Perspectives économiques au Burundi

  • Après la récession enregistrée en 2015 par un recul du PIB de 3.9 %, le Burundi a renoué avec la croissance en 2016, mais à un rythme trop faible (0.9 %) pour améliorer les conditions de vie de la population.
  • Les dépenses liées à la crise socio-politique ont creusé le déficit budgétaire, qui a représenté 6.7 % du PIB en 2016, et provoqué un recours excessif à l’endettement intérieur, tandis que le gel de la coopération des bailleurs de fonds affecte les budgets sociaux.
  • L’économie burundaise est dominée par le secteur informel. Il compte de multiples micro et petites entreprises agroalimentaires orientées vers le marché local. 

La crise socio-politique qui agite le Burundi depuis 2015 a provoqué un net recul de l’activité économique et détérioré les conditions de vie de la population. En janvier 2016 le Fonds monétaire international (FMI) a suspendu son évaluation du programme soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC), puis, en mars 2016, les principaux bailleurs de fonds (Union européenne, Belgique, Pays-Bas, Allemagne et États-Unis) ont suspendu une partie de leurs aides directes.

La croissance du produit intérieur brut (PIB) qui s’était élevée à 4.5 % en 2014 s’est contractée de 3.9 % avant de connaître une légère reprise en 2016 (0.9 %). L’hôtellerie, le tourisme et la construction sont les secteurs les plus touchés, ainsi que les infrastructures.

La chute de l’activité a entraîné une diminution de 10 % des recettes publiques et fortement creusé le déficit budgétaire, qui a représenté 6.7 % du PIB en 2016 contre 3.2 % en 2014 (8.6 % en 2015). Pour couvrir l’impasse, le gouvernement a eu systématiquement recours aux avances statutaires de la Banque centrale. L’endettement intérieur a ainsi représenté 26 % du PIB en 2016 contre 12.4 % en 2014, tandis que le poids de la dette nationale a atteint 42 % du PIB.

En 2016, les dépenses ont baissé de 25 % par rapport à 2015. Le gouvernement a gelé les salaires des fonctionnaires et suspendu les recrutements dans tous les ministères hors l’Éducation et la Santé. Cette baisse a provoqué en 2016 un recul considérable de l’offre des services entraînant : i) une pénurie de médicaments et de vaccins ; ii) une insuffisance de matériels scolaires ; iii) l’exclusion de 80 000 élèves à l’entrée du secondaire ; et iv) des poches de famine dans certaines régions.

Le taux directeur de la Banque centrale est passé de 12.5 % en 2013 à 7.5 % en octobre 2016, avec un taux créditeur des banques commerciales inchangé, autour de 16.5 %. Les réserves officielles de change ont diminué de 30.1 %, soit 1.4 mois de couverture des importations.

La baisse des avoirs extérieurs nets et l’endettement de l’État se sont traduits par une détérioration du taux change officiel de 6 % entre 2015 et 2016 (1 dollar américain [USD] = 1 687 BIF [Francs burundais]) alors que le dollar s’échange à plus de 2 600 BIF sur le marché parallèle. L’inflation s’est élevée à 5.5 % en 2016.

En termes de perspectives, les autorités burundaises projettent un taux de croissance de 2 % en 2017. La Loi de finances 2017 prévoit une hausse des dépenses publiques de 5.2 % par rapport à 2016, et un déficit budgétaire égal à près de 3.8 % du PIB; mais ces prévisions paraissent peu réalistes au vu de la situation économique et des difficultés confrontées depuis 2015.

Une remobilisation des acteurs politiques suppose une solution politique aux tensions actuelles permettant d’éviter une dégradation plus grave encore de la situation socio-économique.