Perspectives économiques au Cap-Vert

  • Après avoir subi l’impact des crises financières qui ont frappé l’Europe et le monde, l’économie du Cabo Verde est repartie à la hausse de plus de 3.2 % en 2016. Cette tendance devrait se poursuivre, et le PIB enregistrer une hausse de 3.7 % en 2017 et de 4.1 % en 2018.
  • Le Cabo Verde est à la croisée des chemins : après cinq années de politique budgétaire contracyclique visant à compenser une période de faible croissance et une accumulation rapide de la dette, un changement de paradigme s’impose désormais pour que le secteur privé devienne le moteur de la croissance. 
  • S’il veut lever les obstacles actuels à son industrialisation (difficultés d’accès au marché, cherté de l’énergie et insuffisance du transport interinsulaire), le Cabo Verde doit  coordonner ses politiques sectorielles, améliorer son environnement des affaires et renforcer son intégration régionale. 

Ces dernières années, le produit intérieur brut (PIB) réel du Cabo Verde a affiché une croissance atone. Entre 2000 et 2008, le taux de croissance moyen ressortait à 6.6 %, avant la récession de 2009 sur fond de crise européenne. Sur la période 2010-15, le Cabo Verde a enregistré une croissance moyenne de 1.3 % seulement, malgré une politique contracyclique s’accompagnant d’investissements massifs. Ces dépenses d’investissement ont fait exploser la dette publique, qui est passée de 71.9 % du PIB en 2010 à 125.9% en 2015. En 2016, toutefois, l’économie a enregistré des signes de reprise positifs. Bien que toujours globalement bas, le crédit au secteur privé a progressé de 2.1 % sur les huit premiers mois de 2016. De même, la tendance des indicateurs de la confiance dans l’économie s’est inversée. Après avoir présenté une politique budgétaire expansionniste, le nouveau gouvernement a revu ses plans afin de cibler un déficit équivalant à 3.3 % du PIB, soit 1.9 point de pourcentage de moins que le budget initialement approuvé. Selon les estimations, le PIB a affiché une hausse de 3.2 % en 2016, contre 1.5 % en 2015. Pour 2017 et 2018, la croissance devrait ressortir respectivement à 3.7 % et à 4.1 %, sous l’effet d’un regain de confiance, de la vigueur de la production agricole et du tourisme, ainsi que des efforts déployés par les pouvoirs publics pour maintenir le cap de la réforme.

Les principaux problèmes qu’a rencontrés le Cabo Verde sur le plan de la politique publique en 2016 risquent de perdurer en 2017 et 2018. Le pays doit notamment stabiliser sa position budgétaire, et surtout réduire le fardeau financier que représentent certaines entreprises d’État. Si l’on considère que le Cabo Verde importe sa politique monétaire du fait de l’arrimage de sa monnaie à l’euro, la politique budgétaire est le seul moyen dont il dispose pour absorber les chocs. Toutefois, avec une dette publique à 125.9 % du PIB (hors passifs éventuels) et en augmentation constante, il a peu de marge de manoeuvre. En 2017 et 2018, le Cadre de dépenses à moyen terme (CDMT) devrait conférer aux pouvoirs publics une certaine latitude pour faire face aux chocs potentiels. Les indicateurs sous-jacents de la viabilité de l’endettement étant inférieurs aux seuils fixés par le Fonds monétaire international (FMI), le pays doit agir de toute urgence pour endiguer l’accumulation de la dette.

Vu son niveau d’endettement, l’État cherche à changer le paradigme de croissance, qui, jusqu’ici, repose largement sur le secteur public. Les pouvoirs publics doivent s’engager résolument à améliorer encore l’environnement des affaires, et promouvoir l’industrialisation et l’entrepreneuriat. Toutefois, pour améliorer l’environnement des affaires, il est impératif d’éliminer, grâce à des politiques sectorielles bien coordonnées, les obstacles actuels : problèmes d’accès au marché, cherté de l’énergie et insuffisance du transport interinsulaire.