Bénin : La vallée de l’Ouémé se transforme grâce au PAIA-VO


Il est dit au Bénin que la Vallée de Wémè (francisé Ouémé) est classée deuxième vallée la plus riche au monde après le Nil en Egypte. C’est assurément une vallée très fertile, dotée d’un important potentiel agricole qui s’élève à plus 70.000 ha, mais moins de 30% de cette superficie est actuellement exploitée. Dans la continuité de ses efforts pour réduire la pauvreté et améliorer la sécurité alimentaire au Bénin, la Banque africaine de développement (BAD) a lancé, en 2014, le Projet d’Appui aux infrastructures agricoles dans la Vallée de l’Ouémé (PAIA-VO) qui vise à accroître la productivité et à mettre en valeur les terres agricoles situées dans la vallée.

Issu d’une démarche participative entre les différents acteurs (administrations publiques, autorités locales, organisations des producteurs, société civile, secteur privé, bénéficiaires), le PAIA VO se veut être une réponse à un besoin urgent de la population, pour le développement agricole de la zone de l’Ouemé et ce, en favorisant la promotion de trois filières porteuses : riz, maïs et maraîchage. Il s’agira notamment de réaliser des aménagements hydro-agricoles pour sécuriser les productions, et aussi de réaliser des infrastructures de stockage, de commercialisation, pour assurer une meilleure prise en compte des chaines de valeur.

D’un coût total de 49,93 millions d’unité de compte (UC), soit 63,639 millions d’euros, le projet intervient dans 14 communes situées dans les départements de l’Ouémé, du Zou et de l’Atlantique, et prévoit comme principales réalisations le développement d’infrastructures agricoles structurantes et la promotion des chaines de valeur. Après deux ans de mise en œuvre, le projet obtient ses premiers résultats sur le terrain et  avance dans la bonne direction.

 

Les communes s’engagent

«Le PAIA-VO est notre priorité, on n’y croyait pas vraiment, mais nous venons de gagner, nous ne ménageons aucun effort pour faire avancer le projet et pérenniser ses interventions,» a souligné Mathiace Kowanou, maire de la commune de Dangbo, une des premières communes d’intervention du projet.

Dangbo bénéficie en particulier de l’assistance du PAIA-VO pour la construction d’un centre de traitement de semences. Le centre pratiquement achevé regroupe un magasin de stockage, un laboratoire, une aire de séchage, un hangar et des installations sanitaires. En accompagnement des réalisations, le PAIA-VO offre aux bénéficiaires du centre, une formation et assistance technique quant à l’utilisation de ses équipements et unités.

« On a l’habitude d’amener les semences à Cotonou pour analyse, grâce au PAIA-VO. La maison d’analyse s’est déplacée ici, c’est un actif de la BAD mais aussi une opportunité pour nous que nous devons saisir,» a souligné Mr. Bognon, semencier de riz à Dangbo.

Grâce au centre de traitement de semences, les agriculteurs vont enfin pouvoir bénéficier de semences certifiées sans aucun coût de déplacement, et pourront désormais consacrer plus de temps à leurs champs et récoltes. Conscients de l’importance du centre de  traitement de semence, les organisations paysannes, semencières et le maire, vont déployer des efforts pour la pérennisation de cet acquis. «Le PAIA-VO est un gros programme pour Dangbo, quand il s’agit du développement, nous sommes toujours prêts » a dit un des exploitants paysans.

 

Vers la modernisation des marchés communaux

Le marché d'Azowlissè, situé dans la commune d’Adjohoun est le marché le plus ancien et le plus grand de la zone. Créé en 1928, le marché est bâti sur environ un hectare. Il s'anime tous le mercredi et vendredi, et regroupe des vendeurs (dont la majorité sont des femmes) de produits agricoles et aussi des plantes médicinales venant de la sous-région.

La modernisation de ce marché, comme d’autres, constitue une priorité des autorités locales pour contribuer au développement de la vallée de l’Ouémé.

«Sans aménagement on ne peut pas parler de développement,» a confirmé Gérard Adounsiba, maire de la commune d’Adjohoun.

Les maires ont fait part de leurs besoins spécifiques pour moderniser les marchés communaux. Dans le cadre de la composante « Développement des infrastructures agricoles structurantes », le projet a prévu la réhabilitation et l’extension de 13 marchés, dont le marché d'Azowlissè

Le maire de d’Adjohoun a, quant à lui, affirmé que : «Aménager le marché n’est pas facilenous avons mené des études de réhabilitation et nous comptons sur le PAIA-VO pour construire ce marché ». Et d’ajouter : « après l’aménagement vient la question de transport ; les pistes ne sont pas praticables, le seul moyen de transporter les marchandises est le moyen humain ».

L’amélioration des infrastructures rurales et commerciales pour faciliter l’accès au marché est au cœur des interventions du PAIA-VO. Ila été prévu la réhabilitation de 200 kilomètres de pistes agricoles, la construction de 50 magasins de stockage et de 6 centres de groupage. Moderniser les marchés communaux contribuera à la réduction des pertes après récoltes, facilitera l’écoulement des productions et augmentera, par conséquent le revenu des ménages.

La modernisation des marchés communaux pourrait avoir un effet catalyseur pour stimuler l’économie de l’ensemble du pays et de la sous-région. « Nous avons besoin de re-exploiter les richesses qui existent à la Vallée et au Bénin en général afin de l’étendre à la région », a affirmé le maire Adounsiba.

 

Pour un développement plus durable

A travers ses expériences antérieures visant à vaincre la pauvreté et améliorer les conditions de vie des bénéficiaires, dont les femmes, la BAD appuie les coopératives pour un développement durable et efficace.

Dans la commune d’Adjohoun, dix (10) coopératives ont bénéficié d’un aménagement sommaire concernant 15 ha de bas-fond en haute intensité de main d’œuvre (HIMO) (8 ha de maïs et 7 ha de riz). Grâce à la mise en valeur des bas-fonds, qui a permis de favoriser le drainage de l’eau de pluie, les agriculteurs pensent déjà à une deuxième récolte et confirment que leurs ventes sont passées de 4 tonnes à 8 tonnes après l’intervention du PAIA-VO. Les récoltes des coopératives sont destinées non seulement à la vente, mais fournissent également à la subsistance des familles. « La population a compris qu’il faut se mettre en coopératives pour réussir » a confirmé le maire d’Adjohoun.

Ces travaux de type HIMO mis en œuvre par les populations et les communes stimulent le développement et renforcent l’esprit d’initiative locale. les coopératives d’Adjohoun sont en mesure de négocier leurs besoins. «Nous souhaitons avoir un appui complémentaire du projet pour la fourniture de bâches de séchage et de filet », en vue de soutenir les efforts dans la lutte contre les oiseaux prédateurs, a indiqué un agriculteur.

Les bonnes nouvelles vont vite, ces coopératives ont été retenues pour la 2ème tranche de travaux et bénéficieront de l’aménagement de 15 ha supplémentaires. Le projet a également prévu l’aménagement de 25 ha de bas-fond destinés uniquement aux femmes. Une formation a été également planifiée pour les jeunes entrepreneurs sur les périmètres aménagés.

Les efforts de développement sont plus efficaces et durables lorsqu’on adopte une approche axée sur l’implication des populations, la responsabilisation, l’appropriation et le renforcement des capacités des différents acteurs. Le PAIA-O s’est engagé sur cette voie et les premiers résultats sont encourageants.