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Cabo Verde: l’aéroport de Praia se modernise et dynamise l’économie de l’archipel

21-Dec-2018

Dans sa stratégie globale de promotion de la croissance économique, le gouvernement de Cabo Verde a placé parmi ses priorités, le développement des infrastructures de transport du pays, en particulier ses infrastructures aéroportuaires ; une des cinq priorités érigées par la Banque africaine de développement (BAD) pour favoriser l’accroissement de la productivité et de l'activité économique du continent africain.

Le gouvernement de Cabo Verde sait compter sur le soutien et l’assistance technique et financière de la Banque, en vue de l’accompagner dans l’atteinte des objectifs de sa stratégie de développement. Un exemple de cette coopération de longue date, est le projet  de construction de l’aéroport de Praia, inauguré en 2006, qui a bénéficié d’un financement du Fond africain de développement (FAD) d’un montant total de 10,26 millions d’euros.

Dans la continuité de ses efforts visant à accompagner l’archipel lusophone, en misant sur l’intégration de l’Afrique, la Banque met à profit l’expérience qu’elle a engrangée dans le secteur de transport aérien, pour financer le projet d’extension et de modernisation de l’aéroport de PRAIA Nelson Mandela (PEMAP) d’un coût de 32,794 millions d’euros. Objectif de ce projet : assurer le développement des infrastructures de transport aérien de Cabo Verde.

Trafic aérien en plein essor

Le trafic aérien passagers de l’aéroport de Praia a évolué à un rythme soutenu durant les douze dernières années. Il est passé de 223 000 pax en 1999 à 531 000 pax en 2011. Soit un taux de croissance annuel moyen de 7,5 %, supérieur de 1.2 points par rapport à la moyenne du trafic total des plateformes aéroportuaires du pays.

Source : Rapport d’évaluation, 2013.

Dans le « Petit Pays» chanté par Cesaria Evora, le secteur des transports offre des perspectives économiques prometteuses, touchant notamment l’activité touristique qui contribue à 20% du PIB. Le secteur a connu un développement accéléré. Il se traduit par une forte croissance des trafics dans le transport « aérien », notamment au niveau de l’aéroport de la capitale, Praia, deuxième infrastructure aéroportuaire du pays.

Mais pour l’heure, le niveau de qualité de services qu’offre l’aéroport de Praia, aussi bien sur le plan de la sécurité et sureté des vols que celui de l’exploitation commerciale des infrastructures, ne permet pas de répondre totalement aux besoins de la demande de transport aérien de cet aéroport, particulièrement en matière
d’activités économiques et touristiques.

Le projet d’extension et modernisation de l’aéroport de Praia Nelson Mandela se veut une réponse à l’accroissement du trafic aérien, au tourisme, aux potentialités économiques et la continuité du pays en assurant des liaisons entre la capitale et les autres îles de l’archipel.

L’ère de modernisation


Opérateur-Scanner 3D Contrôle bagage

Les travaux d’extension de l’aérogare « passagers » et de réaménagement du terminal « fret » ont été confiés à l’entreprise MALTAURO sous la supervision et contrôle du bureau d’études ARMANDO CUNHA.

Après une réunion d’échange sur l’avancement des travaux du chantier qui doivent prendre fin cette année 2018, M. Ricardo Salústio, chef du projet PEMAP enfile son gilet jaune, met son casque blanc et se presse pour nous conduire en visite guidée des chantiers, accompagné des responsables de MALTAURO.

Le projet a connu de réels progrès en terme de travaux de génie civil, fourniture et installation d’équipements, ainsi qu’au niveau des actions de sensibilisation des populations de la zone d’influence du projet à la lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST) dont le VIH-SIDA et de l’accompagnement social conduit par Ecovisao: 

Parmi ces réalisations, citons notamment : l’augmentation de la superficie du terminal « passagers » (12.000 m2 vs 6960m2 en 2012), le nombre de places de stationnement aéronefs (9 places vs 6 en 2012), la réhabilitation de la salle des départs internationaux d’une superficie de 2.560 m2, la construction d’une station d’épuration d’une capacité de stockage de 350 mètre cube (m3), la création d’espaces dédiés aux commerces (1400m2), l’installation d’équipements de contrôle modernes (deux scanner 3D pour contrôle de bagage, caméras de vidéosurveillance..), la création de plus de 200 emplois directs, la sensibilisation de plus de 2000 personnes à la protection de
l’environnement et aux IST dont le VIH//sida, la réalisation de 1000 tests de HIV dont 500 ont été effectuées par Ecovisao.

« Les équipements installés dans le cadre de ce projet ont un apport important en valeur et qualité. Grâce à ces infrastructures modernes, l’aéroport de Praia est en mesure d’assurer le traitement croissant des flux de trafic dans des conditions de sécurité /sûreté et de qualité », a souligné Ricardo.

Ces infrastructures modernes positionnent l’aéroport de Praia parmi les aéroports les mieux équipés en installations de nouvelle génération dans la sous-région Ouest-africaine. En effet, il est le seul aéroport au Cabo Cerde à être équipé de deux escalators et le premier dans la sous-région à se procurer de scanners dotés de technologie pointu destinés à visualiser les bagages en 3D,  les analyser sous tous les angles de vue, augmentant ainsi l’efficacité globale de la sécurité au sein de l’aéroport.

Le 17 Décembre 2018, l’aéroport va inaugurer son aérogare spécialisée dans les vols internationaux. Un espace plus large, d’une superficie de 2.560 m2,  plus moderne et confortable va abriter la salle d’embarquement international pour les passagers en transit, plusieurs boutiques hors taxes, commerces touristiques, restaurants et points de vente alimentaire, pour assurer qualité de service et confort des passagers.

