Ressources naturelles de l’Afrique : Où va-t-on ?

Description de l'évènement

Dans un nouveau rapport intitulé, « Croissance de l’Afrique : libérer le potentiel de l’agro-industrie », lancé en mars 2013, la Banque africaine de développement (BAD) estime que l’agriculture et l’agro-industrie pourraient représenter ensemble, un trillion de dollars EU dans l’économie régionale de l’Afrique, à l’horizon 2030 (contre 313 milliards de dollars EU en 2010). Par conséquent, l’institution estime que, dans la région, l’agro-industrie devrait être « la priorité pour la transformation et le développement économiques ». Le rapport porte sur un large éventail de sujets et, dans son analyse de la situation et du potentiel de l’agriculture africaine, qui cadre bien avec un programme de transformation, il traite de « l’agro-industrie » qui couvre la production agricole et le marché des intrants en amont, ainsi que la chaîne d’approvisionnement et l’agroalimentaire. Son principal message, à savoir la nécessité de passer de l’exportation de produits primaires à la production agroindustrielle, correspond bien à la façon dont la BAD perçoit la transformation de l’agriculture africaine. Cette vision présente le rôle important de l’agro-industrie dans la transformation de l’agriculture africaine en un secteur économique plus dynamique, plus commercial, plus productif et concurrentiel, qui crée les emplois et les revenus tant attendus, contribuant ainsi au développement rural et à l’objectif primordial, qui est la réduction de la pauvreté.

L’agriculture représente au moins 25 % du PIB et est le secteur le plus important dans de nombreux pays africains ; elle a, de ce fait, d’importantes implications sur le continent, tant au niveau macroéconomique que microéconomique. De surcroît, plus de 70 % de la population de ces pays vivent en milieu rural et sont tributaires de l’agriculture pour leurs revenus primaires. Même si les habitants des zones rurales représentent entre deux tiers et trois quarts de la population totale de la plupart des pays africains, leur part du revenu national est souvent inférieure à un quart – ce qui indique qu’en général la pauvreté sévit de façon disproportionnée dans les zones rurales. Ce n’est donc pas un hasard si la stratégie agricole de la BAD met l’accent sur la promotion du développement durable comme l’un des piliers pour la réduction de la pauvreté, en se fondant sur le fait que les populations du continent vivent en grande partie dans les zones rurales et pour beaucoup, dans des conditions d’extrême pauvreté. L’agriculture joue également un rôle très important dans la consommation : il n’est pas rare que dans les pays en voie de développement, tels que ceux d’Afrique, les ménages démunis consacrent jusqu’à trois quarts de leurs dépenses ménagères totales aux produits agricoles destinés à l’alimentation. Dans le même temps, l’agriculture revêt une importance particulière en ce sens que les producteurs d’Afrique (et d’autres régions en voie de développement) consomment une part importante de leur propre production, ce qui signifie que les décisions relatives à la production et à la consommation sont indissociables. L’importance du secteur agricole dans de nombreux pays africains du fait de sa contribution au PIB et la création d’emplois, d’une part, et à la concentration de la pauvreté dans les zones rurales, d’autre part, atteste de l’occasion unique qu’offre le développement de l’agriculture et de l’agro-industrie en matière de transformation structurelle.

