Sénégal : la BAD va réétudier les doléances que soulève la centrale au charbon de Sendou

20/04/2017
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Le 19 avril 2017, le Conseil d’administration du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a donné son accord pour que soit menée une étude d’évaluation de la conformité d’un projet que la Banque finance au Sénégal : il s’agit de la centrale au charbon de Sendou, d’une capacité de 125 MW et située dans le périmètre du village de Bargny Minam, sur la côte sud de la presqu'île du Cap-Vert, à une trentaine de kilomètres de la capitale.

Des experts indépendants vont donc mener de nouvelles enquêtes pour tirer au clair les problèmes soulevés par deux groupes de résidents de la commune de Bargny.

Les plaintes exprimées dénoncent la politique menée par le gouvernement sénégalais et les exigences du Code national de l’environnement, la vulnérabilité des populations affectées par le projet qui verraient leurs moyens de subsistance menacés, ainsi que la pollution de l’air sur un site patrimonial, outre l’érosion côtière. Les porte-paroles des villageois qui ont saisi la Banque jugent que la consultation publique conduite autour du projet n’a pas été à la hauteur, et disent s’inquiéter de la nature et de la qualité des normes et critères que la Banque applique en matière d’environnement, d’impact social et de droits de l’homme. Ils craignent surtout les conséquences d’un tel projet d’envergure en l’absence d’un plan de réinstallation des populations qui en atténuerait les éventuels impacts sociaux négatifs.

« Ayant reçu ces commentaires, qu’elle prend très au sérieux, la Banque va bien sûr mener une enquête à ce sujet », a déclaré Pierre Guislain, vice-président de la BAD en charge du secteur privé, des infrastructures et de l’industrialisation. Avant de préciser : « Au lancement du projet, la Banque a procédé à un exercice de diligence raisonnable rigoureux et a pris en compte nombre d’éléments importants dans son plan d’action sociale et environnementale pour le projet – un plan qui est actuellement mis en œuvre par l’entreprise chargée de la gestion du projet, en l’occurrence la Compagnie d’électricité du Sénégal ».

Pierre Guislain a ainsi confirmé que la Banque procédera au réexamen de plusieurs des questions soulevées, notamment pour s’assurer que ne seront pas menacés les moyens de subsistance des femmes et des autres travailleurs saisonniers qui vivent du séchage et du conditionnement de poisson à cet endroit du littoral. Vont également être passées au crible les plaintes reçues à propos de terrains que le gouvernement aurait récupérés sans dédommager les propriétaires et occupants. Le vice-président de la BAD a ajouté que l’enjeu de la qualité des eaux de surface et des eaux souterraines dans le village de Minam et ses environs fera aussi l’objet d’un réexamen.

« Notre dernier rapport a été soumis au Conseil en septembre 2016 et nous espérons en soumettre un autre pendant le deuxième semestre de l’année 2017. La Banque prend très au sérieux ses responsabilités sociales et environnementales », a-t-il assuré.

En étroite collaboration avec la Banque, la Sénélec et la CES (société chargée du projet) ont pris plusieurs mesures de façon proactive, dès le mois de juillet 2016, afin d’améliorer substantiellement les prestations sociales et les conditions de vie des communautés environnantes, tant pendant la phase de construction que durant celle d’exploitation de la centrale. Un plan d’action sociale, qui fait partie d’un accord tripartite signé en mars 2017 entre la Sénélec, la CES et la municipalité de Bargny, a été lancé, en même temps qu’un comité de mise en œuvre et de suivi représentatif de la population locale.

Le projet de centrale de Sendou a été approuvé par le Conseil d’administration de la Banque en 2009. D’un coût de 206 millions d’euros, il est cofinancé par la BAD, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), la Nederlandse Financierings-Maatschappij voor Ontwikkelingslanden N.V. (FMO) et la Compagnie bancaire de l’Afrique de l’Ouest (CBAO). Le financement de la BAD englobe un prêt principal de 55 millions d’euros et un prêt supplémentaire de 5 millions d’euros.

Le projet comprend l’acquisition, la conception, l’approvisionnement, la construction, l’exploitation et l’entretien du site, qui s’étend sur 22 hectares. Il est développé sur le modèle « Construire, posséder et exploiter ».

Aujourd’hui, le Sénégal produit 80 % de son électricité à partir du diesel. Le gouvernement a donc élaboré une stratégie pour diversifier et accroître ses capacités de production d’électricité, en combinant charge thermique conventionnelle de base et énergies renouvelables. Sendou sera la toute première centrale au charbon du Sénégal.

A terme, elle devrait fournir jusqu’à 40 % de l’électricité du pays. La production d’énergie atteindra 250 MW lors de la deuxième phase du projet – qui n’a pas encore commencé. Le projet englobe également la construction d’une ligne de transmission d’électricité de 225 kV ainsi que d’une sous-station qui reliera la centrale au réseau de la Sénélec.

Le charbon sera importé par voie maritime et déchargé au port de Dakar, d’où il sera transporté par camion jusqu’au site de stockage de la centrale. Le projet entend produire 925 GWh au moins d’électricité par an.

L’électricité produite alimentera le réseau national interconnecté de la Sénélec, la compagnie publique sénégalaise d’électricité.

Le site du projet est à quelque 600 mètres de l’océan Atlantique, près de zones habitées : il y a notamment la ville de Bargny, à 2 km au nord-ouest, et le village de pêcheurs de Minam, où vivent 600 personnes, au sud.