L’Accord de Paris est une course de fond, pas un sprint

14nov.2017
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Par Gareth Phillips

Le défi de l’Accord de Paris est de « parvenir à un équilibre entre les émissions par les sources anthropiques et les absorptions par les puits de gaz à effet de serre au cours de la deuxième moitié de ce siècle ». Il s’agit d’une course de fond sur 50 ans, faite de sprints successifs de cinq ans, et c’est ainsi que nous devons l’aborder.

Dans leur hâte à ratifier l’Accord de Paris et à soumettre leurs contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN), les Parties se sont naturellement focalisées sur la première période de cinq ans, en oubliant que la période suivante serait plus difficile, et la suivante plus encore. S’engager dans une telle course de fond sans disposer au préalable d’un plan à long terme permettant de s’assurer que les efforts déployés au départ ne viennent pas entraver la performance des étapes ultérieures n’est pas raisonnable. Et ce risque est particulièrement aigu pour les pays en développement, comme nous le verrons plus loin.

Afin de respecter pleinement les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris, les pays du monde entier savent qu’ils doivent non seulement soumettre leurs premières contributions déterminées au niveau national (CDN) mais aussi continuer à les concrétiser en soumettant périodiquement des CDN de plus en plus ambitieuses. Toutefois, afin d’éviter de faire les mauvais choix technologiques, les Parties doivent étayer leurs CDN successives par un plan à long terme, conformément au paragraphe 19 de l’Article 4 : « [t]outes les Parties devraient s’employer à formuler et à communiquer des stratégies à long terme de développement à faible émission de gaz à effet de serre [...] ».

Ces stratégies à long terme sont cruciales pour la planification d’une économie à faible émission de carbone. Mais, jusqu’ici, les pays courent le risque de se concentrer sur l’élaboration de CDN ponctuelles sans les accompagner d’un plan à long terme mûrement réfléchi. De l’absence de plan conçu pour être cohérent sur le long terme pourraient résulter des CDN successives mal coordonnées – où investir dans un moyen de production peut paraître une bonne chose aujourd’hui pour réaliser les premiers engagements des CDN, mais s’avérer en fait un handicap pour les CDN ultérieures.

Cela a d’autant plus de risques de se produire lorsque nous concentrons les objectifs de nos CDN sur le calcul des réductions des émissions de gaz à effet de serre (GES), en particulier dans les pays en développement. Ces calculs s’appuient sur l’expérience comptable acquise dans le cadre du Protocole de Kyoto (PK), où les estimations d’une base de référence des émissions correspondant à la poursuite des activités et les émissions réelles du projet étaient utilisées pour calculer les réductions des émissions. L’idée d’établir une base de référence et de calculer ensuite les réductions des émissions sur cette base a été appliquée lors de la première série de CDN. De nombreux pays en développement ont ainsi établi les projections économiques de leurs émissions sur l’horizon 2030 ou une date ultérieure, et les cibles ont été fixées comme autant de réductions par rapport à ces projections.

Par exemple, à l’échelle d’un projet, un promoteur peut arguer que le charbon conventionnel est un scénario réaliste d’émissions correspondant à la poursuite des activités, car aucune loi n’en interdit l’usage. Aussi, la construction d’une centrale à charbon supercritique qui réduit les émissions par rapport à une centrale à charbon classique peut sembler une bonne idée, car elle réduit les émissions de gaz à effet de serre. Si nous pouvons débattre de la fiabilité de la base de référence, deux questions importantes restent à se poser : a) quel type d’infrastructure faudra-t-il pour produire de l’électricité dans 20 ou 30 ans ; et b) cette centrale à charbon supercritique en fera-t-elle partie ?

À l’échelle nationale, le fait d’établir une cible en s’appuyant sur des réductions d’émissions par rapport à un scénario projeté correspondant à la poursuite des activités risque d’encourager les Parties à répondre à leurs cibles de réduction des émissions en limitant l’objectif de chaque projet ou de chaque contribution sectorielle à ces réductions des émissions. Le risque est le même que dans l’approche par projet. D’une part, on peut rater sa cible i la base de référence est erronée et, d’autre part, l’objectif à long terme de zéro émission nette n’est pas pris en compte.

