Discours du président de la Banque africaine de développement, Akinwumi A. Adesina, lors du dîner d'État offert par Son Excellence le Premier ministre du Burkina Faso

Ouagadougou, le 28 septembre 2017

29/09/2017
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Excellence, Monsieur le ministre d’État

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames, messieurs,

Je suis heureux de me trouver au Burkina Faso, pour ma première visite officielle en qualité de président de la Banque africaine de développement.

Je voudrais exprimer ma gratitude au président de la République, Son Excellence monsieur Roch Marc Christian Kabore, pour m’avoir invité et pour toutes les commodités mises à ma disposition  ainsi qu’à tous les membres de la délégation qui m’accompagne.

Merci, monsieur le ministre d’État  d’être l’hôte de ce diner organisé en mon honneur par le Premier ministre. J’ai apprécié au plus haut point la réunion et les discussions que j’ai eues avec lui lors de sa visite en novembre 2016, au siège de la Banque à Abidjan.

Le Burkina Faso est connu pour la convivialité de son peuple et l’excellence de son hospitalité. J’ai vécu personnellement l’expérience de cette hospitalité burkinabé lorsque, jeune économiste, j’effectuais des travaux de recherche au Burkina Faso – c’était il y a près de 27 ans. J’ai profondément apprécié mon séjour et les travaux que j’ai menés à Bobo-Dioulasso. J’ai gardé de beaux souvenirs de la région du Yatenga et du plateau Mossi. C’est donc un réel plaisir d’être de retour !

La Banque africaine de développement se félicite de tous les efforts que déploie le gouvernement pour asseoir la stabilité politique, depuis les élections de 2016. Cette stabilité a permis au Burkina Faso de relever d’importants défis auxquels il est confronté. Nous sommes très attristés par la perte de vies innocentes provoquées par des actes de brutale lâcheté contre des populations pacifiques. Aucun acte de terreur ne peut briser la solide résilience des Burkinabés !

Le Burkina Faso a enregistré de bonnes performances dans ce difficile contexte économique, politique et sécuritaire. Le pays a affiché un taux de croissance économique de 5,9 % en 2017, et devrait s’améliorer à 7,4 % en 2018.  Le Burkina Faso figure parmi les 10 pays les moins corrompus en Afrique. Et ce n’est pas étonnant : c’est le pays des femmes et des hommes intègres.

Votre travail acharné et votre saine gestion macroéconomique et budgétaire vous valent de bonnes notations sur la scène internationale. En effet, le Burkina est l’un des rares pays africains à avoir connu un relèvement de sa note souveraine. En 2016, le taux de croissance économique du Burkina figurait parmi les dix meilleurs en Afrique. En outre, les perspectives de croissance de votre pays sont très prometteuses, parce que vous renforcez votre gouvernance et la gestion de vos finances publiques, assurez la promotion du secteur privé et consolidez la stabilité macroéconomique.

La Banque africaine de développement a toujours été un partenaire stratégique du Burkina Faso, dans son ambition d’accélérer davantage sa croissance économique et de parvenir à un développement inclusif, tel que prévu dans le Plan national de développement économique et social (PNDES). Nous poursuivrons ces actions à travers les priorités pour l’Afrique inscrites dans les High 5 de la Banque africaine de développement, à savoir : Éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie ; Nourrir l’Afrique ; Industrialiser l’Afrique ; Intégrer l’Afrique ;et Améliorer la qualité de vie des populations africaines.

La Banque africaine de développement investit au Burkina Faso depuis 1970. Cela signifie que le mariage entre la Banque africaine de développement et le Burkina Faso dure depuis déjà  47 ans. Nul doute : un mariage qui existe depuis 47 ans est un très bon mariage ! Depuis lors, la Banque a investi plus de 1,8 milliard de dollars au Burkina Faso. À l’heure actuelle, les investissements de la Banque portent sur 16 projets, pour un montant total de 468 millions de dollars EU. Ce mariage porte ses fruits dans plusieurs secteurs, notamment les transports, l’agriculture, la gouvernance, l’énergie, l’eau et l’assainissement.  Je me réjouis des investissements de la Banque dans le secteur de l’énergie. Le Burkina Faso est confronté au défi de l’approvisionnement en électricité, avec un taux d’accès moyen de 19 % au niveau national, et de seulement 3,1 % dans les zones rurales. Les investissements de la Banque africaine de développement dans l’énergie ont contribué au raccordement de 159 localités au réseau électrique, offrant ainsi un accès à l’électricité à 760 000 personnes.

