Mettre en œuvre les engagements en matière de lutte contre le changement climatique tout en œuvrant à mettre fin à la pauvreté : un exercice d’équilibre !

11nov.2017
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Par Davinah Milenge Uwella

En guise de solution rapide pour éliminer la pauvreté, les pays les plus pauvres du monde, dont les pays moins avancés (PMA), recourent parfois à une exploitation peu onéreuse mais non durable de leurs ressources naturelles : développons d’abord et dépolluons ensuite ! Si les pays développés ont pu adopter cette approche par le passé, les temps ont changé. Aujourd’hui, les impacts du changement climatique aiguisent l’urgence de manière alarmante mais, dans le même temps, les solutions  intelligentes au plan climatique sont plus viables et plus abordables. Il serait donc simpliste, voire fataliste, de recourir aux solutions d’hier pour faire face aux enjeux de développement de ce XXIe siècle.

À la suite de l’accord historique de Paris sur le climat conclu en 2015, , la plupart des pays africains ont élaboré leurs contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN) sous la pression des pays développés les exhortant à montrer qu’ils contribuent à répondre au défi du changement climatique, alors même que leur part de responsabilité dans ce dilemme climatique s’avère minime. Les cinquante-quatre pays d’Afrique ont accepté et signé l’Accord de Paris, et soumis leur CPDN respectifs (excepté la Libye). Depuis, quarante-trois ont ratifié leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) et les ont inscrites au Registre public des CDN. Il est rare que des conventions internationales bénéficient d’un tel soutien quasi-général ! Peut-être est-ce dû, du côté africain, à une prise de conscience quant aux effets du changement climatique sur le continent, qui subit des sécheresses et inondations récurrentes qui paralysent les infrastructures et engendrent des flots de réfugiés climatiques, outre les impacts négatifs sur la sécurité alimentaire, le réseau routier, les systèmes énergétiques et même la santé des populations.

Tandis que les décideurs du monde entier se réunissent à Bonn pour la COP23, le sommet annuel sur le climat, de nombreux responsables gouvernementaux africains sont confrontés à cette préoccupation majeure : maintenant qu’ils ont annoncé et ratifié leurs engagements, par quoi commencer ? Il n’existe pas de schéma directeur pour les CDN ; même le règlement de l’Accord de Paris est toujours en cours d’élaboration. Il n’existe pas de directives claires sur la manière d’accéder aux moyens de mise en œuvre une fois que les CDN ratifiés. Pour de nombreux pays, les documents relatifs aux CPDN ont été rédigés à la hâte pour respecter la date limite de soumission avant la COP21 à Paris, sans analyse préalable minutieuse de l’impact des « contributions » climatiques proposées sur leurs plans nationaux de développement respectifs. Ayant ratifié leurs engagements dans le cadre de l’Accord, les pays se trouvent désormais dans l’obligation de mettre en œuvre au moins les contributions non conditionnelles de leurs CDN. Ce qui n’est chose facile pour aucun pays, en particulier quand les responsables gouvernementaux sont confrontés à des priorités concurrentes en matière de santé, d’éducation et d’autres objectifs de développement avec des moyens financiers limités et des ressources d’autant plus réduites quand des chocs climatiques frappent le pays ! Les décisions et mesures que les pays prennent aujourd’hui compteront l’an prochain dans la détermination du niveau de leurs ambitions, quand le Dialogue de facilitation de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) établira un premier bilan des efforts menés à l’échelle mondiale pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris.

En tant que seule banque multinationale de développement dédiée au continent, la Banque africaine de développement (BAD) est directement confrontée à ce problème, et ses pays membres régionaux se tournent vers la Banque pour qu’elle épaule la mise en œuvre de leurs CDN. La Banque encourage activement ses clients à signer l’Accord de Paris et continue d’apporter son soutien technique et financier au Groupe africain de négociateurs (GAN) pour la CCNUCC. Il est, par conséquent, logique que ses pays membres la sollicitent pour trouver des solutions, et la Banque se réjouit de l’opportunité de les aider à entreprendre ce travail capital.

Riche de ses cinquante ans d’expérience dans le développement de l’Afrique, la BAD sait parfaitement que ce n’est pas un défi auquel elle peut s’attaquer seule. Pour renforcer son soutien, la Banque a mis en place une plateforme africaine pour les CDN avec dix autres partenaires clés : la Commission de l’Union africaine (CUA) ; le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) ; le Fonds mondial pour la nature (WWF) ; l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ; le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ; la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) ; le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) ; la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ; l’Institut international pour l’environnement et le développement (IIED) ; et la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Les attentes sont fortes à l’endroit de cette plateforme africaine pour les CDN, en tant que guichet unique de solutions qui permette d’atteindre les objectifs des CDN des pays. Il incombe à la Banque et à ses partenaires de concevoir des programmes qui renforcent la capacité des pays à s’approprier ce processus. Sans dispositifs internes solides pour gérer ce changement total de paradigme, tous ces efforts communs et bien intentionnés donneront fort peu de résultats en ce qui concerne l’élimination de la pauvreté et la protection de l’environnement.


Commentaires

Joseph Landry MAKPONSE - Benin 16/11/2017 14:05
Cette rencontre historique de 2015 a permis de recadrer la problématique sur le changement climatique dans monde entier. Tel un guichet unique de solutions qui permette d’atteindre les objectifs des CDN des pays. Il incombe à la Banque et à ses partenaires de concevoir des programmes qui renforcent la capacité des pays à s’approprier ce processus. Sans dispositifs internes solides pour gérer ce changement total de paradigme, tous ces efforts communs et bien ont commencé par donner des résultats en ce qui concerne l’élimination de la pauvreté et la protection de l’environnement. Le Bénin n'est pas resté en marge de ce grand changement et des avantages procurés par la rencontre de Paris. Il s'agit de renforcer les dispositifs qui permettent d'accélérer le mieux-être de l'homme.
Violette Santhe - Malawi 15/11/2017 19:39
Climate funds no matter how small if placed in the right and accountable institutions can reverse the negative trend in climate change in LDCs.
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