Lutte contre le changement climatique : favoriser un accès direct aux financements en Afrique

23/01/2017
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Les membres du panel, de gauche à droite : Fatoumata Sangare Touré, de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) ; Wangare Kirumba, de l’Autorité kényane de gestion de l’environnement (National Environment Management Authority - NEMA), Ndiaye Cheikh Sylla, du Conseil d’administration du Fonds vert pour le climat (GCF) ; et Louise Helen Brown, coordinatrice du FCCA à la BAD.

« Sur les 331 milliards de dollars EU de flux mondiaux du financement octroyés en faveur du climat, seulement 3,6 % ont été affectés à l’Afrique. 3,6 % seulement, malgré la vulnérabilité de l’Afrique aux changements climatiques, c’est que quelque chose ne va pas ». Tel est l’avis de Luc Gnacadja, représentant spécial du Conseil d’administration du Mécanisme de financement de l’adaptation des modes de vie au climat local (Local Climate Adaptive Living Facility – LoCAL).

Au cours d’une table ronde tenue jeudi 10 novembre 2016 au Pavillon Afrique de la COP22 à Marrakech, les participants ont passé en revue les défis qui se posent en matière d’accès aux financements proposés par les fonds internationaux pour lutter contre le changement climatique.

Animée par Louise Helen Brown, coordinatrice du Fonds pour les changements climatiques en Afrique (FCCA) à la Banque africaine de développement (BAD), un fonds destiné à aider les pays africains à renforcer leur capacité à accéder à des fonds internationaux en faveur du climat, cette table ronde était organisée en collaboration avec l’Institut des ressources mondiales (World Resources Institute - WRI) et le Centre de suivi écologique (CSE).

« Le financement de l’adaptation doit atteindre l’échelle locale »

Au vu de la vulnérabilité extrême de l’Afrique aux changements climatiques, l’adaptation est une priorité pour l’Afrique. « Il est impératif d’orienter les financements vers le niveau local pour renforcer la résilience aux changements climatiques », a souligné Luc Gnacadja. Financé par le Fonds d’équipement des Nations unies (FENU), LoCAL agit en ce sens dans cinq pays africains et se tourne vers le Fonds vert pour le climat (GCF) pour étoffer ses initiatives de décentralisation au niveau local des financements dédiés à l’adaptation.

Fatoumata Sangare Touré, de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), banque régionale accréditée auprès du Fonds d’adaptation (FA) et du GCF, a également souligné l’importance de comprendre les besoins des communautés et les mobiliser en adoptant une approche participative à même d’identifier et de développer des projets durables.

« Quand les programmes sont conçus avec les parties prenantes locales, cela débouche sur une appropriation et une viabilité plus grandes », a déclaré Luc Gnacadja. Et d’ajouter : « La BAD et la BOAD devraient aider les administrations locales à investir dans l’adaptation et la résilience de façon programmée ».

Des membres du panel, de gauche à droite : Dethie Soumare Ndiaye, du CSE, et Luc Gnacadja, membre du Conseil d’administration de LoCAL.

L’accès direct, une révolution pour l’Afrique

L’accès direct pour les entités nationales aux financements climatiques est une révolution pour les pays africains. Ce qui était considéré comme une approche risquée et novatrice en matière de canalisation de fonds vers des projets liés au climat quand le Fonds d’adaptation l’a adoptée sur une base pilote en 2010, est désormais largement reconnu comme une bonne pratique en matière de financement de la lutte contre le changement climatique.

C’est ce qu’a déclaré Dethie Soumare Ndiaye, du Centre de suivi écologique (CSE), un organisme national au Sénégal qui a été le premier à tester « l’accès direct », lorsqu’il a dû se plier au processus rigoureux d’obtention de l’accréditation pour accéder aux financements du FA et, plus récemment, du GCF.

Cependant, le chemin vers l’accès aux financements climatiques est long et difficile. Pour obtenir l’accréditation permettant d’accéder à des fonds, l’organisme doit démontrer la solidité de sa gestion financière et qu’il dispose de mesures de protection contre les dégâts environnementaux et sociaux.

Sur les 48 entités accréditées dans le monde auprès du GCF (à l’issue de la réunion du Conseil en décembre 2016), 9 sont des entités nationales et régionales africaines. « Les entités africaines font concurrence à l’étalon de référence », a déclaré Zaheer Fakir, coprésident du Fonds vert pour le climat. « Elles démontrent qu’elles ont les mêmes standards [que les entités internationales], mais avec moins de personnel et moins de ressources ».

Toutefois, de nombreux pays africains n’ont toujours pas réussi à faire accréditer une entité nationale ni à obtenir un financement à l’échelle qu’ils souhaitent. Nombreuses sont les institutions nationales qui ne peuvent traiter que de petits projets à faible risque (de l’ordre de 50 millions de dollars EU, voire moins). Aussi, à ce jour, moins de 10 % des financements approuvés par le GCF sont canalisés à travers des entités offrant un accès direct.

« Je peux comprendre pourquoi la proportion de financements du GCF à travers l’accès direct est faible », a déclaré Wangare Kirumba de l’Autorité kényane de gestion de l’environnement (NEMA), accréditée auprès du FA et du GCF. « Mais quelles interventions pourraient faire en sorte que cette proportion passe à 70 ou 80 % dans les quinze prochaines années ? »

« Nous devons renforcer les institutions africaines et les capacités de l’Afrique »

Les institutions africaines ont besoin d’être soutenues pour pouvoir renforcer leurs capacités et accéder aux financements climatiques, selon Ndiaye Cheikh Sylla, membre suppléant du Conseil d’administration du GCF et conseiller du gouvernement sénégalais en matière de changement climatique. « Le GCF offre ce soutien dans le cadre de son programme de préparation ». Plusieurs autres institutions, à l’instar du WRI, de la BAD, d l’Agence allemande de coopération internationale pour le développement (GIZ) entre autres, contribuent à de telles initiatives.

En même temps, les institutions nationales tirent des enseignements de leurs expériences, qu’elles s’échangent les unes les autres. « Les innovations du CSE nous ont appris comment gérer des agences d’exécution et nous nous sommes rendu compte combien l’apprentissage par la pratique est important», a déclaré Wangare Kirumba à propos d’un voyage d’études de membres du personnel de la NEMA partis bénéficier de l’expérience du CSE en tant qu’organisme accrédité auprès du FA et du GCF. « