En Afrique, la transformation structurelle doit passer par la croissance agricole, dixit un expert

05/12/2017
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En Afrique, la transformation structurelle doit passer par la croissance agricole, dixit un expert

Les efforts que déploient les pays africains pour accomplir leur transformation structurelle risquent de rester lettre morte, à moins de se concentrer sur la transformation agricole et économique,  », a mis en garde Neway Gebreab, ex-conseiller du Premier ministre éthiopien, mardi 5 décembre 2017, à Addis-Abeba, en Éthiopie.

S’exprimant lors de la séance plénière consacrée au rôle des institutions dans la gouvernance transformatrice à la 12e Conférence économique africaine (CEA), qui se déroule du 5 au 6 décembre 2017, M. Gebreab a prévenu qu’il ne fallait pas négliger l’importance de l’agriculture dans le débat autour de la transformation structurelle.

« Nous pouvons parler de transformation structurelle, a expliqué monsieur Gebreab face à l’auditoires, mais il nous faut également prendre conscience qu’elle doit s’accompagner d’une croissance agricole concomitante et simultanée, portée par une productivité accrue et par les petits exploitants ».

 L’ancien conseiller du Premier ministre éthiopien a appelé les pays africains à poser les fondations indispensables au développement, précisant pourquoi l’agriculture doit être en première ligne de leur transformation structurelle.

« Sans agriculture et sans développement, il nous est impossible de fournir des produits alimentaires à un prix relativement raisonnable, ce qui nous prive de l’avantage comparatif d’une main-d’œuvre bon marché, a-t-il déclaré. Or, c’est ce qui devrait justement être notre point fort, étant donné les ressources dont nous disposons ».

Puis monsieur Gebreab d’ajouter : « une main-d’œuvre bon marché, ce sont des produits alimentaires bon marché. Vous ne pouvez pas obtenir d’aliments bon marché sans vous concentrer sur l’agriculture. Le développement agricole est aussi important pour d’autres raisons, à commencer par la réduction de la pauvreté. Si l’on n’est pas capable d’éradiquer la pauvreté, la transformation structurelle s’annonce très difficile ».

La bonne gouvernance doit s’accompagner d’une croissance économique, a-t-il souligné, appelant à la création de zones économiques.

Le contre-exemple du Pakistan

Dans son discours liminaire, Mushtaq Khan, professeur au Département d’économie de l’Université de Londres, a insisté sur la façon dont les déséquilibres dans la répartition des interventions dans le domaine industriel entraînaient des conflits dans plusieurs pays.

Selon lui, la gouvernance transformatrice est la transition d’une société aux activités à faible productivité à une société à forte productivité. Et d’élargir cette définition pour inclure la création d’organisations à fortes capacités, qui, d’après lui, sont la clé du développement économique.

« La plupart des organisations dans les pays en développement n’ont pas de fortes capacités », a-t-il déploré. « La politique non plus ne dispose pas de fortes capacités. De fait, les puissants n’aiment pas l’État de droit, car ils se font de l’argent en violant l’État de droit et en s’arrangeant entre eux comme bon leur semble, tout comme avec la politique ».

Il a ensuite évoqué l’histoire de la naissance du Bangladesh et la façon dont l’ancien Pakistan oriental s’est trouvé complètement effacé, justement par manque de capacités en termes d’entrepreneuriat. Le professeur d’économie a appelé les pays africains à en tirer les leçons.

« Si votre pays connaît une diversité ethnique, l’une des premières choses à faire est de renforcer les capacités d’organisation de tous les groupes ethniques, tribaux ou autres. Vous devez combiner non seulement le développement des capacités, mais aussi le développement industriel, en équilibrant entre les différentes ethnies, tribus et autres groupes. Sinon, vous courez à la catastrophe ».

Et de poursuivre : « Encore une fois, l’exemple du Bangladesh est particulièrement intéressant. Ce qu’il faut retenir, c’est que le Pakistan oriental n’avait pas beaucoup l’esprit d’entreprise. Les entrepreneurs venaient donc du Pakistan occidental. Cela n’a pas fonctionné et le pays a explosé avant de se diviser. Aujourd’hui, les activités industrielles sont plus développées au Bangladesh qu’au Pakistan. C’est là l’une des leçons à retenir pour n’avoir pas tenu compte des spécificités ethniques et culturelles, pour n’avoir pas su déceler qui était entrepreneur et qui ne l’était pas. La pire chose que nous puissions faire, c’est d’essayer de préserver l’unité de nos pays en achetant le soutien des différentes ethnies. »

« L’idée d’acheter le soutien de qui que ce soit, a continué Mushtaq Khan, n’a pas à se substituer au renforcement des capacités entrepreneuriales des différents groupes ethniques. Cela est tout aussi important en Éthiopie, au Nigeria, en Tanzanie que dans n’importe quel autre pays africain, et je pense que l’expérience de l’Asie doit nous servir de leçon ».

L’Afrique a besoin d’institutions fortes

Gabriel Negatu, Directeur général du Bureau régional de la Banque africaine de développement pour l’Afrique de l’Est et modérateur de cette séance, a appelé les institutions à appliquer le droit, insistant sur la nécessité de pouvoir compter sur des institutions fortes pour réaliser la transformation de l’Afrique.

« Équilibrer le renforcement des capacités entre les différentes régions de nos pays respectifs est essentiel pour contrebalancer les disparités qui engendrent des conflits dans plusieurs pays d’Afrique », a-t-il martelé.

Adam Elhiraika, directeur de la Division de la politique macroéconomique de la Commission économique pour l’Afrique, s’est exprimé quant à lui sur la nécessité d’élaborer des plans de développement à long terme, regrettant que l’Afrique y ait renoncé depuis bien longtemps.

« Pendant longtemps, un grand nombre de pays et d’institutions ont adopté des politiques industrielles qui ne sont pas adaptées au contexte africain. L’Afrique a besoin d’une nouvelle approche pour formuler sa politique industrielle. Nous avons besoin d’institutions de politique industrielle innovantes, souples et capables de s’adapter aux circonstances à mesure qu’elles évoluent », a déclaré M. Elhiraika.

L’Afrique a besoin de politiques industrielles dynamiques et de rompre avec les politiques statiques qui sont le ferment des disparités culturelles et de la corruption, a-t-il ajouté.

Une bonne gouvernance est une condition sine qua non pour réussir une transformation structurelle durable. La Banque africaine de développement œuvre sans relâche pour renforcer la gouvernance en Afrique à travers une série d’initiatives, de politiques et de cadres, notamment le Cadre stratégique et plan d’action pour la gouvernance.

Cette année, la Conférence économique africaine est axée sur la réalisation de la transformation structurelle en Afrique, un accent particulier étant porté sur la gouvernance au service du développement.

Co-organisée par la Banque africaine de développement, le Programme des Nations Unies pour le développement et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, l’édition 2018 avait précisément pour thème : « Mettre la gouvernance au service de la transformation structurelle ».