Perspectives économiques au Zimbabwe

  • En 2016, la croissance du Zimbabwe s’est réduite de plus de moitié par rapport à 2015, tombant de 1.1 % à 0.5 %. En réaction à l’environnement économique difficile, le gouvernement a promulgué un train de mesures, dont une interdiction provisoire des importations, l’émission d’obligations et l’introduction d’un système de planification centrale de l’agriculture.
  • La croissance du PIB zimbabwéen devrait grimper à 1.3 % en 2017 ; elle sera principalement tirée par les secteurs de l’agriculture (grâce aux précipitations favorables), du tourisme, de l’industrie manufacturière, de la construction et bancaire.
  • De profondes réformes seront nécessaires pour stimuler l’entrepreneuriat et l’industrialisation, en améliorant l’environnement des affaires et en favorisant la création d’emplois. 

La croissance du Produit intérieur brut (PIB) du Zimbabwe s’est ralentie, tombant de 1.1 % en 2015 à 0.5 % en 2016. Elle devrait rebondir à 1.3 % en 2017 à la faveur d’une embellie dans les secteurs de l’agriculture, du tourisme, de l’industrie manufacturière, de la construction et des finances. Des précipitations supérieures à la normale ont en particulier contribué à faire repartir l’économie à la hausse. L’insuffisance des recettes publiques dans un contexte de dépenses ordinaires élevées a fortement creusé le déficit budgétaire, estimé à 1.042 milliard USD, soit 7.3 % du PIB, alors que l’objectif était de 150 millions USD. L’économie continue d’être pénalisée par une pénurie de devises indispensables pour financer des intrants critiques dans la plupart des secteurs, ainsi que par des coûts de production élevés qui ont érodé sa compétitivité.

Selon l’Agence nationale de la statistique du Zimbabwe (ZIMSTAT), le pays a connu une inflation négative en 2016, oscillant entre -2.19 % en janvier 2016 et -0.93 % en fin d’année. L’inflation annuelle moyenne est remontée à -1.5 % en 2016, contre -2.4 % en 2015. Le retrait de certains produits de la Licence générale automatique d’importation en juin 2016, conjugué à une chute de la production agricole due à la sécheresse, a fait grimper les prix. Le Zimbabwe est sorti de la déflation en février 2017, avec un taux d’inflation mensuel de 0.06 %, en hausse de 0.71 point de pourcentage par rapport à janvier. L’inflation devrait rester positive en 2017 et osciller entre 1 % et 2 %, grâce à une augmentation attendue des cours mondiaux du pétrole et à une reprise de l’économie. À moyen terme, la faiblesse des exportations devrait continuer à exercer une forte pression sur la position extérieure du pays.

Selon la Déclaration de politique monétaire de 2017, les exportations de marchandises ont atteint 3 365.8 millions USD en 2016, soit un recul de 6.9 % par rapport à leur niveau de 2015 (3 614.2 millions USD). Les minéraux (or, nickel, platine et diamant) et le tabac ont dominé les exportations en 2016. Le tabac reste une importante source de devises ; en effet, selon les chiffres de l’Office de commercialisation du tabac (Tobacco Industry Marketing Board – TIMB), au 12 septembre 2016, 202 millions de kilogrammes (kg) de tabac avaient été vendus, contre 198.9 millions de kg en 2015. Les ventes totales ont atteint 593 millions USD, au prix moyen de 2.94 USD le kg, contre 586.4 millions USD, au prix moyen de 3 USD le kg en 2015. Les principaux marchés d’exportation sont l’Afrique du Sud, le Botswana, les Émirats arabes unis, le Mozambique, et la Zambie.

Les importations de marchandises ont en revanche reculé de 11.7 %, tombant de 6 062.3 millions USD en 2015 à 5 350.9 millions USD en 2016, principalement en raison du texte réglementaire n° 64 qui interdit l’importation de certains produits de base. Les principaux produits importés ont été le carburant diesel, l’essence sans plomb, l’énergie électrique, le soja, le riz, les boissons non alcoolisées et les médicaments. Les carburants ont représenté 27.2 % du total des importations de marchandises, contre 11.8 % pour les produits alimentaires. Les principaux pays fournisseurs ont été l’Afrique du Sud, Singapour, la Chine, l’Inde, le Mozambique, le Japon, le Botswana et les Émirats arabes unis.

Le secteur extérieur risque encore de freiner la reprise à court terme, principalement en raison de la faiblesse des exportations qui crée un déficit commercial insoutenable, malgré la baisse des importations.

Les restrictions budgétaires ont eu des répercussions négatives sur les dépenses de développement et la fourniture des services sociaux, si bien que la pauvreté s’est aggravée en zone urbaine comme en zone rurale. Selon l’édition 2015 de l’Atlas de la pauvreté au Zimbabwe (Zimbabwe Poverty Atlas) publié par ZIMSTAT, la prévalence de la pauvreté reste élevée dans tout le pays, en particulier dans le Matabeleland Septentrional (85.7 %). Les taux de prévalence les plus faibles ont été observés dans les provinces de Harare (36.4 %) et de Bulawayo (37.2 %), alors que dans les autres provinces, ils se situaient entre 65 % et 76 %. Selon la ZIMSTAT, en 2016, le minimum vital correspondant au seuil de la pauvreté était de l’ordre de 478.90 USD, contre 491.26 USD en 2015.

L’économie a été confrontée à des pénuries de liquidités dues à différents facteurs : croissance des activités informelles, insuffisance des recettes budgétaires, baisse des entrées de capitaux et des recettes d’exportation, niveau élevé du déficit budgétaire et de l’endettement public, déséquilibres extérieurs et fuite des capitaux. Pour remédier à ce problème, le gouvernement a émis en novembre 2016 des obligations alignées à la parité sur le dollar américain. Si leur introduction a tout d’abord suscité une certaine appréhension, elles sont maintenant largement acceptées comme moyen d’échange. L’activité économique à court terme dépendra dans une large mesure de la rapidité à laquelle les mesures introduites par le gouvernement seront mises en oeuvre.