Il s’agit en outre d’un risque particulier pour les pays en développement qui établissent en général les cibles des CDN par rapport aux prévisions des émissions futures. Dans la plupart des pays de l’OCDE, le problème ne se pose pas, car leurs cibles sont définies en fonction de niveaux d’émissions historiques (par ex. 1990 ou 2005).

Par conséquent, pour aider les pays à éviter de constituer des actifs qui répondent aux CDN actuelles mais qui pourraient devenir un handicap d’ici 15 à 20 ans, nous devons modeler le développement des économies et préparer des projections sur le volume des ressources dont devra disposer, dans le futur, une économie donnée. C’est seulement en estimant la quantité d’électricité nécessaire au bon fonctionnement de l’économie en 2050 et en allouant une partie des émissions nationales en 2050 au secteur de l’énergie que nous pourrons alors commencer à décrire le parc de production, et en particulier le facteur d’émission moyen par MWh d’électricité auquel le parc doit correspondre.

Par exemple, supposons que les modèles macro-économiques estiment la consommation nécessaire au bon fonctionnement d’une économie donnée à 100 térawatt-heures d’électricité en 2050 ; et supposons que dans le cadre du plan du pays pour parvenir à zéro émission nette en 2080, le secteur de l’énergie dispose d’une allocation de 10 millions de tonnes de CO2 par an en 2050. Cela revient à dire que le facteur d’émission moyen pour la production d’électricité devra être égal ou inférieur à 0,1 tonne par MWh. Dans ce cas de figure, un investissement dans une centrale à charbon supercritique (avec des émissions de 0,7 à 0,8 tonne par MWh), qui aura permis de réaliser les CDN en 2025, deviendra un handicap majeur pour les CDN de la période 2050-2055. Autrement dit, la centrale pourrait devenir un actif inexploitable trop onéreux pour l’économie.

La même analyse doit être faite pour chaque secteur de l’économie, en se basant sur les estimations des quantités de biens et de services dont l’économie aura besoin, sur le calcul des allocations indicatives et sur les plans conçus pour développer les infrastructures idoines. Ce sont les émissions (ou les empreintes carbone) qui comptent, non pas les réductions d’émissions. Les cibles des CDN doivent être établies en termes d’émissions absolues et, si un pourcentage de réduction par rapport à la base de référence correspondant à la poursuite des activités peut être utilisé comme indicateur d’objectifs, nous devons bien comprendre que cela dépend très largement du contexte et ne constitue pas un indicateur d’effort très fiable.

Pour conclure, les Parties doivent d’abord réfléchir à l’objectif à long terme, puis travailler sur le court terme. Il est important de commencer rapidement, car il faut faire le tri entre certaines technologies aussi vite que possible. Il faudrait, par exemple, renforcer la production de l’électricité de base afin de soutenir davantage les énergies renouvelables. Les règles permettent d’atteindre un certain pic de production avant que qu’une réduction durable ne se produise. Mais ensuite, chaque période de cinq ans deviendra de plus en plus difficile. Ceux qui cherchent à dépasser tout le monde et qui se donnent à fond dès les débuts de la course pourraient sentir leurs genoux faiblir à mesure que la pente se raidit !


Commentaires

Gareth Phillips - Côte d’Ivoire 21/11/2017 12:49
HI Jason, thanks for your question. The 2050 Pathway Platform offers support for long term strategies and some African countries have made progress.
The major sector is of course the energy sector with the LTS being a strong argument against investment in fossil fuels but in Africa we also need to address emissions from landuse.
Jason Lee - United States 16/11/2017 20:14
Hello,
Are there plans to build the infrastructure that you speak of? Which economic sectors are on the top of the agenda to tackle?
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