« Améliorer la gouvernance est une condition sine qua non pour combler le gap de financement des infrastructures en Afrique » - Pierre Guislain, vice-président de la Banque africaine de développement

26/06/2018
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Vendredi 22 juin 2018, au deuxième jour de la table ronde sur la gouvernance des infrastructures organisée par la Banque africaine de développement et le Groupe de la Banque mondiale à Grand-Bassam (Côte d’Ivoire), le vice-président de la Banque africaine de développement chargé du Secteur privé, de l‘infrastructure et de l’industrialisation, Pierre Guislain, a partagé son expérience sur les questions de développement des infrastructures en Afrique et ailleurs.

Évoquant le cas de la Guinée Conakry, M. Guislain a expliqué comment un affermage (contrat de délégation d'exploitation) de la distribution d’eau avait pu être mis en place à Conakry vers la fin des années 1980 dans un contexte économique, institutionnel et juridique pourtant difficile, et déploré que cet exemple ait été si peu suivi par la suite en Afrique.

Pour le vice-président de la Banque, il faut un engagement fort et un effort accru en matière de gouvernance des infrastructures : « Améliorer la gouvernance est une condition sine qua non pour combler le gap de financement des infrastructures en Afrique, qui s’élève à plus 100 milliards de dollars chaque année ».

Et de rappeler que la Banque africaine de développement a tenu récemment ses Assemblées annuelles à Busan, en Corée, sur le thème Accélérer l’industrialisation de l’Afrique. Les infrastructures ont été au cœur des débats, vues comme un investissement nécessaire et préalable pour accélérer l’industrialisation. Comme le montrent les exemples de la Corée et de la Chine, les infrastructures sont un facteur clé du développement.

« Il est évident que si nous n’avons pas de routes, d’énergie ou de ports, nous ne pouvons pas réaliser l’industrialisation. Un autre aspect marquant de l’expérience coréenne est la gouvernance économique forte qui a caractérisé le développement de ce pays. L’État a établi des stratégies de développement claires et a tenu sa part d’engagements, avec un suivi dans les décisions, une cohérence dans les politiques et un partenariat fort avec le secteur privé », a expliqué M. Guislain.

L’Afrique, a-t-il souligné, compte 54 pays aux opportunités et aux contextes spécifiques différents, mais qui partagent le même objectif : l’intégration régionale.

Pour la Banque, l’intégration régionale passe par le désenclavement, qui requiert des investissements dans les infrastructures régionales, notamment les routes, le transport aérien, maritime et ferroviaire, ainsi que dans l’énergie. Ces investissements requièrent une participation accrue du secteur privé.

« Pour accélérer les partenariats public-privé dans le secteur des infrastructures, la plupart des pays africains doivent tant développer des capacités nationales qu’avoir recours à l’expertise extérieure. Le recrutement d’experts financiers, juridiques et autres ne doit aucunement être considéré comme un signe de faiblesse, mais plutôt comme une bonne pratique internationale », a ajouté le vice-président de la Banque.

Le vice-président Guislain a également loué les avantages des PPP, qui ont permis, par exemple, à la Banque africaine de développement d’appuyer quatre projets phares au Sénégal : l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio, l’aéroport international Blaise Diagne de Dakar, l’extension du port à conteneur de Dakar et le projet de centrale électrique de Sendou. Et de regretter qu’il n’y ait pas plus de pays africains qui recourent davantage au secteur privé pour financer et réaliser leurs infrastructures.

« L’amélioration de la gouvernance dans la conception, l’octroi et la mise en œuvre de grands projets d’infrastructure et une plus grande transparence et prévisibilité au niveau de l’exécution de ces projets, contribueront à combler le gap de 100 milliards de dollars pour le financement des infrastructures en Afrique », a conclu le vice-président Guislain.

Autres faits remarquables de la journée, qui a enregistré une forte affluence et suscité des débats animés, les présentations de Rokhaya Diop Diallo, chargée principale du secteur privé au Bureau-pays du Sénégal et Didier Payerne, directeur au groupe Eiffage et responsable de la gestion de l’autoroute à péage Dakar-Diamniadio, qui a permis au Sénégal de régler le problème de fluidité de la circulation entre Dakar et sa grande banlieue.

Outre l’amélioration des conditions de vie des populations bénéficiaires, l’autoroute a permis de désenclaver la nouvelle zone urbaine et industrielle de Diamniadio et de créer des emplois. Plus de 40 000 véhicules y passent chaque jour.

Les participants ont exprimé leur appréciation suite aux présentations de la journée, estimant qu’ils avaient beaucoup appris en matière de montages financiers dans le secteur des infrastructures.