La diplomatie climatique tient-elle ses promesses avec l’Accord de Paris, en particulier pour l’Afrique ?

18déc.2017
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Par Al-Hamdou Dorsouma

La diplomatie climatique consiste à prôner des actions en réponse au changement climatique, dans le dialogue diplomatique, la diplomatie publique et les instruments politiques, ainsi qu’à sensibiliser davantage le grand public sur les mesures à prendre au plan climatique pour changer les choses. Quel rôle joue la diplomatie climatique pour garantir la mise en œuvre d’actions efficaces en faveur du climat dans le monde entier ?

Il me paraît évident que les pays ne peuvent mener à terme des mesures favorables au climat sans diplomatie climatique multilatérale. Ce, malgré les difficultés auxquelles fait face la diplomatie dans le domaine du changement climatique ces vingt dernières années.

La longue traversée de la diplomatie climatique

Depuis 1992, la diplomatie climatique s’efforce de transformer les réactions internationales face aux mesures concrètes en faveur du climat. Depuis les négociations de 1992 qui ont mené à l’adoption de la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), la diplomatie climatique a posé les jalons des décisions climatiques internationales pour accomplir les changements nécessaires. Cette diplomatie a par ailleurs joué un rôle essentiel dans l’édification d’un socle pour le financement climatique. Le protocole de Tokyo a été adopté en 1997 et ratifié en 2005 ; d’autres initiatives liées au changement climatique et aux instruments de financement climatique ont été négociées et mises en œuvre dans différentes Conférences des Parties (COP) de la CCNUCC, notamment l’Accord de Copenhague (en 2009) et la Plateforme de Durban pour une action renforcée (en 2011). Cet ensemble de projets a abouti à l’emblématique Accord de Paris, signé en 2015 et approuvé à l’unanimité par la communauté internationale, ainsi qu’à l’activation du Fonds vert pour le climat (GCF).

Davantage de paroles que d’actions ?

Malgré ces accomplissements importants, d’aucuns craignent que la diplomatie climatique n’engendre plus de paroles que d’actions, et s’inquiètent que son impact ne soit toujours pas visible, alors même que les effets négatifs du changement climatique ne cessent de prendre de l’ampleur. La diplomatie climatique tarde-t-elle à tenir ses promesses ?

Pour l’Afrique en particulier, la diplomatie climatique est-elle encore pertinente, alors que s’exacerbent les effets du changement climatique sur le continent ? Que peut-on faire pour hâter l’avancement de mesures favorables au climat et concrétiser les aspirations de l’Accord de Paris ? L’adoption de cet Accord en décembre 2015 pouvait laisser penser que la diplomatie climatique avait tenu ses promesses et que la communauté internationale s’était enfin mise d’accord pour prendre des mesures collectives contre le changement climatique. En réalité, l’entérinement de l’Accord de Paris n’était que le résultat final d’un processus laborieux semé d’obstacles considérables, comme l’illustre la décision, en 2005, des États-Unis de ne pas ratifier le Protocole de Kyoto. Finalement adopté grâce à la Russie, ce Protocole affiche des résultats mitigés en l’absence des deux plus gros pollueurs que sont les États-Unis et la Chine. Lors de la COP15 à Copenhague en 2009, les négociateurs ont dû faire face à ce qui est apparu comme un échec cuisant de la diplomatie climatique : les économies et pollueurs clés, dont les États-Unis, ont alors retardé l’adoption d’un accord international contraignant à cause d’intérêts divergents. Et aujourd’hui, le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris souligne à nouveau la faiblesse de la diplomatie climatique et la fragilité du multilatéralisme. Effectivement, si un simple changement gouvernemental permet à un pays de se retirer d’un accord qui a pris des années à être concrétisé, la pertinence de cette diplomatie peut être discutée.

La séparation entre pays développés d’un côté et pays en développement de l’autre est depuis toujours un obstacle pour la diplomatie climatique, en raison de la diversité et de la divergence d’opinions des pays impliqués. Responsables de cette polarisation de la diplomatie climatique, ces divergences idéologiques des Parties se retrouvent même au sein de groupes de pays. Par exemple, les groupes de pays en développement représentés par le Groupe G77+Chine et le groupe des pays les moins avancés ne s’entendent pas toujours en matière de négociations climatiques.

