Ashish Thakkar : « L’Afrique a besoin de créer les bonnes compétences et de financer ses jeunes entrepreneurs »

27/11/2017
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Ashish Thakkar est le président-fondateur du groupe Mara, une société d’investissement implantée dans 25 pays africains. La Fondation Mara, qu’il a créée en 2009, a pour ambition d’encourager et d’aider les entrepreneurs émergents en leur offrant mentorat et philanthropie de risque.

Ahshish Thakkar est également président du Groupe consultatif présidentiel de la jeunesse (PYAG) de la Banque africaine de développement (BAD), un groupe de réflexion inauguré le 27 novembre 2017 par le président de la BAD, Akinwumi Adesina. Objectif : offrir des solutions innovantes en faveur du projet de la Banque qui vise à créer 25 millions d’emplois pour les jeunes Africain(e)s dans le cadre de sa Stratégie pour l’emploi des jeunes en Afrique (JfYA par acronyme anglais).

Dans cet entretien, Ahshish Thakkar évoque la manière dont l’Afrique peut aider ses jeunes à accroître la productivité et lui donner les moyens d’agir par eux-mêmes.

Que vous inspire ce Groupe consultatif présidentiel de la jeunesse ?

Le Groupe consultatif présidentiel de la jeunesse existe grâce à la vision du président de la BAD, Akinwumi Adesina. À l’évidence, le président éprouve un très vif intérêt pour l’initiative Des emplois pour les jeunes en Afrique, qui entend créer 25 millions d’emplois d’ici à 2025, tout en s’assurant que nous allons doter quelque 50 millions de jeunes à travers tout le continent des qualifications requises pour être embauchés.

Le Groupe consultatif présidentiel de la jeunesse a été conçu comme un groupe de réflexion qui puisse en même temps aider à mettre en pratique cette vision et cette ambition. Que ce groupe voit le jour est extrêmement important et crucial pour le continent, et je suis donc honoré et enthousiaste à l’idée de présider ce groupe remarquable de personnes au sein d’une organisation aussi phénoménale que la Banque.

Le plus important dans ceci est la diversité des parcours de ses membres. Chacun vient de pays différents du continent, et chacun a également un parcours professionnel différent – dans le secteur public, le secteur privé, etc. Du coup, nous aurons des perspectives différentes, des points de vue différents, et tout le monde a moins de 40 ans. Nous avons donc bon espoir d’obtenir des résultats. C’est tout à fait passionnant. Il y a beaucoup de choses à faire.

Quels sont les deux points clés sur lesquels votre groupe va se concentrer dans l’immédiat ?

Ces deux points clés se rejoignent : comment va-t-on mettre en place l’ensemble des compétences requises qui s’avéreront nécessaires demain ? Ce que je veux dire, c’est que, dans certains cas, avec des facteurs comme l’intelligence artificielle et tout ce qui est en train de se produire par ailleurs, la réalité est que le contenu des formations que nous donnons à nos jeunes aujourd’hui pourrait ne pas être pertinent dans 10 ans. Il est donc très important de déterminer de quelle manière nous pouvons créer en permanence des méthodes et une réflexion d’une façon qui amène ces jeunes à apprendre, à désapprendre et réapprendre lorsque nécessaire. Je pense que maîtriser un ensemble de compétences est important, qu’il s’agisse d’entrepreneuriat ou de qualifications spécifiques. Dans le domaine de l’entrepreneuriat, l’instruction est très importante, mais l’éducation informelle sous la forme de mentorat est absolument cruciale.

Nous système éducatif traditionnel n’enseigne pas l’entrepreneuriat. Comment donc s’assurer que le mentorat devienne une exigence ? C’est un premier point.

L’autre point, dans lequel la Banque est à l’évidence très impliquée, est l’accès au capital. Les jeunes de notre continent ont tellement d’énergie : ils font preuve de tant d’enthousiasme et de créativité. Mais comment faire en sorte de leur donner accès au capital ? C’est le défi qu’il nous faut relever. Les banques ne prêtent pas réellement aux entreprises, il y a donc toujours ce chaînon manquant, et les capitaux  n’existent tout bonnement pas à ce niveau du marché. Alors, comment mettre en place les mécanismes de financement adéquats à même de garantir que nous pouvons investir dans ces jeunes entrepreneurs de la bonne manière ?

Ce sont les deux piliers sur lesquels nous pensons, le PYAG et la BAD, devoir nous concentrer afin de faire en sorte que l’initiative « Des emplois pour les jeunes en Afrique » passe du rêve à la réalité.

Quel est votre message pour les jeunes d’Afrique ?

Mon message à la jeunesse de notre fantastique continent, l’Afrique, est celui-ci : nous sommes vraiment, vraiment chanceux d’être jeunes aujourd’hui sur notre formidable continent, à une époque où la technologie connaît un essor fulgurant et où la connectivité et la révolution numérique traversent tous les secteurs. En tant que jeunes Africains, le présent nous appartient ; il ne faut pas attendre que quelqu’un nous cède une chaise autour de la table car, en fait, c’est à nous de la prendre. Et il ne s’agit pas seulement de s’emparer de cette chaise, mais d’en faire ensuite quelque chose. Le moment est venu pour nous de penser de manière créative, de réfléchir de façon innovante, de nous donner les moyens d’agir, de nous inspirer les uns des autres et de nous aider mutuellement à transformer notre étonnant continent en quelque chose de complètement différent. Pour nous, c’est le moment.