L’Afrique possède d’abondantes ressources naturelles qui, ces dernières années, ont attiré d’importants investissements dans les domaines de l’exploration et de l’exploitation. Ses ressources représentent environ 12 % des réserves pétrolières mondiales (environ 40 pays du continent sont producteurs de pétrole ou ont des réserves pétrolières ou gazières prouvées) ; 40 % des réserves mondiales d’or ; 85 à 95 % des réserves de métaux du groupe du chrome et du platine ; 85 % des réserves de phosphate ; plus de 50 % des réserves de cobalt ; et un tiers des réserves de bauxite. Selon les estimations du Bureau des études géologiques des États-Unis, l’Afrique augmentera de 78 %, entre 2010 et 2017, sa production de métaux et de minéraux pour 15 métaux importants, contre seulement 30 % aux Amériques et en Asie. Au cours de la décennie écoulée, de nombreux pays africains ont découvert d’autres ressources naturelles et en plus grande quantité, notamment du minerai à haute teneur en fer et du diamant ; en outre, le continent possède de grandes étendues de terres arables, d’importantes ressources ligneuses et de vastes zones côtières riches en ressources halieutiques. Cette richesse et le large éventail de ressources naturelles, associés à la demande mondiale croissante de ces ressources, offrent aux économies africaines la possibilité de se transformer au plan structurel. Pour les gouvernements africains, la principale difficulté s’agissant de l’agenda pour la transformation est de savoir comment traduire cette énorme richesse et les retombées positives des investissements, en une croissance économique équitable et inclusive. Il convient donc de repenser le lien qui existe entre la richesse en ressources et le développement, et d’analyser les implications pour une croissance inclusive et l’élaboration durable de politiques et de projets dans divers secteurs en rapport avec les ressources naturelles, notamment les mines, le pétrole et le gaz, les forêts et la pêche.

Par le passé, les revenus tirés des ressources servaient principalement à soutenir la consommation intérieure et une infime partie était consacrée à  l’investissement productif nécessaire à la croissance à long terme ; par ailleurs, la mauvaise gestion des ressources naturelles et de la richesse générée a contribué à l’instabilité économique, aux troubles sociaux et à la dégradation de l’environnement. Conformément aux principaux objectifs de l’agenda pour une transformation structurelle, les rentes tirées de l’exploitation des ressources devaient utilisées à des fins productives et être gérées de façon à améliorer les niveaux de vie, aussi bien des générations présentes que futures. À cet égard, l’État a un rôle important de régulation et de redistribution à jouer dans la gestion des ressources naturelles et ce rôle doit être amélioré grâce au renforcement de la capacité des pays africains à bien négocier avec les investisseurs étrangers et à promouvoir une croissance économique équitable au moyen de mécanismes institutionnels qui favorisent la transparence, le suivi efficace et l’obligation redditionnelle. Surtout, si l’Afrique entend vaincre la « malédiction des ressources » et utiliser ses ressources naturelles pour soutenir le développement socioéconomique durable et la croissance à long terme, il est important que le système d’exploitation des ressources sur le continent soit déterminé par les besoins de l’Afrique et se fasse au profit de ses populations.

Potentiel de développement de l’Afrique

L’Afrique possède une grande diversité de zones agroécologiques et, partant, un énorme potentiel pour l’approvisionnement des marchés intérieurs et extérieurs en produits agricoles. Après avoir été négligée pendant des décennies après les indépendances, l’agriculture suscite à nouveau l’intérêt des gouvernements africains, de leurs partenaires internationaux de développement et des entreprises du secteur privé en raison du potentiel de l’agro-industrie et de l’ouverture de nouveaux débouchés, ainsi que du développement d’une chaîne dynamique d’approvisionnement en intrants. Le potentiel de l’agriculture africaine en tant que puissant facteur de croissance économique stable et inclusive est assurément considérable : l’Afrique subsaharienne (ASS) possède environ la moitié des terres non cultivées et cultivable dans le monde ainsi que d’immenses ressources hydriques inexploitées ; en outre, les marchés mondiaux et régionaux de produits alimentaires et agricoles se développent à un rythme sans précédent. Hormis la perspective d’accéder aux marchés mondiaux des exportations de produits alimentaires, en particulier dans les économies émergentes, la demande de produits alimentaires sur le continent lui-même devrait croître à un taux trois fois supérieur à son niveau actuel, étant donné que seulement 1 milliard, sur les 25 milliards de dollars EU environ de produits alimentaires importés chaque année par les africains, provient du continent. En dépit de ces avantages potentiels, les pays africains peinent à regagner le terrain perdu au cours des 50 dernières années ; au cours cette période, la plupart d’entre eux n’ont plus enregistré d’excédents alimentaires et sont devenus de gros importateurs nets de produits alimentaires ; ils ont en outre perdu progressivement leur compétitivité sur les marchés mondiaux d’exportation.