Certes, l’aéroport se veut moderne, mais il entend aussi économiser de l’énergie. Ricardo nous amène sous le terminal de départ de l’aéroport pour nous faire découvrir le système permettant de régler automatiquement l’éclairage des bureaux et la consommation électrique destinée à l’air conditionné, sans nuire au confort des usagers.

Le chef de projet nous montre un écran d’ordinateur et explique : « Comme tout logiciel intelligent, le système permet de détecter tout dysfonctionnement ou erreur (incendie, températures anormales, etc.) et de nous alerter à temps pour prendre les mesures nécessaires. Le logiciel collecte et procède au stockage les données pour les analyser ultérieurement », poursuit-il. « Moderniser l’aéroport c’est aussi faire des économies d’énergie ».

Conjuguer protection de l’environnement et utilisation optimale d’eau


Station épuration eaux

« L’eau est une ressource rare et qui coûte cher à Cabo Verde. Un mètre cube d’eau coûte 5 euros. Nous devons veiller à une meilleure utilisation de l’eau », reconnait Ricardo, chef de projetPour cela, ingéniosité et pragmatisme sont à l’œuvre. Face à la raréfaction des ressources en eau, le chef de projet a indiqué : « Les activités du projet consomment une grande quantité d’eau. Aussi, nous avons pensé à récupérer les eaux usées, les recycler et les employer à nouveau ».

Fier des réalisations déjà accomplies, Ricardo nous conduit en visite de terrain pour nous montrer son « joyau » : une station d’épuration. Il nous explique les étapes du traitement des eaux : stockage des eaux usées, aération, traitement biologique, décantation, traitement chimique et UV.

A proximité de cet équipement, un bâtiment doté d’installations modernes mises en place pour contrôler, régler la consommation d’électricité et le fonctionnement automatique de la machine. La capacité de stockage d’eau traitée est de 200 m3 par jour. Elle fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, afin de récupérer la totalité de l’eau consommée.

« L’eau recyclée sera utilisée dans un premier temps pour des besoins d’arrosage des espaces verts aménagés dans le cadre du projet et pour alimenter les chasse d'eau des WC de l’aéroport. Nous prévoyons d’envoyer un échantillon à Dakar pour analyser, doser et mesurer le taux de chlore de l’eau », a précisé Ricardo. Enthousiaste, il ajoute : « Nous pensons qu’après traitement, l’eau pourra servir d’usage quotidien comme le lavage des mains ».

Grâce au programme, PRAIA a pu se doter d’un équipement moderne qui permet à la fois d’économiser les ressources en les réutilisant, et de diminuer le volume des rejets pollués. Et de conclure : « la durabilité de cet équipement repose principalement sur son entretien
qui sera assuré par ASA via des contrats de service. Les recettes générées par l’exploitation de l’aéroport de Praia sont suffisantes pour couvrir intégralement le coût de l’entretien et la consommation d’électricité
 ». 

Vers un avenir plus durable des jeunes


Opérateurs pour contrôler les bagages

La BAD contribue à renforcer la situation économique et sociale des jeunes, par le biais des programmes dont le PEMP, en aidant des entreprises nationales telles que l’entreprise Basalto atlântico pour conforter leurs activités et conquérir de nouveaux marchés.

L’entreprise dont l’activité consiste à l’extraction, « Egalisation » et épandage du basalte, a fourni 7.500 m2 du basalte pour les travaux de carrelage du projet PEMAP. Le basalte est une roche volcanique répandue à Cabo Verde, utilisée dans la construction (dallage extérieur ou en carrelage intérieur) et aussi le statuaire.

« Un des plus importants aspects qui résulte de l'utilisation du basalte de l’entreprise Basalto atlântico, c'est que nous avons pu utiliser un produit national de qualité à la place du matériau importé prévu initialement. Le projet a gagné en termes de coût et permis de créer de l’emploi pour 10 personnes », se réjouit le chef de projet. Et de compléter : « Avec ce savoir-faire désormais mieux connu, le nombre de commandes de Basalto atlântico va sans doute augmenter. L’entreprise est en train de négocier une commande de carreaux en basalte pour un grand hôtel à Sal (la destination la plus touristique de l’archipel). D’autres commandes devraient bientôt s’ajouter pour le Sénégal et la Mauritanie. A terme, Basalto atlântico pourra étendre ses activités vers d’autres pays de la région ».

L’impact direct du projet sur les femmes est tout aussi visible. Elles sont ouvrières, ingénieurs ou encore architectes. Les jeunes femmes sont à pied d’œuvre sur les chantiers et à l’aérogare. Pendant la phase des travaux, le projet a dynamisé le marché de travail par la création de plus de 200 postes d’emploi directs dont de nombreuses femmes. En moyenne, 1,4 personnes des ménages travaillent dans le chantier d’extension de l'aéroport Nelson Mandela.

Au Cabo Verde, la pauvreté reste largement répandue auprès des ménages dirigés par des femmes qui représentent près de la moitié (46%) de tous les ménages (selon INE, 2017). Le taux de pauvreté sur les îles dotées des meilleures infrastructures touristiques, dont notamment les iles de Boa Vista et Iles de Sal, est de moins de la moitié de la moyenne nationale. Or, sans développement plus équitable entre îles et entre femmes et hommes, comment promouvoir croissance inclusive et développement durable ?

Autonomisation économique des femmes, amélioration de l’organisation de la production de biens et services, amélioration des systèmes de transport entre îles, certification de la qualité des produits locaux... tous ces éléments continuent à mobiliser l’attention des autorités du pays qui entendent dynamiser le tourisme et en tirer des avantages encore plus substantiels, afin de promouvoir une croissance économique durable à Cabo Verde.

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