AGRF 2017 : en Afrique de l’Ouest et Afrique centrale, la recherche agricole peine à s’imposer

06/09/2017
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© SIA KAMBOU / AFP

En comparaison avec leurs homologues anglophones du continent, les chercheurs francophones de l’Afrique de l’Ouest et centrale accusent un grand retard en matière de recherche agricole. Un déficit qu’il faut combler de toute urgence, ont estimé des experts, lors de la 7e édition du Forum pour la révolution verte en Afrique (AGRF 2017), qui a ouvert ses portes à Abidjan, lundi 4 septembre.

Ce même jour, s’est tenue une première session du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et du gouvernement canadien, sur le thème « Pour une recherche pleinement impliquée dans les systèmes d’innovation alimentant les multiples voies d’intensification durable de l’agriculture et ayant un impact visible et rapide sur les conditions de vie des populations ». Et le tableau qui a été dressé sur la recherche en Afrique francophone n’est pas des plus reluisants, avec ce constat, établi lors des débats : les chercheurs francophones semblent évoluer bien loin des autres.

Recherche agricole en Afrique : un tableau sombre

« Nous sommes en grand retard dans la recherche [agricole], a fait observer Kymseyinga Savadogo, directeur de programme à l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (dit IFPRI par sigle anglais), comme pour tirer la sonnette d’alarme. Lorsqu’on observe le niveau de financement dans le domaine de la recherche en Afrique, sept pays dominent, où ne figure aucun pays francophone ». Et de souligner : « Certes, la contribution du monde extérieur est très importante, mais pour les pays qui en dépendent, ces financements sont volatiles ».

L’éminent chercheur burkinabé, spécialiste en agroéconomie, a également pointé du doigt le faible nombre de chercheurs en Afrique francophone, outre leur vieillissement : sur les dix pays du continent ayant le plus de chercheurs de plus de 50 ans, six sont francophones. Autre faiblesse : les résultats de la recherche s’avèrent insuffisants ; les publications de chercheurs africains francophones demeurent trop peu nombreuses. Sur les quelque 5 000 publications annuelles dans le domaine, seule une trentaine émane de chercheurs africains francophones.

« Plus inquiétant, la recherche francophone fait face à l’inadaptation des curriculums qui ne sont pas en adéquation avec les besoins des étudiants, déplore monsieur Savadogo. La formation dans les sciences de l’agriculture a tendance à se faire en vase clos et la richesse de la recherche est aussi limitée par le fait que la littérature est souvent en anglais et l’essentiel n’est pas compris pour en faciliter une exploitation optimale ».

Changer de politique, une nécessité

« En matière de recherche, il est temps que les pays francophones se fondent dans le moule mondial en mouvement, au lieu de se considérer comme un groupe à part,», a suggéré l’expert. Avant d’inviter les États à réformer les curricula universitaires pour les rendre attractifs mais aussi pour initier les futurs chercheurs à l’analyse politique et créer des liens solides entre les différents systèmes universitaires des pays du continent.

« Il faut aussi renforcer les centres spécialisés et travailler en partenariat », de l’avis d’Abdou Tenkouano, directeur du Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF ou WECARD en anglais), qui est en quelque sorte le centre d’expertise technique en matière de recherche agricole pour les organisations de développement économique de la sous-région francophone (CEDEAO, CEMAC, CEEAC…). Les partenariats sont essentiels, la coordination de nos actions a souvent porté ses fruits. » Et Abdou Tenkouano de citer en exemple le « dispositif robuste et qui nous appartient » mis en place au CORAF, qui a intensifié la coopération régionale en matière de recherche agricole, la mutualisation des ressources entre pays francophones d’Afrique de l’Ouest et du centre, ainsi que des partenariats public-privé.

Autre intervenant dans ce débat, Jean-Michel Sourisseau, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), un centre français qui travaille avec plusieurs pays du continent, a quant à lui suggéré de combiner innovations simples et technologies. Il a cité l’exemple du Bénin, du Burkina Faso et du Nigeria, où l’on associe de petites quantités d’engrais et des techniques modernes de gestion de l’eau.

L’AGRF 2017 est organisé par l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA), une organisation africaine qui a pour but de mettre les agriculteurs au cœur des économies en croissance du continent. L’AGRA s’appuie sur une alliance de partenaires qui, désireux d’enclencher la transformation agricole de l’Afrique, se mobilisent et investissent en ce sens.

La Banque africaine de développement (BAD) est l’un des partenaires de l’AGRF, avec notamment l’Union africaine, l’African Fertilizer and Agribusiness Partnership (AFAP), l’AGRA, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international pour le développement agricole (IFAD), le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et la Confédération des syndicats agricoles de l’Afrique australe (SACAU) – entre autres.