L’agriculture est habituellement perçue comme un réservoir de ressources de production bon marché (notamment en ce qui concerne la main-d’œuvre et le capital) que les secteurs modernes de l’économie peuvent exploiter en fonction de leurs besoins. Dans de nombreux cas, cette conception explique la négligence de l’agriculture par les décideurs, étant donné qu’elle était perçue comme un secteur à faible productivité qui ne peut guère contribuer à l’industrialisation. Cette conception du rôle de l’agriculture dans la croissance économique a été battue en brèche par les analyses ultérieures, toutefois les données empiriques disponibles montrent qu’au fur et à mesure que les économies se développent, la part de l’agriculture dans le PIB et la création d’emploi baisse en général. Cette baisse de l’importance économique de l’agriculture au fur et à mesure que les économies africaines passent des niveaux de revenu par habitant, faibles à intermédiaires, constitue un facteur clé du processus de transformation structurelle qui doit être géré à dessein de façon à déboucher sur des avantages en matière de croissance inclusive et de développement durable.

Principaux défis de la transformation agricole

Le secteur agricole constitue un élément déterminant de la transformation structurelle de l’Afrique dans la mesure où il contribue directement à la chaîne de valeur de l’agro-industrie, permet d’approvisionner les zones urbaines en denrées alimentaires et constitue pour les ménages une source d’épargne pour l’investissement dans les activités économiques et les améliorations sociales. La transformation de l’agriculture africaine comme un moyen efficace de garantir la croissance inclusive à long terme et de réduire la pauvreté nécessitera le passage de l’actuel système agricole dominant, très diversifié et tourné vers la subsistance, à une activité plus tournée vers le marché et caractérisée non seulement par une agro-industrie et des agro-entreprises à plus forte valeur ajoutée, mais aussi par un meilleur accès aux marchés. Une telle évolution nécessite que l’on s’appuie davantage sur des marchés d’approvisionnement en intrants et en produits dynamiques, notamment les chaînes de valeur et sur une intégration accrue de l’agriculture dans d’autres secteurs des économies nationales et mondiales. L’agriculture et le développement rural vont de pair et la promotion de l’infrastructure rurale liée à l’agriculture fait partie intégrante de toute stratégie de transformation économique. L’on devrait s’efforcer de faire du développement agroindustriel, une priorité opérationnelle au moyen de l’innovation technologique et de l’adoption d’une approche davantage tournée vers les marchés et axée sur les chaînes de valeur, tout en veillant à ce que les bénéfices liés aux revenus, à la sécurité alimentaire et aux moyens de subsistance reviennent aux communautés agricoles, principalement rurales. L’émergence d’industries d’agrotransformation détenues par des acteurs locaux contribuera de manière significative à la création d’emplois et à l’augmentation des revenus ruraux. Il importe que l’innovation technologique soit adaptée aux conditions locales. Une bonne illustration de ce principe est la mise au point, par l’Association pour le développement de la riziculture en Afrique de l'Ouest (ADRAO), du NERICA (nouveau riz pour l’Afrique), qui réunit les qualités des variétés de riz asiatique à haut rendement et celles des variétés africaines à haute résistance pour obtenir une variété particulièrement adaptée aux conditions africaines.

