La croissance des opérations du secteur privé

En 2014, la Banque a approuvé 48 nouvelles opérations du secteur privé, d’une valeur totale de 1,59 milliard d’UC. Ces approbations ont marqué une hausse sensible de 51,4 % par rapport à celles de 2013, chiffrées à 1,05 milliard d’UC. Les approbations en faveur du secteur financier ont représenté 51 % du total. Cette part est toutefois inférieure à celle de 2013 (65,5 %). Viennent ensuite les approbations d’investissement de la branche du secteur privé dans l’infrastructure (38,8 %), essentiellement pour l’énergie et le transport.

La création du fonds Africa50 en 2013 et son enregistrement à Casablanca en 2014 ont illustré la nouvelle volonté de la Banque de mobiliser des financements innovants pour le développement de l’infrastructure sur le continent. La Banque a ainsi fourni 86 millions d’UC pour le démarrage du fonds Africa50, de manière à lever des financements supplémentaires auprès de sources traditionnelles ou non, en Afrique et ailleurs.

Dans ses opérations du secteur privé, la Banque privilégie trois cœurs de cible : les infrastructures ; l’industrie et les services ; et la finance. Celle-ci jouit de prêts institutionnels et de prises de participations dans des institutions financières, ainsi que de lignes de crédit à rétrocéder aux petites et moyennes entreprises pierre angulaire de nombreuses économies africaines. La Banque investit également dans des institutions de microfinance, étendant ainsi son champ d’action aux très petites entreprises informelles, qui ont généralement des difficultés d’accès au crédit.

Soucieuse d’améliorer le climat des affaires relativement peu favorable dans la plupart des pays africains pour promouvoir le développement du secteur privé, la Banque a intensifié son aide. Les programmes d’amélioration du climat des affaires font désormais partie intégrante de son action, y compris les opérations à l’appui des réformes et les programmes d’appui institutionnel fournis par le Fonds d’assistance au secteur privé africain (FAPA).

Tandis que les prêts-projets ont servi, en général, à accélérer la croissance économique et à réduire la pauvreté, les lignes de crédit sont, quant à elles, surtout destinées à renforcer les marchés financiers nationaux via la rétrocession de prêts aux petites et moyennes entreprises au cœur du développement du secteur privé en Afrique. Les investissements du Groupe de la Banque dans quantité de projets et programmes multinationaux de grande envergure, sous forme de prêts, de lignes de crédit et de prises de participations, ont largement aidé à stimuler la coopération économique et l’intégration régionale, tout en contribuant à améliorer le climat d’investissements et à créer des emplois sur le continent.

La répartition sectorielle des approbations enregistrées par le Département secteur privé de la BAD en 2012, conforte sa politique sélective, qui donne la priorité aux projets garantissant des retombées socio-économiques positives dans les pays membres régionaux (PMR). Cette année-là, la finance a capté la plus grande part (60,3 %, principalement sous forme de lignes de crédit et de prises de participations), suivie des infrastructures (25,8 %, transports et énergie inclus), puis de l'industrie, de l'agriculture, du développement rural et de l’habitat (13,8 %). L'allocation de financement a été considérablement accrue par rapport à 2012, atteignant 55 % du total des approbations du secteur privé – en partie du fait de la nouvelle orientation donnée aux opérations privées de la Banque, axées désormais sur le financement du commerce, à la suite du lancement du Programme de la Banque pour le financement du commerce en février 2013.

Les investissements de la BAD dans l’industrie et l'agriculture vont, le plus souvent, à la construction de logements et au développement de l'agriculture et de l’industrie agro-alimentaire. Faire le lien avec les PME locales de développement, afin d’en promouvoir la croissance et l’expansion, est l’un des axes majeurs des engagements de la Banque dans les infrastructures et l’industrie.

Pour ce qui est de la répartition des opérations du secteur privé par catégorie de pays en 2013, les projets régionaux et multinationaux ont bénéficié de la plus grande part (63,1 %), suivis des pays à faible revenu et exclusivement FAD (36,8 %), loin devant les pays à revenu intermédiaire (PRI) exclusivement BAD (0,1 % seulement).

