En Afrique, passer du fléau de la pollution plastique à de la valeur ajoutée et à des moyens de subsistance améliorés

04juin2018
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Par Osric Tening Forton

L’édition 2018 de la Journée mondiale de l’environnement a pour thème « Combattre la pollution plastique ». Les effets dévastateurs des déchets plastiques (en particulier le plastique à usage unique) sur le milieu marin, la santé humaine et les changements climatiques font l’objet d’une très grande attention. Selon le rapport de la Banque mondiale sur le développement urbain, l’Afrique produit à peu près 70 millions de tonnes de déchets, une quantité qui devrait aller croissant avec la croissance démographique. Les déchets plastiques représentent un défi environnemental de taille sur le continent, mais ils offrent également de nouvelles perspectives pour une réflexion innovante et totalement nouvelle, hors des sentiers battus et qui peut aider l’Afrique à atteindre ses Objectifs de développement durable et à dérouler son Agenda 2063 pour une mutation socioéconomique durable de l’Afrique.

Je pense qu’en travaillant de concert et de manière collaborative avec toutes les parties prenantes (formelles et informelles), nous pouvons entraîner les changements de comportement nécessaires pour vaincre la pollution plastique à moyen et long termes. Ce billet de blog met en lumière quelques-uns des progrès réalisés en Afrique au niveau gouvernemental pour faire face au défi de la pollution plastique avec, notamment, des exemples de solutions innovantes développées pour recycler les plastiques. L’article s’achève sur quelques réflexions quant aux approches globales qui pourraient éventuellement réduire les déchets plastiques et aider à combattre la pollution plastique sur le continent.

Dispositifs législatifs et rôle du gouvernement

Les gouvernements nationaux ont un rôle majeur à jouer dans la lutte contre la pollution plastique, notamment en s’attaquant au fléau actuel des déchets plastiques qui ravage les paysages urbains et ruraux de la plupart des pays africains. En Afrique, plusieurs pays (Afrique du Sud, Cameroun, Côte d’Ivoire, Kenya, Maroc, Mauritanie, Ouganda, Rwanda, Tanzanie, Tunisie) ont adopté des lois interdisant l’utilisation, la fabrication et l’importation des sacs en plastique à usage unique. Certains ont même introduit une taxe sur les sacs en plastique, à l’instar de plusieurs pays de la planète comme le Royaume-Uni – et force est de constater que les comportements ont en effet changé vis-à-vis des plastiques à usage unique. L’interdiction totale des plastiques à usage unique sans alternatives viables et à coût abordable (par exemple des produits biodégradables ou papier, souvent perçus comme plus coûteux et moins durables) pourrait avoir un impact négatif sur certains segments de la société et les petites et moyennes entreprises (Côte d’Ivoire) ou créer un marché pour le trafic illicite comme c’est le cas au Rwanda. Dans certains pays, comme l’Afrique du Sud, il a été rapporté que les fonds issus des taxes sur les sacs en plastique ne sont pas entièrement investis dans des programmes de recyclage ou destinés à entraîner des changements de comportement fondamentaux, tant individuels que collectifs, pour véritablement venir à bout de la pollution plastique. D’autres, comme le Rwanda, surmontent ces défis avec des mesures incitatives telles que des exemptions fiscales aux entreprises pour les encourager à recycler et à faire évoluer leurs processus de fabrication vers la production de produits biodégradables, mais aussi en appliquant strictement la législation – ce, dans le cadre d’un programme global de transformation durable de leur économie, et en interdisant tous les plastiques non biodégradables dans le pays.

Rôle du secteur privé – Y-a-t-il de l’argent à gagner dans la gestion des déchets ?

Au Royaume-Uni, le secteur de la gestion des déchets et des ressources contribuerait à hauteur de 41 milliards de livres environ par an à l’économie du pays. En Afrique, dans le secteur privé (formel et informel), les écopreneurs intelligents et les investisseurs à fort impact social ont saisi l’opportunité pour créer des entreprises à valeur ajoutée viables, tout en s’attaquant à l’un des grands défis environnementaux de notre époque.

Entre autres exemples d’activités de transformation liées à la gestion des déchets plastiques en Afrique, figurent : des dalles pour le pavement des rues innovantes et meilleur marché au Ghana et au Cameroun ; la production de poteaux en plastique pour la construction, l’agriculture, la signalisation routière et de poutres pour la construction au Kenya et en Tanzanie ; la conversion de déchets plastiques en carburants synthétiques à usage commercial au Kenya ; et l’utilisation de déchets plastiques pour fabriquer des cartables scolaires (équipés d’un panneau solaire) pour soutenir l’accès à l’éducation des enfants défavorisés en Afrique du Sud. Ce genre d’activités crée des emplois (directs et indirects dans la fabrication, les matériaux d’approvisionnement, etc.), assure la subsistance des communautés locales et offre des solutions d’adaptation aux changements climatiques à faible coût sur le continent. Toutefois, elles nécessitent des approches coordonnées entre toutes les parties prenantes. Si l’augmentation de projets innovants en Afrique pour lutter contre la pollution plastique est à saluer, les startups et la plupart des entreprises de ce secteur en plein essor continuent de buter sur la difficulté d’accès aux financements, un obstacle de taille qui limite en général leur développement et leur viabilité. Mais il est prouvé que, grâce à des efforts concertés, à des réglementations gouvernementales et à des mesures incitatives ainsi qu’à une plus grande visibilité de leur impact positif sur les communautés locales, ce type de projets est viable sur le court et le moyen termes.

La voie à suivre

S’attaquer au problème de la pollution par le plastique va nécessiter des approches plus globales, axées sur les activités en amont, notamment celles qui font passer d’un modèle linéaire « à usage unique » à un modèle de fabrication axé sur l’économie circulaire et conçu pour le recyclage, auquel doit faire écho un changement radical de comportement tant des individus que des organisations. Les grandes entreprises doivent jouer leur rôle en éliminant les emballages inutiles de leurs produits et de leurs chaînes d’approvisionnement. Une responsabilité élargie des producteurs devrait englober la gamme complète des coûts du cycle de vie des produits, dont ceux de leur fin de vie. Les organisations devraient miser sur leurs stratégies d’approvisionnement durable pour encourager tout au long de leur chaîne d’approvisionnement l’utilisation minimale des plastiques à usage unique qui ne sont pas indispensables.

Il est maintenant temps de passer à l’action à l’échelle mondiale et locale. Ensemble, nous pouvons le faire… Si nous y mettons toute notre énergie. Quelles sont, selon vous, les solutions concrètes qui permettraient de venir à bout de la pollution plastique ?

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Osric Tening Forton est un expert en gestion des risques environnementaux et de la conformité qui a fait carrière dans les secteurs public et privé en Afrique, en Europe, au Moyen-Orient, en Inde et en Russie. Au sein de la Banque africaine de développement, il a développé le système de gestion environnementale aux normes ISO 14 001 version 2015. Il a également travaillé à améliorer la qualité des notations environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) liées à l’attractivité des obligations vertes et sociales de la Banque. Il est titulaire d’un doctorat en gestion durable des déchets de l’Université de Brighton, au Royaume-Uni.


Commentaires

Natasha Kaphuka - Malawi 27/06/2018 15:08
We like the blog on value adding on one use plastics and we are very interested in implementing a project like this.

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