Les effets conjugués du changement climatique sur l’agriculture, d’une part et des facteurs environnementaux sur la gestion des ressources naturelles, d’autre part, devraient être examinés et pris en compte dans une stratégie transformationnelle efficace pour l’agriculture et le développement rural. La concentration des efforts sur l’atténuation, l’adaptation et l’innovation technologique, ainsi que les interventions stratégiques dans le programme sectoriel devraient prendre en compte la question de la résilience de l’agriculture et de l’agro-industrie au changement climatique. Il faut donc introduire des mesures efficaces d’adaptation, notamment intégrer l’atténuation positive dans la conception et l’exécution des projets agricoles et de développement rural. En matière de gestion des ressources naturelles, l’accent devrait être placé sur l’amélioration de la conservation, de l’exploitation et de la gouvernance des ressources foncières, hydriques, halieutiques et forestières, ainsi que sur la préservation de la biodiversité. Du fait de l’accroissement des investissements étrangers dans les terres, on est de plus en plus préoccupé par « l’accaparement des terres » en Afrique (et dans d’autres régions en développement), ce qui soulève d’importants problèmes de sécurité foncière et d’accès des populations locales aux terres productives. Les ressources forestières de l’Afrique, principales sources d’approvisionnement en énergie, revêtent une importance économique et socioculturelle et fournissent des services essentiels qui sous-tendent les performances économiques, le bien-être des populations et la durabilité environnementale. Les forêts jouent également un rôle vital dans l’atténuation des effets du changement climatique et, de ce fait, il importe de mettre l’accent sur la conservation des ressources forestières. En Afrique, où plus de la moitié de la population vit de l’agriculture, la rareté de l’eau constitue un problème de taille, qui est étroitement lié à la sécurité alimentaire. Du fait de la croissance démographique des zones urbaines, les besoins en eau et les habitudes de consommation de cette denrée évoluent sur le continent et pèsent sur l’agriculture. Il convient de prendre des mesures en vue de créer les conditions propices à l’accroissement de l’investissement dans l’infrastructure d’approvisionnement en eau et l’amélioration de la gestion des ressources en eau.

Si l’on prend le cas des pays asiatiques et latino-américains en développement, la réussite de la transformation agricole dépend de la collaboration de tous les acteurs du système agricole. Une telle collaboration requiert l’établissement de partenariats public-privé (PPP) forts pour non seulement parvenir à des résultats à fort impact et créer des emplois productifs et de revenus, mais aussi pour créer des possibilités de revenu pour les petits producteurs qui constituent le pilier de l’agriculture africaine et qui ont le droit d’être au cœur de la révolution verte de l’Afrique. Sur le continent, de nombreux petits exploitants sont des femmes et l’Agenda pour la transformation devrait comprendre des politiques spécifiques visant à lever les obstacles auxquels se heurtent les femmes dans l’agriculture - l’accès à la terre et au crédit. Ce programme devrait également prévoir des mesures pratiques visant à renforcer les liens entre d’une part, les petits et les grands exploitants agricoles et d’autre part, entre l’agriculture orientée vers le marché et les opérations agro-industrielles. Pour réaliser la révolution agraire africaine, il faudra forcément renforcer les capacités et transformer des millions de petits exploitants agricoles du continent en producteurs agricoles prospères à même d’approvisionner les marchés locaux, régionaux et mondiaux et de rendre l’agriculture intéressante pour les jeunes et la future génération d’Africains. Cette transformation axée sur les populations permettra aux agriculteurs africains de relever le défi de la lutte contre la faim et l’insécurité alimentaire sur le continent, grâce à une révolution verte réussie et fondée sur l’équité et la durabilité.

