Avec une Afrique au front uni, la COP de l’action pourrait se traduire en avantages concrets pour le continent

07nov.2016
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Par Edward F. Martin

Perçue comme la COP de l’action, la COP22 de la CCNUCC axée sur l’Afrique et organisée sous l’égide du Maroc, est une remarquable opportunité pour le continent : celle de joindre ses efforts à ceux de la communauté internationale afin d’enregistrer de réelles avancées pour ses objectifs interdépendants de nécessaire développement et d’action climatique.

Les États africains ont compris qu’ils doivent de toute urgence accélérer le rythme de leur développement économique et social de manière durable a plan environnemental. Cependant, nombre d’entre eux n’ont pas les moyens financiers ou les capacités de le faire. En Afrique, un continent confronté au double problème du sous-développement et de la vulnérabilité au changement climatique, les pays pourraient tirer un énorme avantage de la COP22. En présentant un front uni, ils peuvent contribuer à façonner le panorama mondial de l’action climatique de manière à appuyer leurs objectifs interdépendants en matière de développement et de lutte contre les changements climatiques.

En Afrique, l’action climatique et le développement durable sont intrinsèquement liés, comme le démontre le large portefeuille de projets financés ou a par la Banque africaine de développement (BAD). Le projet de centrale éolienne du Lac Turkana au Kenya va ainsi faciliter un  développement à faible émission de CO2 en ajoutant une capacité de 300 MW au réseau électrique du pays, en lui épargnant 150 millions de dollars EU d’importations annuelles de carburant[i], en améliorant quelque 200 km de routes et de ponts[ii] et en évitant l’émission de l’équivalent de 736 615 tonnes de CO2 par an[iii]. En plus de répondre aux objectifs climatiques du pays, ce projet couvre des enjeux au cœur des Objectifs de développement durable (ODD), comme la réduction de la pauvreté, la lutte contre les changements climatiques, la production d’une énergie propre et abordable, l’accès à une éducation inclusive et de qualité, la promotion de la croissance économique et de l’accès à un travail décent, le développement de l’industrie, de l’innovation et des infrastructures, ou encore la prise de mesures urgentes contre les changements climatiques. Ce à quoi vient s’ajouter le « Top 5 » de la BAD : éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie ; nourrir l’Afrique ; industrialiser l’Afrique ; intégrer l’Afrique et améliorer la qualité de vie des Africain(e)s[iv]. La BAD appuie également la mise en œuvre de projets comme le projet « Adaptation au changement climatique des moyens de subsistance ruraux et de l’agriculture » (Climate Adaptation for Rural Livelihood and Agriculture - CARLA) au Malawi, du Fonds pour l’environnement mondial. Ce projet vise à améliorer la production agricole et les moyens de subsistance en milieu rural sur une zone couvrant 30 000 ménages, et à renforcer les capacités institutionnelles du Malawi pour appuyer l’adaptation communautaire au changement climatique. Entre autres résultats, est escomptée une augmentation au fil du temps de 20 % de la production agricole et des revenus des bénéficiaires[v]. Ce projet contribue à l’action climatique et à la réalisation d’objectifs de développement comme les ODD concernant l’élimination de la pauvreté, la sécurité alimentaire, la santé et le bien-être, et la prise de mesures urgentes pour faire face au changement climatique. Il contribue aussi à atteindre deux priorités du Top 5 de la BAD, en l’occurrence « Nourrir l’Afrique » et « Améliorer la qualité de vie de ses populations ». Des projets comme ceux du Lac Turkana et CARLA contribuent à trouver un équilibre entre action climatique et développement économique.

Le cadre actuel de la CCNUCC pour l’action climatique, qui figure dans l’Accord de Paris, n’est pas de nature à appuyer ces initiatives à une échelle significative. De nombreux pays d’Afrique n’ont qu’un accès limité aux financements climatiques mondiaux parce qu’il manque de capacités pour élaborer des projets bancables, ou parce que leurs marchés présentent des risques élevés et ne peuvent attirer d’investissements privés[vi]. Ces pays ont besoin de l’assistance technique de la communauté internationale pour attirer le secteur privé, bâtir des marchés durables, tirer parti des fonds internationaux et mettre en œuvre des projets efficaces. D’autres pays d’Afrique sont en mesure d’élaborer des projets bancables mais ils se heurtent à un autre obstacle : la majeure partie des financements climatiques internationaux est orientée vers l’atténuation du changement climatique[vii]. Si des perspectives indéniables s’offrent à l’Afrique pour s’acheminer vers un développement sobre en carbone, le continent a aussi un grand besoin d’adaptation climatique parce sa vulnérabilité aux changements climatiques[viii] s’avère disproportionnée. Le continent a également besoin d’accéder aux technologies climatiques[ix].

