente de terrains pour la construction de la centrale a permis de construire quatre écoles et trois routes de campagne.
  • Le village d’Aïn Beni Mathar a bénéficié des activités sociales menées par l’Office National de l’Électricité et de l’Eau Potable (ONEE) du Maroc et le contractant principal (Abengoa). Parmi ces activités : la réalisation de forages pour l’alimentation en eau des villages de la région, la distribution de 20 000 sacs d’école en deux ans, la contribution à la construction de la mosquée du village, la distribution d’ordinateurs, d’imprimantes et de matériel de bureau, ainsi que la distribution de 200 bicyclettes pour faciliter l’accès des élèves à leur l’école.

Autres bénéficiaires

Les bénéficiaires sont nombreux. La population marocaine dans son ensemble et différents secteurs économiques profitent de la nouvelle fiabilité de l’approvisionnement en électricité dans le pays. Les clients de l’ONEE (commerciaux, industriels et particuliers) bénéficient de l’énergie électrique à faible coût. L’ONEE tire avantage d’une plus grande capacité de production. Le gouvernement marocain a stabilisé ses dépenses pétrolières en raison de l’augmentation de l’utilisation de fossiles non combustibles pour la production d’électricité et a ainsi amélioré sa balance des paiements.

Des entreprises nationales et internationales ont répondu aux appels d’offres pour la réalisation des travaux pour les différentes composantes du projet. Elles ont bénéficié de la construction de la centrale d’Aïn Beni Mathar à travers les contrats de fourniture des biens, de travaux ou de services qu’elles ont signés avec des partenaires.

Leçons retenues

La principale leçon tirée par la BAD quant à la mise en œuvre de ce projet est de porter une attention particulière aux points suivants : (i) la qualité à l’entrée ; (ii) les procédures de passation de marchés pour le choix des entrepreneurs chargés d’exécuter les travaux afin d’éviter les retards ; (iii) l’examen des meilleures pratiques par les unités de mise en œuvre du projet ; (iv) la nécessité de familiariser et former les fonctionnaires des agences d’exécution et des ministères sur les règles et procédures régissant la passation des marchés, le décaissement et l’audit des projets de la Banque ainsi que la gestion axée sur les résultats.

Ces leçons ont déjà été appliquées lors de la conception de la centrale solaire de Ouarzazate (dont la BAD a approuvé le financement en 2012). Pour ce projet et pour de futurs projets, l’Agence marocaine de l’énergie solaire (MASEN) a créé une salle de données pour les documents de base nécessaires à la bonne exécution du projet, et a signé un accord de confidentialité. Elle a également organisé des séances de formation sur les règles et procédures de passation des marchés de la BAD. Des réunions régulières des principaux donateurs intervenant dans le secteur ont été mises en place pour harmoniser les procédures.

Les leçons tirées de la technologie du solaire concentré en particulier (coûts, stockage, fabrication locale et entretien) ont aidé les autorités marocaines à concevoir et à obtenir le financement du projet de Ouarzazate.

Témoignages de bénéficiaires

Mohammed Mansouri, président de la commune rurale d’Aïn Beni Mathar :

« Pour la population locale, c’est un grand projet. Les habitants d’Aïn Beni Mathar l’ont énormément salué car il les désenclave et les relie à la région grâce à la construction de la route d’accès de 6,4 kilomètres et des deux ponts. » 


Habitants de la région :

« Cette route d’accès est importante pour nous car avant, nous étions bloqués quatre ou cinq jours d’affilée sans pouvoir nous déplacer pendant la saison des pluies. »

« Nous sommes désormais libres de nous rendre partout où nous devons aller. La route a facilité nos déplacements. »

« Les avantages sociaux, économiques et médicaux de ce nouvel accès sont vraiment importants. Toute la population habitant près de la centrale peut en profiter. Le commerce s’est amélioré. Il y a plus de production. Je remercie les personnes qui ont fait cela. »


Ouvrier de la centrale :

« Je suis content de voir que, grâce à cette nouvelle centrale, de nouveaux emplois ont été créés. »