Le marché

L’environnement mondial

Une des premières conséquences de la crise financière internationale a été l’assèchement manifeste de la liquidité sur les marchés internationaux. Ceci a pour conséquence de limiter la possibilité pour les banques d’offrir, entre autres, des financements pour le commerce dans les marchés émergents en raison de la réticence accrue vis-à-vis de la prise de risque, et du resserrement de la gestion de la liquidité.

Selon une enquête effectuée par le FMI sur les principales banques à rayonnement mondial, le coût de financement du commerce a augmenté en dépit de l’adoption de politiques monétaires moins restrictives dans nombre de pays. L’enquête indique également que la réduction des échanges commerciaux est plus rapide que prévu, ce qui confirme les données anecdotiques largement disponibles qui indiquent que le coût de financement du commerce a augmenté rapidement tandis que sa disponibilité a diminué. Le montant de ce déficit de financement pour le commerce pourrait atteindre 300 milliards d’USD, selon une estimation de la Banque mondiale établie en mars 2009.

Les principaux engagements contenus dans le communiqué du G20 à l’issue du sommet de Londres qui s’est tenu le 2 avril 2009 avaient trait à l’urgence pour les milieux spécialisés dans les questions de développement de renforcer le financement du commerce. Le communiqué a identifié le retrait du crédit au commerce comme la principale raison de la chute spectaculaire des échanges commerciaux et promis « au moins 250 milliards d’USD au cours des deux prochaines années pour soutenir le financement du commerce ». Cette injection de liquidité est destinée à réduire l’impact de la crise financière et économique sur le commerce mondial et à réduire l’ampleur des effets sur les pays pauvres en particulier.

Toutefois, en dépit de la détermination croissante des autorités politiques à surmonter les déficits apparents en matière de financement du commerce, son rôle dans l’effondrement du commerce mondial fait toujours débat parmi les économistes. S’il est difficile de trouver des données spécifiques et fermes, les données empiriques, telles que la baisse des exportations de matières premières d’Afrique due à des problèmes de liquidité rencontrés par les consortiums bancaires internationaux, donnent une idée de la gravité du problème.

Le contexte africain

La situation du financement du commerce en Afrique se détériore rapidement ; toutefois, les données devant permettre de situer l’ampleur et les causes de la crise sont généralement parcellaires et inaccessibles. Un problème essentiel a trait au fait que les volumes d’échanges commerciaux chutent à grande vitesse. La BAD a indiqué dans ses prévisions que les exportations africaines baisseront de 250 milliards d’USD en 2009, soit de près de 45 % par rapport à leurs niveaux
d’avant la crise. Par conséquent, il s’est avéré difficile de démontrer dans quelle proportion la baisse des volumes d’échanges commerciaux peut être attribuée à l’impact sur l’offre et/ou sur la demande de financement du commerce. Par conséquent, les analyses doivent se fonder en grande partie sur des perceptions empiriques. Par ailleurs, les marchés africains font face à une diversité de contraintes à la mesure de leur niveau de développement du secteur financier et d’intégration dans les marchés
mondiaux, ce qui complique les conclusions généralisées.

Il est évident que les échanges commerciaux en Afrique sont en train de chuter en termes de valeur en raison d’une variété de facteurs. Par exemple, la récession qui frappe les économies avancées et le ralentissement de la croissance en Chine ont réduit la demande pour les exportations de ressources naturelles en provenance d’Afrique.

Dans le même temps, l’éclatement de la bulle des prix des matières premières au cours des dernières années a eu pour conséquence la chute des valeurs à l’importation des denrées alimentaires. Les volumes sont également en baisse ; les institutions financières à travers le continent font état du fait que leurs clients avaient eu fortement recours aux importations afin de se prémunir contre des hausses persistantes des prix et sont en train de liquider ces stocks. Dans plusieurs pays, les événements politiques ont ralenti les dépenses publiques, réduisant davantage les importations.

L’impact de la crise à l’échelle mondiale sur les exportateurs africains est très différencié (par région, par secteur et par type d’entreprise). Une étude réalisée par J. Humphrey de l’Institut des études sur le développement en mars 2009 montre que l’Afrique sub-saharienne semble être jusqu’ici moins affectée que d’autres régions par les problèmes liés au financement du commerce. L’étude indique aussi que les
restrictions sur le crédit sur le marché intérieur de l’Afrique frappent de plein fouet les petits commerçants et les coopératives qui ne disposent pas des liens commerciaux nécessaires pour accéder à des crédits inter entreprises ; par ailleurs, dans un contexte caractérisé par une certaine restriction du crédit, les entreprises marginales sont les premières à être frappées. Enfin, l’étude montre que les exportateurs africains interrogés ont été manifestement touchés par d’autres problèmes résultant de la crise
financière internationale, en particulier la diminution de la demande de vêtements et l’instabilité des taux de change pour les exportateurs de produits horticoles destinés au marché du Royaume-Uni.

L’étude commandée récemment par la Banque11 sur les principaux obstacles au financement du commerce en Afrique indique que l’utilisation des instruments de financement du commerce est en baisse. Une banque multinationale déclare que le nombre de transactions basées sur l’utilisation d’instruments de financement du commerce qui sont traitées a baissé de 50 % en Afrique de l’Est au quatrième trimestre de l’année 2008 par rapport à l’année précédente. Cette banque pensait que
« essentiellement, l’écart » peut être attribué à un recours accru à des transactions ouvertes, plutôt qu’à une diminution de la demande.