Le cadre actuel n’est pas favorable à une action climatique efficace en Afrique. Mais il comporte des éléments qui pourraient être améliorés avec la participation de l’Afrique. Le Programme des obligations vertes de la BAD contribue ainsi à atténuer les risques associés aux investissements dans les projets climatiques en Afrique. En février 2015, ce programme avait levé 500 millions de dollars EU et 2 milliards de couronnes suédoises. Il finance actuellement des projets d’atténuation et d’adaptation[x]. Les Fonds d’investissement climatiques (FIC), dont la BAD est une agence d’exécution, a mobilisé 8,3 milliards de dollars EU et devraient lever des ressources additionnelles de 58 milliards de dollars EU en co-financements. Les FIC, qui ont aussi une composante adaptation, attirent de nouveaux investisseurs vers les marchés en développement en gérant des programmes pilotes qui démontrent la viabilité de projets d’énergies renouvelables[xi]. La BAD s’attaque avec succès à des questions d’importance cruciale pour l’Afrique – par le biais d’initiatives telles que celles du Lac Turkana et de CARLA, le Programme des obligations vertes, et les Fonds d’investissement pour le climat –, une réussite que l’on doit à la forte implication des acteurs africains.

La COP22 a lieu au Maroc, un leader en matière d’environnement[xii] qui a su relever des défis pour engager l’action climatique, qui dispose de multiples canaux de communication avec d’autres pays d’Afrique, et qui partage avec une grande partie du continent une vulnérabilité disproportionnée au réchauffement planétaire. Le Maroc s’active à promouvoir la COP22 comme la COP de l’action, la COP pour l’Afrique, et la COP qui doit déterminer les mécanismes de mise en œuvre de l’Accord de Paris. Pour rappel, le Maroc assurera la présidence de la COP pour une année au moins après la COP22. Ce sera l’occasion de se focaliser sur les questions climatiques d’un intérêt central pour l’Afrique : améliorer le soutien international à l’adaptation ; améliorer l’accès aux financements climatiques publics et privés ; aider les États à se doter des capacités nécessaires pour mettre en œuvre des projets et attirer des financements ; et améliorer l’efficacité des transferts de technologies. Si les États africains présentent un front uni à la COP22 et demeurent unis pendant toute la présidence marocaine de la COP, peut-être seront-ils en mesure de façonner le cadre international de l’action climatique afin que celui-ci puisse apporter un soutien vital à leurs objectifs interconnectés en matière de développement et de lutte contre les changements climatiques.

La BAD s’efforce de saisir cette opportunité unique en facilitant une présence africaine forte et unie à la COP22. Elle a parrainé d’importantes rencontres préalables à la COP, notamment la « Conférence internationale sur l’eau et le climat » qui a eu lieu à Rabat, au Maroc, en juillet 2016, en présence des représentants officiels de plus de vingt pays d’Afrique. La Banque parraine aussi la Journée de l’action climatique, en novembre 2016. Elle s’appuie sur son vaste réseau de bureaux régionaux pour mobiliser des acteurs climatiques publics et privés à travers le continent. Elle collabore également avec la Commission de l’Union africaine, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies et le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) pour la tenue du Pavillon Afrique à la COP22. Ce pavillon est un espace où sont passés au crible les enjeux centraux de l’action climatique en Afrique, où se rencontrent les négociateurs africains à la recherche de stratégies communes, et fait office de vitrine pour exposer la contribution de l’Afrique à l’action climatique internationale. Enfin, la BAD prête assistance au Maroc pendant la période initiale de sa présidence de la COP22, tirant parti de son expertise pour fournir une assistance technique indispensable.

La BAD entend faciliter la présence d’un front fort et uni à la COP22, et à travers la présidence marocaine de la COP, parce qu’il s’agit d’une belle opportunité de galvaniser l’action climatique et réaliser le Top 5 de la BAD et les ODD des Nations unies en Afrique.

