Fonds vert pour le climat + Fonds d’investissement climatiques = Architecture de la finance mondiale

03nov.2017
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Par Leandro Azevedo

En 2008, l’urgence d’un appui mondial en faveur d’un développement éco-intelligent étant devenue des plus flagrantes, les pays donateurs et bénéficiaires ont recouru aux banques multilatérales de développement pour établir les Fonds d’investissement climatiques (FIC), en tant que mécanisme financier provisoire qui puisse offrir une source de financements climatiques, en attendant que soit mis en œuvre le nouveau fonds multilatéral de financement climatique, instauré sous l’égide de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Désormais opérationnel, ledit fonds, qui a pour nom Fonds vert pour le climat (FVC), est en train de devenir l’organe central qui regroupe les ressources destinées aux projets et programmes de lutte contre les changements climatiques dans les pays en développement.

On ne peut que saluer l’engagement dont les pays donateurs ont fait preuve en convenant d’établir les FIC, tandis que la CCNUCC travaillait à la création et au lancement du FVC. Les FIC ont ainsi entériné le consensus selon lequel l’atténuation et la gestion des changements climatiques sont d’une importance capitale dans chacun des aspects de la lutte contre la pauvreté, de la croissance économique et du développement. En outre, soucieux d’éviter toute duplication des rôles avec le FVC une fois celui-ci opérationnel, les créateurs des FIC ont inclus une clause de suspension dans le cadre de gouvernance des FIC.

Alors que le FVC a été lancé et qu’il finance déjà des projets liés au climat à travers le globe, la clause d’extinction des FIC reste encore à être appliquée. Comme l’indique l’Examen indépendant conduit sur les FIC en 2014, ce retard s’explique probablement par le fait que les bailleurs des FIC n’ont pas entièrement défini les conditions ni la stratégie d’application de cette clause d’extinction – donc la cessation de ses opérations.

Ces dernières années, les nouveaux engagements des bailleurs à l’endroit des FIC ont sensiblement baissé. Ce qui n’a rien de surprenant : les plus gros bailleurs sont les mêmes pour les FIC et le FVC et ils se soucient d’un éventuel chevauchement de leurs efforts. Du coup, un certain nombre de pays en développement ont dû attendre avant d’obtenir le soutien des FIC, voire envisager d’entamer un processus de demande auprès du FVC ou d’autres sources. Toutefois, si les pays donateurs ont commencé à réajuster leurs contributions pour les concentrer sur le Fonds vert pour le climat, celui-ci a tardé à atteindre son niveau de financement complet et son état d’opérationnalisation, car dans l’impossibilité de décaisser des fonds approuvés à cause de questions de gouvernance toujours pas résolues. Ce qui, malheureusement, a eu tendance à freiner l’élan, entraînant un ralentissement des flux mondiaux de finance climatique des pays développés vers les pays en développement. La BAD en a subi les conséquences, contrainte de fortement ralentir ses approbations d’opérations liées au climat durant l’année 2016. Et ce sont les populations et des sociétés entières qui en pâtissent, toujours plus affectées par des phénomènes liés aux changements climatiques – il suffit de penser aux ouragans Irma et Harvey, qui ont frappé des millions de personnes aux Caraïbes et ailleurs.

Le Fonds pour les technologies propres (FTP) des FIC offre des ressources autres que des dons aux pays à revenu intermédiaire qui sont en mesure de réduire fortement leurs émissions de gaz à effet de serre. Au fil des ans, ces ressources vont pouvoir être remboursées par les emprunteurs grâce  à la rentabilité des capitaux investis, pour être reversées à l’administrateur des FIC. Ce qui signifie que de nouvelles ressources pourront être dégagées pour financer des investissements supplémentaires dans les technologies sobres en carbone – quelque 5,6 milliards de dollars américains dans le cas du FTP.

Que faire pour veiller à ce que ces 5,6 milliards de dollars soient utilisés de façon judicieuse et en temps opportun, de sorte que les pays concernés puissent reprendre leur élan et intensifier leur lutte contre le changement climatique ?

L’on pourrait éventuellement s’en tenir simplement à ce qui se fait aujourd’hui. Cependant, au vu de la valeur-temps des retours sur capitaux, répartis sur les 40 prochaines années, seuls des montants de financement résiduels pourront être disponibles sur le court et le moyen terme.

Il serait donc plus judicieux de tirer parti de ces retours sur capitaux par un effet de levier, en misant sur les investisseurs privés et institutionnels. Ce qui peut se faire en créant un véhicule spécial axé sur les conditions de marché et capable de lever des fonds en toute indépendance, en émettant des obligations vertes sur les marchés de capitaux, en utilisant les retours sur capitaux comme garantie des futurs remboursements de ces obligations.

Une telle option permettrait non seulement de faire un usage efficace de ressources publiques limitées grâce aux retours sur capitaux issus des projets précédents, mais aussi de financer rapidement la prochaine vague d’investissements du FTP, sans avoir besoin d’attendre ces retours sur capitaux. Et tout cela peut se faire sans coûts supplémentaires pour les pays donateurs.

Pour que cette option soit viable, il faut procéder à une évaluation approfondie du degré d’exposition au risque du portefeuille existant, car le montant des capitaux ainsi réunis en dépendra en grande partie. S’il est vrai qu’un mécanisme axé sur le marché entraînera une perte de concessionnalité et que le véhicule devra générer assez de revenus pour ne pas se retrouver en défaut de paiement, le FTP resterait néanmoins pleinement compétitif par rapport aux autres sources de financement.

Cette option est celle qui répond le mieux aux intérêts des pays d’Afrique. D’abord, parce que les bailleurs de fonds des FIC doivent reconnaître que toutes les ressources financières que l’Afrique pourrait réunir à moyen terme ne suffiront toujours pas à aider le continent à répondre durablement à ses objectifs de développement. Ensuite, parce que les contreparties offertes par le secteur public dans les pays à faible revenu pourraient ne pas suffire non plus pour obtenir des prêts, à cause, notamment, de la fragilité de leurs cadres en matière de viabilité de leurs dettes souveraines, qui pourrait compromettre la viabilité financière à long terme du véhicule émetteur. D’aucuns pourraient arguer que cela ne s’applique pas aux contreparties du secteur privé, disposées à accepter des conditions financières à la fois plus onéreuses et de plus courte durée que celles qui sont accordées aux entités souveraines dans les pays à revenu intermédiaire. Certes, il faudrait évaluer le risque projet par projet, et créer une structure de sécurité solide autour de tous ces projets de manière à préserver la qualité globale du portefeuille. Mais si l’on veut accélérer la transformation du marché dans ces pays à faible revenu, leurs décisionnaires politiques ne doivent pas exclure de telles contreparties.

Dans le milieu de la finance climatique, tout le monde sait aujourd’hui que le niveau actuel des engagements envers le FVC ne suffira pas à couvrir les besoins mondiaux en matière d’aide dans la lutte contre le changement climatique. Pour cette raison, et parce que les perspectives d’une transformation véritablement pérenne du marché reposent sur le secteur privé, les FIC s’avèrent tout autant pertinent aujourd’hui qu’ils l’étaient à l’époque de leur création.


Commentaires

Leandro Azevedo - Côte d’Ivoire 16/11/2017 14:31
A guide to access resources from the GCF can be found in the following link: http://www.greenclimate.fund/-/gcf-101-new-guide-on-how-to-access-the-green-climate-fund
Violette Santhe - Malawi 15/11/2017 19:32
How can developing countries access these funds and what mechanisms have been put in place to ensure that the fund is used effectively and efficiently
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