Les Assemblées annuelles 2018 du Groupe de la Banque africaine de développement se tiendront du 21 au 25 mai 2018 à Busan, en Corée. En savoir plus

Contexte

La Conférence économique africaine 2016 porte sur le thème « Nourrir l’Afrique: vers une agro-industrialisation pour une croissance inclusive ». Le thème de cette conférence fait pleinement écho au programme de développement international et africain. L’élimination de la pauvreté, ainsi que la lutte contre la faim et l’insécurité alimentaire correspondent, respectivement, aux deux premiers Objectifs de Développement Durable (ODD) que les Etats membres des Nations Unies ont adoptés en septembre 2015. Le Programme 2063 de l’Union Africaine reprend également ces engagements en reconnaissant à chaque Africain le droit d’être bien nourri, en bonne santé et de pouvoir mener une vie productive. Le Programme de développement de l'agriculture africaine (PDDAA) ainsi que la déclaration de Malabo de juin 2014 stipulent, en outre, que pour optimiser la croissance et éradiquer la pauvreté, l’Afrique doit réaliser la transformation structurelle de son secteur agricole. L’agriculture et l’industrialisation sont également au cœur du programme de travail de la Banque africaine de développement (BAD), de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations Unies et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), de leur vision et de leur stratégie à long terme pour une Afrique prospère et inclusive.

Pour réaliser la sécurité alimentaire, les expériences à travers le monde ont montré qu’en plus d’une croissance élevée et soutenue, il fallait une plus forte productivité agricole et un changement structurel durable mobilisant un grand nombre d’individus. Les pays africains doivent tout particulièrement revoir leurs politiques et leurs pratiques agricoles et s’industrialiser progressivement en s’appuyant sur le secteur de l’agriculture. La Conférence économique africaine offrira aux décideurs, aux chercheurs et aux praticiens du développement venant d’Afrique et d’ailleurs, l’opportunité de contribuer de manière stratégique à l’avancement du développement agro-industriel. La Conférence permettra d’évaluer l’impact des stratégies de croissance actuellement mises en œuvre en Afrique et qui s’appuient sur les secteurs agricole et industriel. Seront également analysés les succès, les leçons apprises ainsi que les lacunes persistantes, les défis et les nouveaux enjeux. La Conférence rassemblera des universitaires reconnus et des jeunes chercheurs de talent du continent qui présenteront des recherches approfondies orientées vers l’élaboration de stratégies et qui débattront et émettront des recommandations politiques visant à accélérer la transformation industrielle et agricole et de l’Afrique.

Les défis et les opportunités du thème

En dépit de la croissance macroéconomique globale et de l’amélioration de la gouvernance sur le continent, l’Afrique continue d’enregistrer les taux de pauvreté et de famine les plus élevés au monde. Sur un total d’environ 795 millions de personnes qui souffrent de sous-nutrition chronique à l’échelle internationale, 230 millions d’entre eux vivent en Afrique. Le continent enregistre la prévalence de la sous-alimentation la plus élevée dans le monde, à environ 20 %[1]. En raison des mauvaises méthodes de conservation et des pertes après la récolte, les pénuries alimentaires existent même dans les régions fertiles du continent à certaines périodes de l’année. En Afrique sub-Saharienne, les pertes agricoles représentent jusqu’à 150 kg par personne chaque année et, selon le produit cultivé, 15% à 35% de la production est perdue avant même qu’elle ne quitte le champ.

Comment l’Afrique peut-elle se nourrir de façon autonome et nourrir le reste du monde ? Une partie de la réponse se trouve simplement dans l’augmentation de la production agricole et de la productivité, ce qui consiste à s’éloigner de l’agriculture de subsistance. Alors que l’Afrique possède environ 2/3 des terres arabes dans le monde, elle n’arrive pas à se nourrir et dépense environ 35 milliards de dollars par an pour l’importation de denrées alimentaires, exerçant des pressions supplémentaires sur les réserves de change. En plus d’augmenter sa production agricole, l’Afrique doit aussi améliorer la gestion et l’intégration de la production agricole dans les chaînes de valeur à chacune des étapes, de la production à la commercialisation en passant par la conservation, le transport et le conditionnement. Les milieux stratégiques et académiques insistent sur l’opportunité de développer et de promouvoir le secteur agricole comme le moteur du processus d’industrialisation du continent. Le développement d’une industrie agro-alimentaire augmenterait la productivité agricole et soutiendrait la croissance économique ainsi que la transformation structurelle en libérant la main d’œuvre du secteur agricole au profit de l’industrie et des services.

