Burkina Faso : le projet d’appui au développement de l’anacarde, un bel exemple de lutte contre la pauvreté et pour la protection de l’environnement

Context

Le Burkina Faso est un pays sahélien fortement dépendant des activités agricoles et pastorales. L’agriculture, l’élevage et les forêts représentent respectivement 25 %, 12 % et 3 % du produit intérieur brut. Selon une étude prospective du secteur forestier en Afrique menée par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en 2001, le secteur agricole « occupe 86 % de la population active du pays et contribue pour près de 40 % à la formation du produit intérieur brut ».

Le Burkina Faso s’étend sur une superficie de 274 000 km² dont 25 % sont couverts de forêts. Selon les résultats du deuxième Inventaire forestier national (IFN2), réalisé entre 2012 et 2015, le potentiel forestier national est en baisse. Les ressources ligneuses productives nationales ont régressé de 9,4 millions de mètres cubes par an, soit une moyenne annuelle de 1,3 %. Cette baisse résulte essentiellement de l’exploitation illégale du bois qui aggrave la déforestation dont le taux était de 0,3 % entre 1990 et 2005, selon la Banque mondiale.

La déforestation s’accompagne d’une perte de diversité biologique et de la dégradation des capacités productives des sols. Elle représente également 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre en cause dans le réchauffement climatique.

Dans le cadre de ses efforts d’adaptation au changement climatique, le gouvernement du Burkina Faso a lancé le Programme d’investissement forestier (PIF). Objectif : réduire la déforestation et la dégradation des forêts afin d’en renforcer la capacité de séquestration de carbone, en misant sur une meilleure gouvernance, un développement socioéconomique local respectueux de l’environnement et une gestion durable des ressources forestières et des espaces boisés.

Pour accompagner les efforts nationaux dans la prise en charge des défis environnementaux et réduire la déforestation et la dégradation des forêts au Burkina Faso, la Banque africaine de développement a appuyé une proposition portée par l’association Waoul qui entend contribuer à la réduction de la pauvreté en milieu rural et à l’augmentation de la capacité de séquestration de carbone. Le soutien de la Banque se traduit par le démarrage du Projet d’appui au développement d’anacardes dans le bassin de la Comoé pour la REDD+ (PADA/REDD+). Le projet est doté d’une enveloppe de 10,968 millions de dollars américains, dont un prêt du Programme d’investissement forestier (4 millions de dollars) et un don du Fonds africain du développement (1,392 million de dollars), en plus d’une contribution nationale de 5,575 millions de dollars.

Objectives

Objective

Lancé le 31 octobre 2017, sur une durée de cinq ans, le projet axe ses interventions sur trois volets : appui à la production et à la séquestration du carbone, développement de la chaîne de valeur de l’anacarde et gestion du projet.

L’anacardier a été longtemps considéré comme un arbre de reforestation, il a été introduit par le gouvernement en 1950 pour lutter contre la désertification et préserver l’environnement et la fertilité du sol. Le PADA/REDD+ vient pour renforcer et soutenir les efforts du gouvernement dans la lutte contre le changement climatique. En effet, le projet entend améliorer la couverture végétale et la qualité des terres grâce à la plantation de 25 000 ha de plantations agroforestières à faible densité et à haut rendement. Ce qui permet une plus grande séquestration du carbone aérien et une atténuation des effets du réchauffement climatique. Le projet prévoit également l’entretien de 20 000 ha de plantations existantes et la production de 2 500 000 plantes améliorées en pépinières.

Lutte contre le changement climatique

Ce projet est la concrétisation du rêve d’André Antoine qui a fondé, dans le village de Bérégadougou en 1980, l’association Waoul, qui signifie « entraide mutuelle » en turka, l’une des langues nationales du Burkina Faso. Aujourd’hui, André Antoine a 70 ans. Son objectif était, dès le départ, d’attirer les jeunes vers l’agriculture. « Nous avons travaillé pour que les jeunes restent à Bérégadougou planter des mangues et des anacardes. Le réseau Waoul compte actuellement 60 groupements, dans 20 communes dans les régions des Cascades, des Hauts-Bassins et du Sud-Ouest, avec plus de 2 500 membres dont 70 % sont des femmes », détaille le président fondateur de l’association.

Et d’ajouter : « Depuis 1970, je rêve d’intégrer la dimension environnementale dans notre façon de travailler : comment produire et commercialiser des produits biologiques en tenant compte du changement climatique ? » André Antoine estime que le nouveau projet PADA/REDD+ est la réponse adéquate.

Outre le volet protection de l’environnement et conservation des sols, le projet doit faire face à l’amélioration des rendements, un défi majeur. Le PADA/REDD+ a été conçu pour améliorer la productivité et, partant, pour conforter la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté. Sont donc prévus au programme des techniques améliorées de production pré et post-récolte et l’enseignement de bonnes pratiques d’entretien des cultures :

  • quelque 540 producteurs (33 % de femmes) devraient ainsi être formés aux bonnes pratiques de culture biologique ;
  • 300 groupements et coopératives de producteurs devraient également être formés pour le greffage des anacardes (dont 33 % de groupements de femmes) ;
  • 1 500 producteurs devraient être sensibilisés au foncier et à la gestion des ressources forestières ;
  • 60 coopératives en gestion des exploitations devraient être soutenues.

