Perspectives économiques au Nigéria

  • En 2016, pour la première fois depuis plus de deux décennies l’économie du Nigéria est entrée en récession en raison des chocs économiques négatifs, des politiques économiques incohérentes et des problèmes de sécurité dans les États du nord-est et du Delta. 
  • Une reprise économique modérée est attendue pour 2017, et le PIB réel devrait croître de 2.2 %, sous l’effet combiné d’une progression des dépenses d’infrastructure et d’un retour de la production pétrolière à ses niveaux antérieurs. 
  • Le gouvernement a mis en place un plan-cadre intégré pour des programmes de développement dans le nord-est, soutenu par des interventions de protection sociale ciblées dans tout le pays. L’investissement privé est en tête des priorités pour promouvoir la diversification de l’économie grâce à l’entrepreneuriat et à l’industrialisation dans les principaux secteurs qui sont ceux de l’agro-industrie, de l’industrie manufacturière et des activités extractives.

L’économie nigériane continue d’affronter des défis macroéconomiques majeurs et pour la première fois depuis des décennies, elle est en récession. Le Produit intérieur brut (PIB) a enregistré une croissance négative, estimée à -1.5 %, en 2016, et une reprise modérée est attendue en 2017. La récession est imputable à une série de chocs, dont la baisse persistante des prix du pétrole, les pénuries de devises, les perturbations dans l’approvisionnement en carburant et la chute de la production pétrolière, la pénurie d’électricité, l’insécurité qui règne dans certaines régions du pays et le faible taux d’exécution du budget d’investissement (51 %). Diverses politiques monétaires, budgétaires et de change ont été mises en oeuvre pour faire face à la récession.

La Banque centrale du Nigéria (BCN) a poursuivi une politique d’austérité monétaire. En 2015, elle a relevé ses taux de 11 % à 14 % pour attirer des capitaux et juguler la montée de l’inflation. Pour protéger les secteurs prioritaires de la hausse des taux, le coefficient de réserves obligatoires a été abaissé et le montant dégagé a été mis de côté pour prêter aux secteurs prioritaires à des taux d’intérêt inférieurs à 10 %. Cette mesure a entraîné une augmentation de la masse monétaire au sens large qui, ajoutée aux facteurs de pression sur les coûts résultant des pénuries de carburant, d’électricité et de devises, a contribué à une hausse de l’inflation globale, passée de 9.1 % en 2015 à 15.7 % en moyenne en 2016. Les autorités budgétaires, de leur côté, ont poursuivi une politique expansionniste en vue de relancer l’économie en allouant près de 30 % du budget à des dépenses d’investissement. Ce budget expansionniste a été prévu grâce à un assainissement des finances publiques reposant sur la mobilisation de ressources intérieures et sur une rationalisation des dépenses. En outre, les réserves de change ont sensiblement diminué, puisqu’elles étaient estimées à 25.8 milliards USD à la fin de l’exercice 2016, contre
28 milliards USD un an plus tôt. Cette baisse est imputable à un déficit du compte courant résultant de la faiblesse des recettes pétrolières, d’une augmentation des sorties de capitaux causée par la situation des marchés financiers nationaux et internationaux et l’utilisation accrue de réserves de change pour soutenir le naira (NGN). Une foule de mesures administratives ont été introduites pour gérer la demande de devises et la politique a été réorientée de façon à rendre le régime des taux de change plus flexible.

Une lente reprise économique est attendue pour 2017. La croissance devrait s’établir à 2.2% grâce aux réformes qui commencent à produire leurs effets et à la mise en oeuvre d’un ensemble cohérent de mesures visant à remédier aux problèmes macroéconomiques et aux déséquilibres structurels. À cet égard, le gouvernement fédéral a élaboré un plan pour le redressement et la croissance économiques du Nigéria pour la période 2017-20, centré sur cinq domaines clés, à savoir : i) amélioration de la stabilité macroéconomique ; ii) croissance et diversification de l’économie ; iii) renforcement de la compétitivité ; iv) promotion de l’inclusion sociale ; et v) gouvernance et sécurité. Certaines réformes essentielles ont été déployées, parmi lesquelles l’initiative de prestations sociales conditionnelles ciblée sur les groupes de population les plus pauvres et les plus vulnérables, l’amélioration du taux d’exécution du budget d’investissement et le renforcement de la gestion des finances publiques, au niveau fédéral et au niveau des États.

Malgré les progrès accomplis dans la lutte contre Boko Haram dans le nord-est et l’intensification du dialogue avec les militants dans le Delta du Niger, l’insécurité reste un défi. En plus d’une solution militaire, le gouvernement fédéral s’est engagé à mettre en oeuvre des interventions axées sur le redressement économique et le développement, pour remédier à la fragilité et à la vulnérabilité croissantes des régions du nord-est et du Delta du Niger touchées par le conflit. Le Comité présidentiel pour l’initiative du nord-est, mis en place fin 2016, est chargé de coordonner l’ensemble de l’assistance et des projets ciblés sur les États les plus durement touchés de la région. Par le biais de l’initiative de transfert d’espèces conditionnel de son programme d’investissement social, le gouvernement fédéral a commencé à verser une allocation mensuelle de 5 000 NGN aux plus pauvres et aux plus vulnérables.

Il est impératif d’accélérer la mise en oeuvre du Plan pour la révolution industrielle du Nigéria pour promouvoir l’industrialisation. Les secteurs prioritaires sont les mines et les carrières, qui ont représenté 7.1 % du PIB global en 2016 ainsi que l’industrie manufacturière qui a vu sa part reculer de 2.6 % en un an en raison d’une augmentation des coûts de fonctionnement des entreprises résultant principalement des restrictions de change. En 2016, le secteur manufacturier a enregistré une baisse générale, avec la fermeture de 272 entreprises et une chute significative de l’utilisation des capacités industrielles, tombée de 51.4 % en 2015 à 35.4 % en 2016.