En Asie et en Amérique latine, les expériences réussies dans les domaines des réformes agraires et de la transformation rurale montrent que le secteur privé a joué un rôle important en réagissant aux possibilités d’investissement dans l’agriculture compte tenu des perspectives ouvertes par la mondialisation en matière de création d’emplois productifs et de revenus dans l’agriculture, notamment grâce à la participation aux chaînes d’approvisionnement mondiales. Le potentiel d’investissement du secteur privé dans l’agriculture et l’agro-entreprise modernes était, jusqu’à une date récente, largement inexploité dans la plupart des pays africains, en particulier lorsque les pouvoirs publics avaient eu recours, après les indépendances, à des stratégies axées sur le secteur public pour stimuler le développement industriel et la transformation économique. Il convient d’élaborer un scénario dans lequel l’État jouerait le rôle de catalyseur en définissant la vision, la stratégie, l’engagement à long terme en faveur de la transformation de l’agriculture ; en créant l’environnement politique favorable et en mettant en place les mécanismes institutionnels idoines permettant de stimuler l’investissement du secteur privé dans l’agriculture et l’agro-entreprise. Si l’on considère le marché mondial prometteur, les possibilités de croissance et l’ordre économique mondial émergent, on a de bonnes raisons d’être optimiste quant aux chances de l’Afrique d’atteindre une croissance forte et durable tirée par l’agro-industrie et une gestion efficace des ressources naturelles.

Ressources naturelles et transformation structurelle

Les ressources naturelles abondantes de l’Afrique, en particulier les minéraux les plus recherchés dans le monde, peuvent permettre de financer une croissance économique rapide et de générer des revenus pour une transformation structurelle qui pourrait avoir des effets positifs sur l’emploi et la réduction de la pauvreté. Le débat sur la transformation des produits de base et des minéraux pour parvenir à un véritable développement a retenu l’attention aux échelons local, régional et international en raison de la hausse du cours des produits de base et de la montée en puissance des économies émergentes qui mettent en œuvre des stratégies d’investissement plus ambitieuses dans le secteur de l’industrie minière et extractive. La plupart des décideurs et des parties prenantes d’Afrique et d’ailleurs s’accordent sur l’urgence de transformer les riches ressources minières africaines en développement durable à long terme et que cela constitue l’une des principales conditions de la transformation économique de l’Afrique dans le cadre de l’agenda pour le développement international d’après 2015. La plupart des pays africains manquent d’infrastructures et de capital humain et sont, en même temps, confrontés à une forte augmentation de la population de jeunes et au défi consistant à transformer cette situation en un « dividende démographique » qui se traduirait éventuellement par la création de très nombreux emplois. Les flux de revenus générés par les ressources naturelles représentent une occasion unique de réaliser, dans le domaine du développement, une percée susceptible de transformer les économies du continent et l’existence de millions d’individus en investissant dans le capital social, humain et physique. L’utilisation des ressources minières pour favoriser l’industrialisation en Afrique constitue un autre défi pressant dans le domaine de l’exploitation des ressources naturelles. La plupart des industries extractives de la région ne contribuent pas actuellement à la création de la valeur ajoutée et elles ont peu de liens avec le reste de l’économie. Le secteur des industries extractives fonctionne par conséquent comme une enclave extravertie. L’élaboration d’une politique industrielle qui apporte de la valeur ajoutée aux exportations des produits miniers pourrait se traduire par des gains plus importants et la création de possibilités additionnelles en matière d’emplois. Les revenus accrus rapportés par les ressources naturelles pourraient servir de base à l’investissement dans l’infrastructure de transport et d’énergie, les systèmes décents d’éducation et de santé, la modernisation de l’agriculture à petite échelle et les programmes spécifiques de protection sociale pour atténuer et réduire la pauvreté et la vulnérabilité. En somme, l’abondance des ressources naturelles en Afrique pourrait permettre d’éradiquer la pauvreté et de parvenir à une prospérité durable.

