Perspectives économiques en Guinée-Bissau

  • La croissance du PIB réel, qui devrait selon les prévisions s’établir aux alentours de 5.0% en 2017 et en 2018, devrait contribuer à renforcer la reprise après la période de transition, mais l’incertitude politique demeure un frein à un réel décollage économique. 
  • Les perspectives économiques et sociales demeurent fragiles car fortement dépendantes du secteur de l’anacarde, de la continuité des réformes amorcées et du climat politique.
  • L’industrialisation du pays passe par la reconstruction d’infrastructures de base, notamment des transports et de l’énergie qui ne peuvent actuellement soutenir l’éclosion du  secteur secondaire, par une amélioration du climat des affaires, ainsi que par un renforcement du capital humain. 

L’année qui a suivi le retour à l’ordre constitutionnel en 2014, la Guinée-Bissau a connu une dynamique positive. Mais depuis, le pays connaît une période d’incertitudes. En effet, entre juin 2015 et décembre 2016, quatre Premiers ministres ont été limogés. Un blocage institutionnel s’est enclenché ne permettant pas au Parlement de se réunir au cours de l’année 2016. Malgré ce contexte politique délicat, la croissance du produit intérieur brut (PIB) est estimée à 4.9 % en 2016, tirée par une bonne campagne agricole. Les performances économiques demeurent ainsi fortement exposées à des chocs exogènes.

Porté par une campagne de commercialisation de la noix de cajou exceptionnelle et par une récolte agricole vivrière en nette augmentation (8.9 %), la reprise ayant suivi le retour à l’ordre constitutionnel se confirme. Cependant, le contexte politique incertain a pesé négativement sur le potentiel de croissance. L’administration publique a contribué négativement à la croissance du PIB (-0.5 %). Par ailleurs, le climat politique n’a pas été propice aux investissements, ce qui a pesé sur le potentiel et la qualité de la croissance. L’année 2016 a aussi été marquée par le gel des appuis budgétaires des bailleurs motivé par un sauvetage bancaire opaque effectué en 2015 par les autorités et ce pour un montant de 34.2 milliards XOF (Franc CFA BCEAO), représentant 5.6 % du PIB. L’année 2017 devrait voir un retour des appuis budgétaires, sur la base d’engagements pris par les autorités pour défaire ce sauvetage. Les taux de croissance pour 2017 et 2018 sont estimés à 4.8 % et 5.0 % respectivement, dans l’hypothèse de la résolution des tensions politiques actuelles, d’une pluviométrie égale à celle de 2016, d’un maintien du prix de la noix de cajou, du démarrage des investissements dans le secteur des phosphates dont la mise en production est prévue pour 2019, ainsi que du maintien du cap des réformes engagées.

Au niveau des réformes relatives à la gestion des finances publiques, la mise en place de certaines mesures en 2014-15 ont continué de porter leurs fruits, notamment dans le domaine fiscal. Pour 2017 et 2018, les réformes des recettes planifiées, comme la mise en place d’une facture unique mentionnant le numéro d’identification fiscale, devraient renforcer les perspectives et entraîner une hausse des recettes. Les dépenses ont été, elles, plus importantes qu’en 2015, notamment du fait du remboursement de la dette interne. Le taux de pression fiscale stagne à 9.6 % du PIB. Le solde budgétaire global se situe à -4.0 % du PIB et le solde primaire à -3.3 % en 2016. Enfin, l’inflation, est estimée à 2.6 % sur fond de reprise de la demande.

La situation sociale et du développement humain n’a pas connu de changements importants par rapport à l’année précédente et la situation globale demeure préoccupante. Le pays détient l’un des plus bas indicateurs de développement humain (IDH). Les carences sont néanmoins importantes et sont d’autant plus marquées concernant les femmes et les populations rurales. L’absence de budget pour l’année 2016 n’a pas permis de planification efficace dans les secteurs sociaux. Les difficultés fiscales devraient continuer de peser sur le sousinvestissement chronique et ne pas permettre d’amélioration marquante en termes de développement humain.