Perspectives économiques au Mali

  • La croissance économique a été robuste en 2016 (5.3 %) et devrait se maintenir en 2017 grâce à une forte demande intérieure. 
  • Malgré la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale en juin 2015, la situation sécuritaire a été préoccupante en 2016, avec des attaques incessantes de rebelles contre les forces de l’ONU et l’armée nationale, mais aussi entre eux. 
  • Le secteur entrepreneurial, modeste et concentré autour de la capitale Bamako, présente de réelles opportunités d’investissement, mais doit faire face à des obstacles importants que s’attachent à lever les autorités. 

L’économie malienne a fortement souffert de la crise de 2012, mais la reprise a été confortée en 2016. Les estimations de croissance de l’année 2016 (5.3 %), la poursuite du soutien financier de la communauté internationale et les mesures envisagées par le gouvernement dans le cadre de son programme de réformes économiques et financières permettent d’espérer un retour du pays sur le sentier de croissance des années 2000-10 (5.7 % en moyenne)1.

Les exportations maliennes sont soumises aux variations des cours mondiaux et aux aléas climatiques, car constituées aux deux tiers par l’or et, dans une moindre mesure, par le coton. Ces deux produits représentaient respectivement 70 % et 10 % des exportations en 2016. Par ailleurs, le pays fait face au défi d’une forte croissance démographique (3.0 % par an) qui ne permet pas d’envisager un doublement du revenu par habitant – 790 USD (dollars américains) en 2016 – avant trente-cinq ans, en conservant le taux de croissance de 2016.

La situation sécuritaire continue d’être instable. Il y a eu des enlèvements de personnes, des combats armés au sein de groupes rebelles et entre groupes rebelles et forces armées maliennes et onusiennes non seulement dans les régions du nord du pays, mais également dans le centre, où l’on a enregistré des attentats et actes terroristes, notamment à Bamako. Cette insécurité affecte la stabilité politique et institutionnelle ainsi que la prospérité socio-économique. Elle est étroitement liée à la gestion de l’espace sahélien, où la faible représentation de l’autorité de l’État a ouvert la voie à la prolifération et à la prospérité d’activités illégales et du crime organisé. Toutefois, la volonté affichée des autorités de mettre fin à ces troubles ainsi que la mobilisation accrue de la communauté internationale permettent d’envisager des perspectives optimistes à moyen terme.

Du fait de la reprise amorcée depuis 2013, la croissance économique devrait rester supérieure à sa tendance (environ 4.5 %) jusqu’à la fin 2018, avec un taux de 5.4 % en 2017 et 5.0 % en 2018, puis retomber à son niveau tendanciel. Quant au taux d’inflation, il devrait se situer dans les années à venir largement en deçà du plafond de 3.0 % de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), avec un taux de 0.9 % en 2017 et 1.6% en 2018. Néanmoins, ces perspectives optimistes sont sujettes à des risques. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord, des revers dans le rétablissement de la sécurité pourraient avoir des répercussions négatives sur la confiance des consommateurs, des bailleurs de fonds et des investisseurs, ainsi que sur l’augmentation des dépenses de sécurité au détriment des programmes sociaux. Ensuite, la forte dépendance de l’économie à l’égard des exportations d’or et de coton expose la balance des paiements et, dans une moindre mesure, les finances publiques aux fluctuations des prix internationaux des produits de base. Enfin, des défaillances dans la gestion des finances publiques pourraient affecter la confiance des consommateurs, des entreprises et des financiers internationaux, et ainsi freiner la croissance. Par ailleurs, une politique budgétaire prudente préservant les niveaux soutenables de déficit et une politique d’endettement conforme au risque actuel de surendettement modéré devraient guider la gestion publique.

1. En 2012, le pays a connu une récession (taux de croissance du PIB de -0.8 %), après avoir augmenté de 2.7 % en 2011. La reprise a débuté en 2013, avec un taux de croissance de 2.3 % et s’est poursuivie en 2014 et 2015 avec des taux de 7.0 % et 6.0 % respectivement.