Toutefois, l’utilisation des ressources tirées de l’exploitation des ressources naturelles en Afrique a, jusqu’à présent, été un problème et amène à se poser la question troublante suivante : comment un continent peut-il être si riche en ressources naturelles et être malgré cela, si pauvre en développement humain et physique ? Cette sempiternelle question revêt une nouvelle actualité dans le contexte d’une Afrique émergente aujourd’hui qui est au cœur d’un boom minier mondial, mais qui semble confronter à des régimes et accords internationaux inéquitables en matière d’extraction minière, empêchant les pays en développement de profiter pleinement de leurs ressources naturelles à plus long terme. La contradiction implicite que renferme la question ci-dessus s’explique en partie par le caractère défavorable des contrats d’exploitation des ressources négociés par les gouvernements africains avec les compagnies étrangères d’exploitation minière et d’extraction. Il semble que les cadres réglementaires et juridiques qui régissent actuellement l’extraction des ressources en Afrique (et l’hémisphère sud) visent souvent à permettre à des acteurs privés étrangers (et à une poignée d’élite locale) de réaliser le maximum de bénéfices plutôt qu’à profiter largement à l’État et aux populations locales. Dans bon nombre de cas, le secteur public n’a guère la capacité de contrôler et de faire appliquer les réglementations, ce qui entraîne une manipulation des recettes ou rend difficile leur suivi et, en définitive, des gains financiers plus faibles pour les pays hôtes. La négociation de contrats plus avantageux et plus équitables est perçue comme un élément clé pouvant aider l’Afrique dans son développement et sa transformation économiques. Dans certains cas, on observe une corrélation manifeste entre l’abondance de ressources et la corruption politique à l’échelon national. Ceci met particulièrement en relief la question politique importante de la gouvernance des ressources naturelles. 

Gouvernance des ressources naturelles

La mesure dans laquelle l’on peut tirer parti des retombées positives de l’extraction des ressources (et éviter la corruption, la destruction de l’environnement et les conflits) est déterminée par la qualité de la gestion des activités des acteurs clés concernés, notamment les gouvernements hôtes, les communautés riches en ressources et les entreprises internationales et nationales du secteur extractif. S’il importe de s’attaquer aux questions de gouvernance, conformément aux directives et aux prescriptions des protocoles, chartes et normes internationaux, telles que la Charte des ressources naturelles (CRN) et l’Initiative pour la transparence dans l’industrie extractive (ITIE), il convient également de se pencher sur le contexte et le cadre politiques dans lesquels évoluent les acteurs. La gouvernance adéquate et efficace dépend des cadres juridiques nationaux, de la réglementation et des pratiques des entreprises pour ce qui est des mesures relatives à l’obligation redditionnelle, de la collecte et de la répartition des revenus, de l’emploi à l’échelon local, des besoins d’investissement, des mesures de sauvegarde environnementale et sociale. Dans la pratique, le respect des exigences de gestion requiert des efforts concertés de la part des gouvernements hôtes, des partenaires de développement tels que la BAD et des entreprises étrangères investissant dans ces pays. En effet, il est nécessaire d’adopter une approche novatrice et inclusive en matière de gestion des ressources naturelles, si l’on veut que les activités d’exploitation minière et extractive soutiennent la transformation structurelle et le développement économique durable en Afrique.

