Forum sur la résilience en Afrique : le président de la BAD présente un plan directeur pour faire face à la fragilité

10/01/2017
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  • La Banque lance un appel en faveur des partenariats novateurs, nécessaires pour faire face à la fragilité
  • Les ressources concessionnelles supplémentaires pour les situations de fragilité sont passées à 17 % des ressources du FAD
  • La Banque appliquera sur une période de mille jours les cinq priorités (les Top 5) dans 10 000 communautés faisant face à une situation de fragilité

Les pays africains auront besoin de partenariats novateurs et d’un mélange de petits et grands projets transformateurs pour renforcer leur capacité d’adaptation et éliminer leur vulnérabilité, a indiqué Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD) aux participants du Forum sur la résilience en Afrique ce mardi à Abidjan.

Il a annoncé que la Banque a créé cette initiative « du bas vers le haut » pour fournir ses services prioritaires nécessaires au développement – le Top 5 – à 10 000 communautés qui doivent affronter une situation de fragilité, et ce sur une période de 1000 jours. « Cela requiert des partenariats novateurs, pour développer les technologies existantes dans ces environnements. L’une de ces technologies est présente avec nous dans cette salle : Abze est en train de produire un éclairage solaire à coûts réduits qui peut être mis à la disposition de communautés en situation de fragilité par le biais d’efforts concertés de partenariat », a-t-il déclaré.

Le Forum sur la résilience en Afrique a pour objectif de renforcer les partenariats allant au-delà de la coordination de l’aide, pour accroître de façon efficace la résilience au niveau communautaire, national et régional. La conception qu’a la Banque de la situation de fragilité a évolué vers un concept de risque universel où celle-ci est considérée comme « une condition de risque élevé de panne institutionnelle, d’effondrement social ou de conflit. »

« La fragilité n’est ni limitée par une quelconque situation géographique, ni par la durée », a affirmé Akinwumi Adesina. « Les pays, par conséquent, connaissent des intensités et des durées de fragilité variables, et ils se présentent, dans certains cas, comme des poches de fragilité. »

L’engagement de la Banque envers le renforcement de la résilience se reflète également dans sa façon d’affecter ses ressources. Depuis sa création en 2008, la Facilité d’appui à la transition a réuni plus de 3,63 milliards de dollars EU (2,7 milliards d’UC) en ressources supplémentaires. La part de ces ressources supplémentaires destinée aux situations de fragilité s’est constamment accrue, passant de 13 % des fonds (888,60 millions de dollars EU ou 661 millions d’UC) mis précédemment à disposition dans le cadre de la 13ème reconstitution des ressources du Fonds africain de développement (FAD-13) à 17 % (955,82 millions de dollars EU ou 711 millions d’UC) de ceux-ci dans le cadre de la 14ème reconstitution des ressources du Fonds (FAD-14).

Les Cinq grandes priorités (le « Top 5 ») de la BAD, font partie du programme de résilience pour l’Afrique. L’énergie demeure une partie essentielle du programme. Elle contribue à lutter contre la fragilité dans les situations d’urbanisation à grande échelle et incontrôlée. Par exemple, depuis 2010, le Gouvernement kényan a amélioré la distribution d’électricité à Kibera, le plus vaste bidonville de Nairobi, dans le cadre d’un programme ciblant les zones où les inégalités sociales sont les plus importantes. « Fournir de l’électricité et des carburants modernes dans les zones marginalisées réduit le risque de troubles internes, et diminue les déplacements de populations à travers les frontières. C’est la raison pour laquelle la Banque va investir 12 milliards de dollars EU dans le secteur de l’énergie au cours des dix prochaines années », a déclaré Akinwumi Adesina.

L’agriculture fait aussi partie des solutions. Développer les chaînes de valeur du secteur agricole aboutit à renforcer les relations existant entre les différents groupes de la société, ce qui est d’une importance capitale dans les situations de fragilité où la confiance et la cohésion sociale sont faibles. « Nous savons que les chaînes de valeur du secteur agricole peuvent être efficaces même lorsque l’État ne fonctionne pas convenablement, car elles diversifient les économies, font augmenter les revenus et accroissent la sécurité alimentaire, ce qui contribue à atténuer les conflits », a-t-il observé. Il a cité des exemples de projets réussis de chaînes de valeur dans des situations fragiles, notamment en Ouganda (coton), au Soudan du Sud (noix de karité), au Rwanda (café) et en Somalie (élevage). La Banque va investir 24 milliards de dollars EU dans ce secteur.

Le secteur privé sera l’un des acteurs essentiels de ce programme. Par exemple, malgré l’absence de gouvernement central en Somalie, les secteurs privés national et étranger ont réussi à trouver des moyens de prospérer au Somaliland en développant leur propre environnement économique, en identifiant les besoins et les carences des marchés et en y répondant. Le rôle du secteur privé devient même plus important une fois que les pays effectuent leur transition pour sortir de la fragilité, en stabilisant l’économie et la société et en créant les emplois tant souhaités, comme cela peut s’observer en Côte d’Ivoire.

Akinwumi Adesina a fait remarquer que, sur les quelque 420 millions de jeunes en Afrique, un tiers sont sans emploi et découragés, un autre tiers occupe des emplois précaires et seulement un sur six reçoit un salaire suffisant pour vivre. « Il n’est pas possible d’imaginer une Afrique résiliente avec des centaines de millions de jeunes sans emploi », a-t-il affirmé. « C’est la raison pour laquelle nous avons lancé la Stratégie pour l’emploi des jeunes en Afrique qui créera 25 millions d’emplois et touchera plus de 50 millions d’Africains d’ici 2025, en concentrant notamment nos efforts sur ceux se trouvant dans une situation de fragilité. »

*Au 1er janvier 2017, 1 unité de compte (UC) = 1,34 dollar EU

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