La transformation complète du secteur agricole, en vue de promouvoir l’agro-industrialisation en Afrique, nécessite des investissements dans la technologie et dans l’innovation afin d’améliorer la productivité des terres, et particulièrement celle du travail (nouveaux outils, semences améliorées, contrôle de l’eau, fertilisants, innovations commerciales). Parmi les mesures à prendre, des incitations doivent encourager les fermiers à adopter les nouvelles technologies à des prix abordables, pour augmenter la productivité et la production agricoles. Les réformes foncières constituent également un prérequis pour réaliser une production agricole à plus grande échelle et donner aux fermiers de meilleures garanties en matière d’accès à la propriété et la stabilité nécessaire pour investir dans leur exploitation agricole. Des produits d’assurance et des instruments financiers adaptés au cycle de production agricole permettraient aussi aux fermiers d’utiliser des innovations technologiques, davantage d’intrants intermédiaires et de services liés à l’agriculture et d’adopter des mécanismes de fixation des prix plus appropriés.

Plus généralement, l’industrie fournit un effet de levier pour la transformation structurelle du secteur agricole. Des efforts supplémentaires doivent être faits pour favoriser le développement de grandes exploitations commerciales et pour les connecter aux petits exploitants agricoles, par le biais d’un système de sous-traitance et de contrats mutuellement bénéfiques. Ceci permettra d’accroître la production agricole de manière inclusive. Les initiatives agroalimentaires qui ont pour objectif permanent d’ajouter de la valeur aux produits agricoles, facilitent l’intégration de l’agriculture dans les chaînes de valeur régionale et internationale. Afin d’obtenir un contrat avec les grands exploitants ainsi que la garantie d’écouler leur production, les petits fermiers sont incités à respecter les normes de production au sein de la chaîne de valeur. Finalement, l’agro-industrialisation améliore l’efficacité et la valeur de la production agricole en connectant les fermiers aux marchés. Les compétences et l’accès aux capitaux pour produire en plus grande quantité tout en respectant des normes de qualité supérieures, facilitent la commercialisation des produits grâce à une intégration plus efficace dans les chaînes de valeur agricoles.

L’établissement d’un environnement institutionnel et des affaires adéquat ainsi que l’aide au financement du commerce sont essentiels pour encourager la participation du secteur privé et l’investissement dans l’industrie agro-alimentaire, et améliorer la compétitivité des exportations agricoles. Au final, l’agro-industrialisation devrait réduire les exportations de matières premières et diversifier les économies africaines. Le développement de services commerciaux compétitifs grâce aux infrastructures et aux financements aidera les grands exploitants agricoles à développer les activités de commercialisation et d'exportation.

L’agro-industrialisation en Afrique doit se poursuivre de manière inclusive, étant donné que près de la moitié de la population active africaine travaille dans le secteur agricole, dans les zones rurales. Une part importante de cette main d’œuvre ouvrière est féminine et 80% sont de petits exploitants agricoles. Des réformes agraires ainsi que des produits financiers et d’assurance plus adaptés aux besoins et plus accessibles aux petits exploitants sont nécessaires pour accroître la productivité et offrir aux plus vulnérables des mesures d’atténuation et de résistance face à l’augmentation des risques associés aux chocs climatiques, commerciaux et politiques. Les droits coutumiers régissant l’accès à la propriété foncière défavorisent en particulier les femmes et accentuent la répartition inégale des terres arables. Il existe des insuffisances importantes en termes de recherche et de stratégies en ce qui concerne la façon de mener à bien les changements nécessaires à l’éradication de la pauvreté dans les zones rurales, à la réduction des variations de revenu, à l’élimination de l’insécurité alimentaire et à l’encouragement des liens entre les petits et les grands exploitants agricoles. Il est également important de reconnaitre le rôle clé des femmes dans cette transformation en prenant en compte la dimension genre dans toutes les stratégies. À cet égard, les politiques visant à corriger les multiples imperfections ou défaillances du marché et à promouvoir un accès inclusif aux intrants modernes, au travail, à la terre, à la finance et aux autres facteurs de production et de commercialisation agricoles, sont autant de prérequis à une transformation réussie des secteurs agricole et industriel en Afrique.

Enfin, le processus d’industrialisation du secteur agricole doit être durable c’est-à-dire menée dans le respect de l’environnement, afin d’éviter la stagnation à long terme de la production et la hausse des coûts des intrants. Les gouvernements africains doivent établir un cadre réglementaire et institutionnel favorable à l’utilisation de la technologie dans la promotion d'une agriculture verte. Les technologies de l’information et de la communication constituent un moyen efficace et respectueux de l’environnement de diffuser et de partager l’information et les connaissances commerciales et géographiques entre les différents acteurs du secteur. Le développement des compétences en biotechnologie permettrait également d’accroître les rendements et de les rendre plus résistants aux chocs climatiques en préservant la santé et l’environnement. En plus d’une production agricole à grande échelle, des efforts supplémentaires doivent être consacrés à l’amélioration de la gestion de l'eau de manière à intensifier l'irrigation, réduire la dépendance de l’Afrique à l’agriculture pluviale et renforcer la résilience au changement climatique.

« L'Afrique ne peut plus se contenter de simplement gérer la pauvreté. Pour notre avenir et celui de nos enfants, nous devons l’éradiquer. » - Akinwumi Adesina, Président de la BAD

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