De nos jours, il est plus que jamais important de comprendre la gestion des ressources naturelles (minières, foncières et hydriques) en Afrique compte tenu de l’évolution de l’ordre international due à certains facteurs, dont la montée en puissance des économies émergentes ; l’augmentation des échanges de ces économies avec l’Afrique et leurs investissements sur ce continent ; l’impact du changement climatique ; l’effet de la crise alimentaire et énergétique sur l’Afrique et la recherche de l’intégration régionale. Comme l’a fait observer Joe Stiglitz dans un commentaire sur le sujet publié dans The Economist (11 février 2012), les ressources naturelles de l’Afrique peuvent être une bénédiction et non une malédiction, si elles sont bien gérées. La Vision minière africaine, ratifiée par les Chefs d’État de l’Union africaine en 2009 et le Plan d’action d’accompagnement élaboré plus tard, en 2011, représentent des mesures potentiellement importantes allant dans le sens d’une exploitation bénéfique et responsable des ressources naturelles sur le continent, susceptible de transformer l’énorme potentiel économique et la vaste richesse du continent en avantages tangibles pour le développement humain et physique, la stabilité économique, la paix et la sécurité. Le Forum pour le développement de l’Afrique 2012 (ADF-VIII) (une réunion organisée conjointement par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), la Commission de l’Union africaine (CUA) et de la BAD), a eu pour thème «Gestion et mobilisation des ressources naturelles au service du développement de l’Afrique». Ce choix souligne l’importance de la gestion des ressources naturelles dans les processus de transformation économique et sociale en Afrique pour la croissance inclusive et la réduction de la pauvreté. L’Afrique ne pourra profiter de ses riches ressources que si on évite la « malédiction des ressources » et si des institutions appropriées sont mises en place pour la gestion des ressources naturelles. On peut pallier la rareté des capitaux d’investissement et de fonds pour financer le développement infrastructurel, ainsi que les contraintes permanentes qui pèsent sur les budgets des États grâce aux revenus tirés des ressources naturelles. Selon les estimations de la BAD, l’exploitation des ressources naturelles de l’Afrique et l’industrie extractive peuvent rapporter plus de 30 milliards de dollars EU par an au titre des recettes publiques, au cours des 20 prochaines années. Les ressources naturelles pourraient apporter une part substantielle des ressources dont le continent a besoin pour combler son retard infrastructurel. En fait, un certain nombre de pays ont émis, avec les recettes tirées de leurs ressources naturelles, des euro-obligations pour le financement de l’infrastructure.

Conclusion

De façon générale, la compétition pour d’une part l’accès aux ressources agricoles et naturelles de l’Afrique et d’autre part, leur exploitation s’intensifie en partie du fait de la demande accrue des économies émergentes. Cette situation offre à l’Afrique une occasion historique d’exploiter judicieusement ses ressources naturelles pour favoriser le développement économique et la transformation structurelle. Cette possibilité sera renforcée par les évolutions positives sur le continent, notamment des progrès en matière de gouvernance, une plus grande marge d’action et une meilleure cohérence politique, ainsi qu’une capacité accrue du secteur public. L’agriculture, l’agro-industrie, les ressources foncières, l’industrie minière et extractive, les ressources hydriques, forestières et halieutiques pourraient jouer un rôle dans la réalisation de la transformation structurelle. L’examen des stratégies émergentes, des politiques critiques et des structures de gouvernance pour l’exploitation durable de ces ressources naturelles vient par conséquent à point nommé et il est pertinent.

Questions à débattre

  • Dans le contexte de l’agenda pour la transformation, quel soutien faut-il pour exploiter le potentiel de l’agriculture africaine en matière de création d’importantes possibilités d’emplois rémunérateurs et productifs?
  • Compte tenu de l’importance du secteur agricole dans la majorité des économies africaines, la concentration des efforts sur ce secteur peut-elle permettre aux pays africains d’acquérir le statut de pays à revenu intermédiaire et en définitive, à revenu élevé ?
  • La création de Fonds d’investissement souverains par les pays africains riches en ressources pourrait-elle contribuer à la transformation structurelle et au développement durable ?
  • Les pays africains devraient-ils utiliser les revenus tirés de l’exploitation de leurs ressources naturelles pour accorder, aux sociétés nationales, des crédits, y compris pour investir dans le capital-risque, afin de stimuler le secteur privé local et renforcer sa capacité à créer des emplois ?
  • Quelle est l’importance du développement institutionnel pour la gestion efficace des ressources naturelles ?
  • Dans quelle mesure le secteur des industries minières et extractives des pays africains peut-il permettre l’émergence et l’évolution « d’entrepreneurs africains de rang mondial » tels que MM.  Aliko Dangote et Mo Ibrahim ?

Infant and maternal mortality is down by a half. Life expectancy is up from 40 to 60 years. There are more children in school than at any time in recent history. Seven out of 10 Africans own a mobile phone. Absolute poverty is on the decline.

Donald Kaberuka

AfDB President

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