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Perspectives économiques au Sud-Soudan

Performances macroéconomiques et perspectives

La croissance du PIB réel était estimée à 5,8 % en 2019, en forte augmentation par rapport au 0,5 % de 2018. Ce rebond en 2019 a été principalement provoqué par la réouverture de certains gisements de pétrole, y compris ceux de l’État du Haut-Nil, la reprise de la production, ainsi que par l’accord de paix signé en septembre 2018. Le secteur pétrolier reste le principal moteur de l’économie, suivi des services et de l’agriculture.

L’inflation est redescendue à 24,5 % en 2019, contre 83,5 % en 2018, grâce à la réduction du financement moné- taire du déficit budgétaire. La banque centrale devrait maintenir ses engagements à réduire la monétisation du déficit budgétaire, et l’inflation qui en résulte devrait ainsi baisser encore jusqu’à atteindre 16,9 % en 2020 et 9,7 % en 2021.

Le budget de l’État était estimé à 1,3 milliard de dollars en 2019, soit une augmentation de 155 % par rapport à 2018. Les revenus non pétroliers ont augmenté d’environ 19 % en 2019. Les deux postes de dépenses prioritaires sont les infrastructures (54 %) et les forces de l’ordre, y compris les militaires, la police, le système pénitentiaire et la lutte contre l’incendie (14 %). Selon les estimations, le déficit budgétaire était de 2,5 % du PIB en 2019, contre 6,1 % en 2018. Les réformes devraient permettre de passer du déficit budgétaire, qui devrait redescendre à 1,3 % du PIB en 2020, à un excé- dent budgétaire de 0,5 % en 2021.

Le pays est en situation de surendettement, en raison de dépenses élevées et extrabudgétaires. Le déficit budgétaire est principalement financé au moyen de prêts, ce qui a réduit la viabilité de la dette : la dette totale s’est établie à 41,7 % du PIB en mars 2019. Le déficit du compte courant s’est creusé à 6,4 % du PIB en 2019 contre 4,5 % en 2018. Les exportations de pétrole (le pétrole brut représente plus de 95 % des exportations) devraient financer le déficit du compte courant et stimuler les réserves de change. L’investissement privé dans le secteur non pétrolier a atteint environ 22 millions de dollars en 2019.

Facteurs favorables et défavorables

Les perspectives sont positives, avec une croissance du PIB réel projetée de 7,4 % en 2020 et 6,1 % en 2021. Les exportations de pétrole devraient atteindre 180 000 barils par jour, ce qui relèvera les réserves de change, actuellement équivalentes à 0,2 mois d’importations. Parallèlement, le secteur manufacturier devrait bénéficier d’un meilleur approvisionnement en électricité. L’éducation, les services bancaires mobiles et les infrastructures hydrauliques devraient également s’améliorer. Si la paix dure, ces progrès pourraient donner confiance aux investisseurs privés. Les investissements étrangers devraient atteindre 30 millions de dollars en 2020.

Le gouvernement prévoit d’augmenter les recettes fiscales non pétrolières grâce au compte unique de trésorerie qu’il a créé pour l’adminisration fiscale. Le compte a amélioré la transparence, établi une base de référence pour prévoir les revenus futurs et, au cours des six premiers mois, a collecté environ 36 millions de dollars. Le gouvernement prévoit plusieurs réformes supplémentaires pour accroître le recouvrement des recettes. Une proposition d’augmentation de 5 % de l’impôt sur le revenu des particuliers et un impôt sur les bénéfices des entreprises d’un taux moyen de 22 % devraient également entraîner une augmentation des recettes.

Les défis structurels s’opposant à la transformation économique et au développement durable du Soudan du Sud sont, entre autres, le manque de diversification économique, une dette publique élevée, des institutions faibles et une grande incertitude politique. Les fluctuations des cours mondiaux du pétrole constituent un risque majeur pour le pays. La volonté de respecter l’accord de paix reste fondamentale pour la stabilité de la production de pétrole, l’investissement privé, l’apport de devises étrangères et l’investissement public dans les secteurs essentiels que sont la santé, l’éducation et l’agriculture.

L’éducation ne devrait recevoir que 6 % du budget, et la santé, 1 %. Les affaires sociales et humanitaires ne toucheront que 2 % du budget. en mettant ainsi de côté les dépenses sociales, le Soudan du Sud risque de voir ses indicateurs sociaux s’éroder, et cela pourrait amplifier les difficultés du pays à atteindre les objectifs de développement durable. Il est peu probable que la croissance économique moyenne prévue de 6,4 % pour 2019–2021 soit inclusive, car elle sera soutenue par le pétrole plutôt que par l’agriculture, qui est le secteur employant la plupart des Sud-Soudanais. Le chômage des jeunes (estimé à 19,5 % en 2017) menace la paix et la stabilité sociale.