Edward F. Marin est stagiaire au bureau régional de la BAD au Maroc et s’occupe des préparatifs de la COP22. Il a travaillé auparavant comme volontaire dans un programme de conservation communautaire à Bornéo, en Malaisie, avec la Fondation pour la diversité mondiale (Global Diversity Foundation). Il a également travaillé sur des questions liées aux déplacements de personnes en tant que membre du conseil d’administration de Projet Refuge à Montréal, au Canada. Ses études universitaires portent sur les sciences politiques et l’histoire.

COP22_01@afdb.org


[i] « La BAD convoque les bailleurs de fonds pour sécuriser le plus important investissement du secteur privé au Kenya », le 25 mars 2014, Groupe de la Banque africaine de développement (page visitée le 12 septembre 2016).

[ii] “La BAD et le changement climatique: Le projet de parc éolien au lac Turkana, Kenya,”  Groupe de la Banque africaine de développement (page visitée le 12 septembre 2016).

[iii]. “Le Bulletin du programme des obligations vertes de la BAD,” Edition n° 2, mai 2015, Groupe de la Banque africaine de développement (page visitée le 21 août 2016).

[iv].  IEA, 2016. “Boosting the Power Sector in Sub-Saharan Africa: China’s Involvement,” International Energy Agency, p. 27. (page visitée le 21 août 2016).

[v] AfDB, 2011. “Climate Adaptation for Rural Livelihood and Agriculture (CARLA),” Groupe de la Banque africaine de développement.

[vi]. AfDB, 2010. ”Bank Group Capacity Development Strategy”, Groupe de la Banque africaine de développement (page visitée le 21 août 2016).

  UNFCCC Adaptation Committee, 2015. “Report on the workshop on the means of implementation for enhanced adaptation action”. Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). (page visitée le 21 août 2016).

[vii]. Barbara K. Buchner et al., “Global Landscape of Climate Finance 2015”, Climate Policy Initiative, November 2015. (page visitée le 21 août 2016)

  OECD, 2015. “Climate Finance in 2013-14 and the USD 100 billion goal,” Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE) en collaboration avec Climate Policy Initiative (CPI). (page visitée le 21 août 2016).

  UNFCCC Adaptation Committee, 2015.

[viii].  Alice Ruhweza. “Afrique et Financement climatique – l’état du débat”. Nos Perspectives. Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), 23 avril 2015 (page visitée le 21 août 2016).

  Marigold Norman et al., “Climate Finance Regional Briefing : Sub-Saharan Africa,” Heinrich Böll Stiftung (HBS) & Overseas Development Institute (ODI), December 2015. (page visitée le 21 août 2016).

[ix]. “ADEA 2017 Triennale : Regional consultation for North Africa underscores importance of Science, Mathematics and ICT in Africa” African Development Bank Group (AfDB). (page visitée le 21 août 2016).

  AfDB (2012), “Energy Sector Policy of the AfDB Group,” Groupe de la Banque africaine de développement, (page visitée le 21 août 2016).

  AU (2014), “Common African Position (CAP) On the Post 2015 Development Agenda,” Union africaine (AU). (page visitée le 21 août 2016).

   David Ockwell, Ambuj Sagar et Heleen de Coninck, “Collaborative research and development (R&D) for climate technology transfer and uptake in developing countries: Towards a needs driven approach,” Climate Change (DOI), August, 2014, p. 4. (page visitée le 21 août 2016).

  IEA (2016), p. 7.

  United Nations Framework Convention on Climate Change, Decision 3/CP.13, Report of the Conference of the Parties on its thirteenth session, March 14, 2008. (page visitée le 22 août 2016).

[x] “Le Bulletin du programme des obligations vertes de la BAD.”

[xi]. Climate Investment Funds, http://www-cif.climateinvestmentfunds.org/ (page visitée le 12 septembre 2016).

[xii]. James Burck, Franziska Marten et Christoph Bals, “Résultats de l’Indice de la performance au changement 2016”, German Watch & Climate Action Network Europe, Décembre 2015. (page visitée le 21 août 2016).

Catégories: Changement climatique


Commentaires

Victor Masuku - South Africa 16/11/2016 08:04
This is remarkable work towards climate change
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