Sous l’impulsion de la BAD, le financement de l’agriculture poursuit sa mue stratégique

05/09/2017
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La Banque africaine de développement (BAD) entend approfondir ses opérations dans l’agriculture avec un investissement initial de 774 millions de dollars EU dans six pays d’Afrique, afin d’accélérer la croissance économique et de faire de l’agriculture un secteur attrayant pour les investissements.

Chiji Ojukwu, directeur du département de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire de la BAD, a déclaré lundi que le programme ENABLE Youth de la Banque, qui fait partie de son initiative visant à Nourrir l’Afrique, continue à faire évoluer les perceptions relatives au secteur agricole — d’un mode de vie traditionnel à une source d’investissements lucratifs.

A travers le programme ENABLE Youth (Empowering Novel Agri-Business-Led Employment), qui vise à établir quelque 300 000 entreprises agroalimentaires et créer 1,5 million d’emplois pour les jeunes en cinq ans, la Banque s’est fixée une cible ambitieuse pour alimenter un bassin de futurs jeunes millionnaires de l’agriculture afin de remédier aux défis posés par la croissance démographique de l’Afrique.

La Banque évalue à 100 millions, le nombre de jeunes Africains qui entreront sur le marché du travail dans les 10 prochaines années. Ses estimations montrent qu’une part importante de ces jeunes, vivent actuellement dans des zones rurales, où la demande en nouveaux travailleurs pourrait continuer à absorber les nouveaux entrants sur le marché du travail.

Pour répondre au défi de la création d’emplois, la stratégie Des emplois pour les jeunes de la Banque met l’accent sur une série de réformes clés du secteur agricole, visant à faciliter l’accès à la terre. Elle focalise également son approche sur l’amélioration des capacités des agriculteurs et producteurs locaux et sur la création d’un environnement propice au développement d’une industrie de la transformation alimentaire.

Pour l’économiste en chef de la BAD et le coordinateur du programme ENABLE Youth, Edson Mpyisi, il faut encore faire évoluer les esprits et commencer à traiter l’agriculture comme un domaine sérieux, loin des méthodes ancestrales et plus proche du fonctionnement d’une chaîne industrielle.

D’après Lilian Uwintwali, directeur général de M-AHWI Tech Limited, une entreprise rwandaise spécialiste des jeunes et des technologies agricoles, la perception qu’ont ces derniers de l’agriculture reste traditionnelle et les acteurs du secteur privé continuent de considérer ce secteur comme moins lucratif.

« Pour que les entreprises se développent, il faut qu’elles fassent de l’argent, il faut des marchés et la coopération des parties prenantes est importante. Je travaille avec 10 000 agriculteurs, mais bon nombre d’entre eux manquent encore d’informations sur les banques auprès desquelles ils pourraient emprunter », a déclaré Lilian Uwintwali, à Abidjan lors d’une session consacrée aux jeunes agripreneurs du 7e Forum sur la révolution verte en Afrique. 

Cet évènement parallèle était organisé par la Banque à son siège. Dans un auditorium plein, de jeunes innovateurs ont montré leur enthousiasme à évoquer le thème « Agripreneuriat, création d’entreprise et accès aux financements » en mettant l’accent sur la création d’emplois décents, l’établissement d’agence de placement des travailleurs et le renforcement des capacités de gestion d’entreprise dans les chaînes de valeurs africaines.

Au moins 30 pays africains ont déposé des demandes de financement auprès de la BAD pour différents projets visant à améliorer l’environnement des affaires pour les jeunes impliqués dans le secteur des technologies de l’information, de la production agricole à grande échelle et du développement des infrastructures pour stimuler le secteur agricole.

La Banque met à profit son approche axée sur la chaîne de valeur dans six domaines clés, avec une cible de 15 milliards de dollars EU pour soutenir des entreprises détenues par les jeunes et les femmes. Elle souhaite investir dans quelque 31 pays pour créer 1,5 million d’emplois et embaucher près de 10 000 diplômés au chômage, dont la moitié représente des femmes.

Pour Edson Mpyisi, les principales approches du programme reposent sur l’initiation d’un dialogue sur le développement des compétences, des services et de la formation essentiels aux entrepreneurs agricoles ainsi que sur l’établissement de liens entre les banques commerciales et les jeunes ayant besoin de ressources financières pour permettre à ces derniers d’accéder à des prêts à des taux d’intérêt réduits.