Perspectives économiques en Érythrée

  • La croissance du PIB réel a ralenti à 3.8 % en 2016, contre 4.8 % en 2015, reflétant les défis dans l’environnement des affaires et de l’investissement, et l’insuffisance des capacités dans les institutions publiques. 
  • Les pouvoirs publics ont décidé de recourir aux ressources d’appui supplémentaire de la Facilité d’appui à la transition de la BAfD, ce qui devrait renforcer la résilience du pays et améliorer les moyens de subsistance de la majeure partie de la population rurale.
  • L’Érythrée bénéficie d’une riche tradition entrepreneuriale qui, en dépit des contraintes telles que le déficit de l’offre d’énergie, l’inadéquation des compétences et la médiocrité de l’infrastructure de télécommunications, apporte un potentiel d’industrialisation et de croissance du secteur privé. 

La croissance du produit intérieur brut réel (PIB) devrait se tasser légèrement, passant de 4.8 % en 2015 à 3.8 % en 2016, en raison du manque de capacités des institutions publiques et de la faiblesse du secteur des exportations. Elle devrait encore se réduire en 2017, à 3.4 %. Concernant les perspectives à moyen terme, les pouvoirs publics tablent sur l’amélioration des échanges avec les pays du Moyen-Orient et de l’Asie, l’élargissement des activités extractives, un accroissement de la production vivrière et le développement de la pêche. L’Érythrée reste un pays doté d’un immense potentiel économique, mais doit entreprendre des réformes politiques et économiques pour relancer la croissance. La formation du PIB est largement dominée par les services (59 %), avec un secteur manufacturier très modeste (5.9 %). L’agriculture, la chasse, la foresterie et la pêche représentent 17.2 % du PIB.

Le déficit budgétaire s’est légèrement résorbé, passant de 14.2 % en 2014/15 à 13.9 % en 2015/16. Cette tendance devrait se maintenir en 2016/17 (12.7 %) grâce à de nouvelles dotations et ressources à conditions de faveur, à l’accroissement des recettes issues des projets miniers, et à la maîtrise des dépenses non productives. L’inflation est restée à 8.9 % en 2016, principalement à cause de l’insuffisance de l’approvisionnement alimentaire et du manque de devises étrangères pour financer l’importation de biens essentiels. Malgré l’absence de statistiques officielles, la production vivrière en 2016 devrait légèrement dépasser celle de 2015. La faiblesse des cours du pétrole et des produits de base en 2015 et 2016 devrait également contribuer à maintenir l’inflation à une moyenne annuelle autour de 9 % sur cette période. En dépit des conditions difficiles, les pouvoirs publics se sont attachés à protéger les populations les plus vulnérables et à mettre en oeuvre des politiques de développement à long terme. Ils préservent un vaste système de protection sociale et investissent dans trois domaines prioritaires : i) la sécurité alimentaire et la production agricole ; ii) le développement de l’infrastructure et iii) le développement des ressources humaines.

La croissance des exportations en 2015/16 devrait être tirée par l’expansion de la production de minerais dans le projet d’extraction d’Asmara, et celle de l’extraction d’or par la Zara Mining Share Company. D’après les prévisions, le déficit de la balance courante va réduire à 0.1 du PIB en 2016 contre 2.2 % en 2015 et ensuite deviendra un léger excédent en 2017 malgré un ralentissement de la croissance des exportations, de la baisse des transferts de fonds et d’une chute des recettes issues de la taxe à 2 %, communément appelée « taxe de développement et de reprise », ponctionnée sur les Érythréens de la diaspora. Les ressources d’appui supplémentaire, obtenues au titre du pilier 1 de la Facilité d’appui à la transition de la Banque africaine de développement (BAfD), serviront à accroître la productivité agricole et à améliorer la sécurité alimentaire par la mise en oeuvre du programme agricole intégré minimum de l’État, qui doit bénéficier à la population rurale et particulièrement aux foyers dirigés par des femmes. Ce programme permettra également de recueillir des données socio–économiques sur le niveau de bien-être de la population. L’État a conclu avec les Nations Unies un cadre de coopération pour le partenariat stratégique qui s’étendra de 2017 à 2021. Ce cadre comporte quatre piliers : services sociaux de base ; résilience et gestion du risque de catastrophe ; développement des capacités du secteur public ; et sécurité alimentaire et moyens de subsistance durables. Ces interventions renforceront la résilience, étofferont la base d’exportation et consolideront la sécurité alimentaire.

Au-delà des efforts consentis en faveur de la sécurité alimentaire, la BAfD fournit des ressources pour appuyer le ministère de la Terre, de l’Eau et de l’Environnement par le biais d’un projet de cartographie et d’évaluation des nappes d’eau souterraines. Ce projet conduira à l’élaboration d’autres projets visant à atténuer les effets du changement climatique et à promouvoir la résilience dans l’économie rurale. Financé par la BAfD, le projet de statistiques et de gestion des finances publiques est actuellement mis en oeuvre. Il insufflera rentabilité et efficacité dans la gestion du Trésor et l’élaboration du budget, tout en produisant des données indispensables au processus global de planification et de préparation budgétaire. En coordination avec d’autres parties prenantes, le Fonds monétaire international (FMI) apporte un soutien technique et des formations dans le cadre d’un programme pluriannuel spécifique de renforcement des capacités budgétaires et financières. L’appui obtenu par le biais de ce programme devrait se concentrer en particulier sur le cadre macroéconomique, la gestion du budget, des recettes et des finances publiques, les opérations monétaires, le contrôle bancaire axé sur les risques, et les statistiques macroéconomiques. Le secteur industriel de l’Érythrée reste modeste et l’entrepreneuriat stagne en raison d’un manque d’infrastructures de base et d’un climat des affaires et des investissements défavorable. À l’avenir, les pouvoirs publics devraient s’attacher à fournir les infrastructures nécessaires et à entreprendre d’importantes réformes institutionnelles afin d’attirer les flux de capitaux étrangers.