Plus tôt dans la journée, j’ai participé au lancement d’un nouveau projet financé par la Banque. Ce projet vise à améliorer l’accès à l’électricité des populations vivant dans les périphéries de Bobo-Dioulasso et Ouagadougou. Avec un investissement total de 30 milliards de francs CFA, dont une contribution de 21,6 milliards de francs CFA de la Banque, ce projet va changer la vie des populations cibles et porter le taux national d’accès à l’électricité de 19 % à 25 %. De tels investissements cadrent parfaitement avec notre priorité « Éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie » des High 5. Le financement de la Banque a aidé à la construction du barrage de Bagré, qui a libéré 30 000 ha de terres irrigables, permis la maîtrise partielle ou totale de l’eau sur une étendue de 35 000 hectares et amélioré la productivité agricole sur 65 000 hectares.  Cet investissement est également en parfaite cohérence avec la priorité « Nourrir l’Afrique » des High 5. Les interventions de la Banque ont aidé à réduire l’enclavement du Burkina Faso. En effet, nous avons aidé à construire plus de 5 600 km de routes, et plus de 33 % du total des routes bitumées. Désormais, le Burkina Faso est relié au Togo, au Niger et au Ghana, grâce à nos investissements dans des routes porteuses de transformation. Ces réalisations s’inscrivent dans la priorité « Intégrer l’Afrique » des High 5 de la Banque. Avec nos investissements dans le développement du capital humain, de l’énergie, et de la valeur ajoutée au secteur agricole, ainsi que dans le financement des petites et moyennes entreprises, nous aiderons le Burkina Faso à progresser sur le chemin de l’industrialisation.  Ces interventions sont en phase avec la priorité « Industrialiser l’Afrique » de nos High 5. Les investissements de la Banque dans le secteur de l’eau et de l’assainissement ont permis de fournir un accès à l’eau potable à 1,9 million de personnes ; un accès à l’assainissement amélioré à 500 000 personnes au niveau des ménages ; et un accès à l’assainissement public à plus de 140 000 personnes.  Ces investissements sont en parfaite harmonie avec la priorité « Améliorer la qualité de vie des populations africaines » de nos High 5. Aux côtés des partenaires au développement, nous comptons maintenant apporter un soutien accru au Burkina Faso, pour l’aider à réussir son Programme national de développement économique et social. Le Conseil d’administration de la Banque africaine de développement vient d’approuver le nouveau Document de stratégie pays 2017-2021 pour le Burkina Faso, élaboré avec le gouvernement et les parties prenantes. Nous mettrons l’accent sur deux piliers essentiels : l’énergie et l’agriculture. 

La Banque africaine de développement envisage de mobiliser plus de 900 millions de dollars EU pendant cette période, pour aider le Burkina Faso à mettre en œuvre la nouvelle stratégie. Nous aiderons le gouvernement à développer davantage les systèmes solaires pour la production d’électricité, dans le cadre de notre objectif global dit “Énergie du désert” pour tout le Sahel. Nous commencerons par la construction d’une centrale solaire de 50 MW, en partenariat avec l’Agence française de développement. Nous financerons la ligne de transport Nord pour l’interconnexion du Burkina Faso avec le Niger et le Nigeria, ainsi que la ligne de transport Sud pour l’interconnexion entre le Burkina Faso, le Ghana et le Mali. Nous apporterons également notre concours au financement de kits solaires pour 650 000 ménages. Dans le secteur agricole, nous aiderons le Burkina Faso à transformer l’agriculture en une vaste activité commerciale, qui crée de la richesse. La Banque appuiera la création d’agropoles, avec l’infrastructure nécessaire, pour permettre au secteur privé et aux entreprises agroalimentaires de s’installer en milieu rural. Une priorité majeure sera d’aider le pays à transformer la filière coton par son industrialisation. Le Burkina Faso ne peut pas continuer à exporter du coton brut. Il doit ajouter de la valeur à son coton et créer beaucoup d’emplois, ici même, dans le pays. En outre, nous appuierons la création de la Banque de développement agricole et d’agribusiness, afin d’accroître l’accès au financement des chaînes de valeur agricoles et de stimuler l’agro-industrie au Burkina Faso. Je suis persuadé que le Burkina Faso a tout ce qu’il faut pour devenir le grenier du Sahel : il dispose de 9 millions d’hectares de terres arables, dont seulement 46 % sont cultivées. Avec 233 000 ha de terres irrigables et 500 000 ha de bas-fonds, le Burkina Faso doit devenir le grenier du Sahel.  Mon espoir est que nous garderons, de notre diner de ce soir, notre engagement en faveur de cette vision : faire du Burkina Faso le grenier du Sahel !

Excellence, Monsieur le ministre d’Etat

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais à présent lever mon verre pour porter un toast à votre santé, à la réussite du gouvernement, à la paix, à la stabilité et au progrès économique du Burkina Faso et de son peuple, ainsi qu’à un mariage de développement plus prospère entre le gouvernement du Burkina Faso et la Banque africaine de développement – votre Banque !

Je vous remercie.


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