À terme, le projet se veut un modèle reproductible dans tout autre pays disposant de plantations arboricoles, susceptibles d’être intégrées à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dues à la déforestation et à la dégradation des forêts, au maintien et à l’accroissement des stocks de carbone (REDD+).

Valoriser la chaîne de valeur de la filière

L’anacarde (noix de cajou), considéré comme une culture pérenne, demeure une filière porteuse à fort potentiel de création d’emplois, de richesse et de lutte contre la pauvreté au Burkina Faso. En effet, l’anacarde est le troisième produit agricole d’exportation du pays, après le coton et le sésame.

Toutefois, la filière anacarde burkinabé fait non seulement face à la concurrence de ses voisins ivoirien, ghanéen et togolais, mais aussi à des problèmes de compétitivité sur le plan international. Rendre le marché de l’anacarde plus concurrentiel et compétitif revient à développer sa chaîne de valeur : c’est l’objectif de la deuxième composante du PADA/REDD+.

En effet, le projet se veut une réponse aux contraintes de production, de transformation et de commercialisation de la filière. Il a pour vocation d’améliorer la qualité de la transformation de l’anacarde par la modernisation des installations et le renforcement des capacités des acteurs, dont principalement les femmes. Du dépelliculage manuel au séchage dans le four à gaz, en passant par le décorticage pour finir avec la fragilisation à la vapeur et le tri manuel des noix, le matériel installé est fabriqué localement et utilisé majoritairement par les femmes.

Impact

Elles sont transformatrices artisanales, ouvrières, contrôleuses, trieuses et représentent 90 % du personnel employé. « L’unité emploie 700 femmes qui travaillent sur la transformation des anacardes et sont rémunérées à la tâche », a expliqué Soulame Angele. 

De fait, la technologie « primaire » utilisée n’est pas sans effet sur le rendement des femmes et la qualité des produits transformés. « La transformation est trop complexe, nous avons besoin de modernisation, d’amélioration de technologie et de formation pour répondre aux critères de qualité et de certification biologique », a insisté Soulame Angele, 32 ans, technicienne agroalimentaire au sein de l’Unité de transformation de l’anacarde de Bérégadougou (UTAB-Woual). 

La modernisation prévue par le PADA/REDD+ bénéficiera aux installations suivantes :

  • 10 unités de transformation ;
  • 10 magasins de stockage ;
  • un centre de conditionnement ;
  • 10 centres de cuisson et décorticage pour les femmes ;
  • un laboratoire de contrôle. 

Cet effort de modernisation aura une double retombée. En effet, d’une part, la qualité et la quantité d’anacardes transformés et certifiés seront améliorés, passant de 1 250 à 6 050 tonnes brutes/an. D’autre part, l’effort de modernisation générera également des revenus supplémentaires et la création d’emplois verts pour les jeunes et les femmes (3 200) en milieu rural, où 80 % de la population sont des femmes.

Conclusion

Le PADA/REDD+ est une véritable opportunité pour assurer un développement durable de la filière anacarde au Burkina Faso. La formation sur les bonnes pratiques, qui ciblera 540 transformatrices, bénéficiera ensuite à d’autres acteurs intervenant dans la gestion et l’entretien des unités, la gestion environnementale, les études et recherches sur la filière anacarde. Le projet sera un outil incontournable pour renforcer la compétitivité de la filière sur le marché international, voire pour susciter la consommation locale.

Le PADA/REDD+ est un projet créateur d’emplois et générateur de revenus, conçu pour préserver l’environnement et lutter contre la pauvreté au milieu rural. Sa reproduction dans d’autres pays pourrait stimuler considérablement les potentialités de développement du continent.

« Nous produisons 200 tonnes/an d’anacardes et 350 tonnes/an de mangues. Environ 90 % de la production nationale, sous forme de noix brute de cajou et d’amande, est exportée et seule une très faible part de la production est consommée par la population locale. Le PADA/REDD+ va nous permettre de développer d’autres plantations agroforestières ; ce qui contribuera à la création de nouveaux emplois et à l’augmentation des revenus en milieu rural »

- André Antoine, président de Waoul

Soulame Angele, technicienne agroalimentaire

« Nous avons également besoin de soutien et d’accompagnement depuis la récolte jusqu’à la transformation. Les matières premières sont excessivement chères et 75 % de la récolte se retrouve aux déchets. Le PADA/REDD+ va permettre de rentabiliser la filière en améliorant les conditions de travail des femmes et les techniques de transformation et production »

- Soulame Angele, technicienne agroalimentaire

You are currently offline. Some pages or content may fail to load.