L’allocation 2013 pour les pays à faible revenu (PFR) a largement franchi le niveau de 33,4 % enregistré en 2012, dans la droite ligne des efforts que déploie le Département du secteur privé de la Banque dans ses opérations pour couvrir de plus en plus les pays à faible revenu, les zones post-conflit et les États fragiles (tels que la Côte d'Ivoire et le Niger).

Certes, les approbations de projets finançant directement des interventions dans les PFR semblent encore modestes. Mais, en tenant compte des opérations régionales et transnationales qui ciblent principalement les PFR, le montant engagé s'élève à près de  57 % du total des approbations. En outre, la Banque a fourni des lignes de crédit à des banques africaines et à des institutions financières de développement (IFD), engagées dans des prises de participation dans le fonds régional situé dans les pays à faible revenu (PFR), afin que des prêts puissent y être rétrocédés à des projets – une façon d’encourager les projets dans les PFR, tout en minimisant l'exposition de la Banque au risque.

S’agissant des opérations régionales et multinationales du secteur privé, deux opérations dont d’importance, par leur impact escompté sur le développement : (i) Mécanisme de financement de partage des risques avec la Standard Chartered Bank (200  millions de dollars EU), afin d’offrir un support significatif au financement du commerce en matière d’importations et d’exportations dans tous les secteurs économiques vitaux (agriculture et production alimentaire, entreprises et établissements financiers. Un tel partenariat bilatéral de partage de risque avec une banque est une première pour la BAD. D’une durée de trois ans, ce Mécanisme de financement permettra d’encourager les flux commerciaux, de l’ordre de 3,6 milliards de dollars EU, portant sur des biens intermédiaires et produits finis, des matières premières et l’acquisition d’équipements en Afrique. Le programme a pour vocation de soutenir la croissance économique, favoriser le développement du secteur financier et de promouvoir l’intégration régionale ; (ii) Le programme d'investissement d’Olam en Afrique (80 millions de dollars EU) entend approfondir l'intégration de la chaîne de valeur agricole du groupe Olam, à travers des investissements dans les activités de transformation du blé et de l'huile de palme en Afrique. Le programme comprend cinq sous-projets, menés respectivement au Cameroun, au Ghana, au Mozambique et au Sénégal. Il aidera à améliorer la chaîne régionale d’approvisionnement alimentaire et d'agir comme un catalyseur en faveur de la création d'emplois et de la viabilité du secteur agro-alimentaire et, par là même, de la sécurité alimentaire en Afrique.

Concernant les opérations du secteur privé dans les pays à faible revenu (PFR), trois approbations ont marqué 2013, remarquables par l’ampleur des prêts octroyés : (i) le projet d'énergie éolienne du lac Turkana (150 millions de dollars EU) fournira  300 MW de capacité énergétique supplémentaire, grâce auxquels le Kenya jouira d’une énergie propre et abordable, qui réduira la facture globale de l’énergie pour les consommateurs finaux. Plus grande ferme éolienne d’Afrique, le projet Turkana permettra en outre de connecter la région isolée de la vallée du grand Rift au reste du pays, avec à l'amélioration des infrastructures fournies par le projet (dont une route, un câble de fibres optiques et l'électrification) ; ii) le Projet de production d'énergie électrique de Maamba Collieries (150 millions de dollars EU) qui va grandement améliorer l'accès à l'approvisionnement en électricité fiable et abordable en Zambie ; iii) le Projet d’usine de production d’engrais Indorama (100 millions de dollars EU) pour construire et exploiter une usine de production d’engrais, par la conversion de gaz en urée. Située à Port Harcourt, au Nigeria, elle desservira les marchés du  Bénin, du Brésil, du Ghana, de l'Inde, du Nigeria, de l'Afrique du Sud, du Royaume-Uni et des États-Unis d'Amérique. Grâce à ce projet, le Nigeria, qui importe actuellement 80 % de ses engrais, deviendra progressivement auto-suffisant et un important exportateur. A terme, le projet fera office de catalyseur pour soutenir la création d'emplois dans la région, les efforts déployés pour atteindre l'objectif de développement du millénaire d’autonomie alimentaire, et favorisera la préservation de l’environnement.