Dans certains pays, toutefois, les banques centrales, dans le souci d’empêcher la fuite des capitaux, exigent que tous les transferts soient justifiés par des instruments de financement du commerce. Les banques centrales nigériane et égyptienne, entre autres,ne transfèrent actuellement que les fonds qui sont adossés à un instrument de financement du commerce authentique.

Dans le même temps, la situation du marché des instruments de financement du commerce est en train de changer. Les institutions financières au Kenya et au Ghana font état d’un accroissement de 50 % du coût de confirmation des lettres de crédit, celles basées au Sénégal et en Afrique du Sud déclarent des hausses « d’au moins » 25 %, tandis que les banques basées au Nigeria affirment que les prix ont augmenté « de manière significative ». Par ailleurs, les institutions financières déclarent que les
échéances offertes sont nettement plus courtes. Elles font remarquer que la plupart des
institutions financières de premier plan à travers le continent avaient accès à des lignes de confirmation allant jusqu’à 360 jours pendant toute l’année 2008, tandis qu’actuellement les échéances proposées ne dépassent plus 180 jours. La plupart des banques indiquent que ceci n’empêche pas leurs opérations car la plupart de leurs transactions avec la clientèle ont une échéance de moins de 180 jours. Au regard de ce qui précède, il apparaît clairement que les raisons qui expliquent la diminution des échanges commerciaux en Afrique sont nombreuses et diverses.

Le marché des transactions par financement est beaucoup plus complexe. Les institutions financières au Nigeria, en Afrique du Sud et en Égypte déclarent toutes que les lignes de crédit d’importation sont quasiment indisponibles en raison de contraintes de liquidité liées au dollar américain. Une grande banque nigériane a déclaré que la disponibilité de lignes de crédit a diminué de 70 % au cours des 6 derniers mois, affectant gravement sa capacité à servir sa clientèle. Une banque sud-africaine de taille
moyenne a déclaré que sa seule ligne de crédit d’importation financée par une grande banque régionale venait d’être annulée. Les banques à rayonnements mondial et régional qui sont des acteurs importants sur ce marché indiquent qu’elles ne sont nullement intéressées par les transactions par financement à ce stade. Une banque à rayonnement mondial a affirmé qu’elle envisagerait des transactions par financement de 90 jours au cas par cas, mais uniquement pour ses meilleurs clients. Une banque kényane a indiqué que le nombre de transactions par financement représentait 10 % du
niveau enregistré par le passé et que les prix des instruments libellés en dollar américain avaient doublé, en dépit du fait que le Kenya représentait « un meilleur risque aujourd’hui ». Agence pour l’Assurance du Commerce en Afrique (ATI) qui opère jusqu’ici principalement en Afrique de l’Est depuis sa base établie au Kenya, a indiqué que la réévaluation générale des risques, provoquée autant par la crise financière que par le ralentissement de l’économie mondiale, porte un coup aux échanges commerciaux en Afrique.

À l’échelle mondiale, le marché du financement syndiqué des exportations a connu un déclin rapide et la situation en Afrique n’est guère différente. De 2006 à 2008, 164 institutions financières non africaines ont participé à des transactions effectuées en Afrique libellées en dollar américain ou en euro. Le café, le cacao, le tabac, l’huile de palme et le coton sont les principales matières premières qui sont
financées par le biais de syndicats internationaux de financement des exportations. Le COCOBOD, la structure d’exportation de cacao du Ghana, fait office « d’emprunteur de référence » car il possède une longue expérience et emprunte des sommes importantes. L’exportation de la récolte de 2009 est actuellement menacée par les difficultés qu’éprouve le leader de longue du syndicat pour mobiliser le financement nécessaire, essentiellement en raison des problèmes de liquidité auxquels font face les
membres traditionnels du syndicat.

Les exportateurs de produits manufacturés fonctionnent généralement dans le cadre d’accords de clearing bilatéral ou d’accords contractuels de longue durée. Il est probable que les volumes baissent du fait de la faible demande en Europe. Par ailleurs, la crise pourrait avoir aussi des conséquences sur la viabilité des chaînes d’approvisionnement de l’industrie manufacturière et de la sous-traitance qui ont été les moteurs de la mondialisation au cours des dernières années (par le biais de l’AGOA et
des accords UE-ACP). Dans la mesure où la fragmentation de la production à l’échelle mondiale était subordonnée à l’accès à moindre coût au financement et à une liquidité abondante, le retour à une période où le financement du commerce est plus onéreux pourrait se traduire par une restructuration géographique des chaînes de production et à une plus grande intégration verticale à l’intérieur des grandes entreprises.

En conclusion, l’Afrique n’est pas en marge des évolutions à l’échelle mondiale et à mesure que la crise se répand, il pourrait s’avérer de plus en plus difficile de répondre à la demande de financement du commerce. Dans le même temps, le coût qu’implique le fait de ne pas prévoir le grave déficit de financement pour le commerce en général, et en particulier le financement à court terme du commerce, pourrait avoir de lourdes conséquences pour les exportateurs et les importateurs en Afrique. Par
conséquent, si l’impact de la crise mondiale sur les exportateurs et les importateurs africains varie d’une région et d’un pays à l’autre ainsi que dans sa nature et ses manifestations, ce qui se révèle être un dénominateur commun, parallèlement à la multitude d’autres facteurs, est le manque de liquidité. Dès lors, renforcer la liquidité au travers d’un mécanisme de prêts à des intermédiaires, tel que le GTLP, semblerait constituer un moyen efficace de réduire l’impact de la crise en Afrique.