Malgré ces difficultés, il reste évident que les mesures en faveur du climat ne sauraient être mises en œuvre sans multilatéralisme. Si les États-Unis se sont retirés de l’Accord de Paris, tous les autres pays y demeurent engagés, prêts à explorer toutes les voies à même de créer des économies nouvelles et plus robustes, qui misent sur des technologies propres. Ce sont bien les efforts déployés au plan diplomatique qui ont jeté les bases d’un accord commun et ouvert la voie à la possibilité de mettre en œuvre des mesures efficaces en faveur du climat.

Quel est le rôle de l’Afrique dans la diplomatie climatique ?

L’Afrique joue un rôle essentiel dans la sphère diplomatique relative au climat. En s’exprimant d’une seule voix lors des négociations climatiques, le continent africain a été le premier à développer une position commune sur le changement climatique, et les dirigeants africains ont considérablement influé sur la protection des intérêts de l’Afrique. Soutenue par les ministres africains responsables de l’environnement sous l’égide de la Conférence ministérielle africaine sur l’environnement (CMAE), la création du Comité des chefs d’États et de gouvernements africains sur le changement climatique (CAHOSCC) constitue une étape-clé qui a donné un élan politique à la diplomatie climatique en Afrique. Grâce à l’appui technique du Groupe de négociateurs africains, le rôle de l’Afrique dans le processus de négociation climatique a été crucial et conduit notamment à l’adoption de la Plateforme de Durban pour une action renforcée en 2011, puis à celle de l’Accord de Paris, deux initiatives qui reflètent les priorités de l’Afrique. L’Afrique s’est même distinguée dans le cadre de l’Accord de Paris pour sa capacité à exploiter son formidable potentiel en énergies renouvelables. Le lancement par les dirigeants africains de deux importants projets liés au changement climatique (l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables et l’Initiative pour l’adaptation de l’agriculture africaine) a ainsi constitué une avancée manifeste. Le Sommet des chefs d’État africains organisé par le roi du Maroc lors de la COP22 l’an dernier a également permis de renforcer davantage les priorités africaines grâce à la diplomatie climatique.

La Banque africaine de développement est-elle un acteur majeur de la diplomatie climatique ?

En tant qu’organisation intergouvernementale, la Banque africaine de développement (BAD) occupe lors des COP un rôle d’observateur sans prendre part aux négociations conduites par les pays, qui constituent les Parties de la Convention. Néanmoins, la Banque accompagne régulièrement les efforts africains lors des négociations relatives au changement climatique. En appuyant les organismes de négociation africains, tels que le CAHOSCC, la CMAE et le Groupe des négociateurs africains et aidant l’Afrique à parler d’une seule voix, la Banque assume un rôle essentiel de soutien aux positions africaines lors des négociations.

Avec l’adoption de l’Accord de Paris et la formulation des Contributions déterminées au niveau national (CDN), on peut dire que la diplomatie climatique est sur la bonne voie. Beaucoup de travail reste toutefois à accomplir, car le succès des CDN va dépendre de l’efficacité des moyens mis en œuvre, notamment en termes de finance climatique, de développement et de transfert de technologies, et de renforcement des capacités. Alors que 85 % des engagements des CDN africains dépendent d’un soutien extérieur, il est évident que fournir les moyens de ce soutien est capital pour l’Afrique. On peut espérer que la sensibilisation qu’a permise, ces dernières année, la diplomatie climatique aidera à maintenir cet élan. Et vu la croissance des activités liées au climat que l’on constate dans le monde entier, nous pensons que les objectifs de l’Accord de Paris peuvent véritablement être atteints, en particulier en Afrique, où les effets du changement climatique entraînent d’importants déplacements publics de budgets nationaux limités pour lutter contre le changement climatique, et où développement et changement climatique sont les deux faces d’une même médaille.


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Maniwebify Maniwebify - Pakistan 20/02/2018 08:49
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