Production alimentaire
Réponse agricole à la crise alimentaire
La hausse des prix des produits agricoles est susceptible de remettre en cause les progrès accomplis vers la réduction de la pauvreté et l’atteinte des objectifs de développement du millénaire (ODM). L’Afrique, en particulier, affiche des niveaux de pauvreté plus élevés, et les pauvres du continent sont les plus durement touchés, dans la mesure où ils consacrent une part substantielle de leur revenu à l’achat de nourriture. En 2008, les prix des produits alimentaires étaient bien plus élevés qu’au cours des années précédentes, en particulier pour ce qui est des céréales : maïs, blé et riz. Selon les estimations, en 2008, la facture des importations céréalières a augmenté de 49 % en Afrique, contre 25 % en Asie et 31 % en Amérique latine.
Des manifestations liées au renchérissement des denrées alimentaires ont eu lieu dans un certain nombre de PMR au cours de l’année, menaçant la stabilité politique. En réponse, certains pays ont adopté des mesures pour réduire les prix des produits alimentaires et/ou améliorer l’accès à la nourriture, ce qui a eu des effets négatifs sur le solde budgétaire et le solde extérieur.
Les prix des produits alimentaires ont certes connu une baisse générale à travers le monde au cours du deuxième semestre de 2008, mais la marge de cette baisse n’a pas été la même dans les pays africains, ce qui montre clairement que les marchés ne sont pas aussi efficients sur le continent que partout ailleurs dans le monde. À titre d’exemple, dans certains pays d’Afrique de l’Est, les prix du maïs sont encore supérieurs de 36 % aux cours mondiaux.
Une situation similaire prévaut dans des pays d’Afrique de l’Ouest, où les prix des céréales continuaient d’augmenter jusqu’au dernier trimestre de 2008. Cela souligne le caractère unique de la situation du continent africain et la nécessité d’élaborer des réponses aussi bien à court terme qu’à long terme pour faire face à sa vulnérabilité à l’instabilité des prix des produits alimentaires et parvenir à la sécurité alimentaire.
Assurer une sécurité alimentaire durable
Pour s’attaquer à ce problème et après s’être dûment concertée avec les PMR, d’autres banques multilatérales de développement (BMD) et organisations internationales de développement, la Banque a lancé en 2008 l’Initiative de Réponse à la crise alimentaire en Afrique (RCAA), dont l’objectif est de réduire à court terme la pauvreté liée à l’alimentation et la malnutrition, et d’assurer à moyen et long termes une sécurité alimentaire durable.
La RCAA fournira aux PMR une aide financière de l’ordre de 472 millions d’UC à court terme, et de 1,4 milliard d’UC à moyen et long termes. Les besoins estimatifs en financements, de l’ordre de 1,4 milliard d’UC, devraient être pris en charge par les instruments ordinaires de la Banque - guichets BAD, FAD et FSN, et cofinancement des partenaires au développement. Ces fonds seront utilisés pour financer des stratégies alignées sur la Stratégie à moyen terme de la Banque, avec un accent particulier sur l’infrastructure du secteur agricole, y compris la mobilisation des ressources en eau aux fins d’irrigation, les routes d’accès rurales et les installations permettant de réduire les pertes après récolte.
À court terme, la RCAA vise à accroître l’offre de nourriture dans les PMR, par la fourniture accrue d’intrants agricoles. Son approche consiste à :
- Réaligner le portefeuille agricole existant et restructurer les projets non agricoles, dégageant ainsi des fonds pour l’achat d’intrants agricoles en vue d’augmenter la production vivrière ;
- Stabiliser les prix des produits agricoles, en recourant à l’appui budgétaire pour accélérer le décaissement des ressources en faveur des PMR dont les recettes fiscales et les exportations ont considérablement baissé à cause de la crise ;
- Encourager l’utilisation de semences à haut rendemen du nouveau riz pour l’Afrique (NERICA), dans des projets appropriés ; et
- Allouer aux PMR, et notamment à certains États fragiles, des ressources spécifiques prélevées
sur le compte d’excédents de la Banque.
Les mesures à moyen et long termes relevant de la RCAA seront mises en oeuvre sur une période de trois ans, en adoptant plusieurs approches :
- La transformation et la redynamisation du secteur de l’agriculture, par l’adoption et/ou l’adaptation de nouvelles technologies ;
- L’amélioration des infrastructures rurales ;
- L’opérationnalisation du Mécanisme africain de financement du développement des engrais (AFFM) ;
- L’augmentation de la production du riz NERICA ;
- Le renforcement des capacités, le dialogue sur les politiques et la promotion du commerce ;
- L’intensification des opérations du secteur privé en faveur de la sécurité alimentaire ;
- La promotion de la recherche agricole ; et
- La création de la Facilité pour la réponse à la crise.
Les 5 pays bénéficiaires de l’initiative RCAA en 2008 ont été le Burundi, les Comores, Djibouti, le Libéria et la République centrafricaine. En décembre 2008, la Banque a approuvé une aide de 10,5 millions d’UC en faveur de ces pays pour leur permettre de faire face aux pénuries alimentaires croissantes.









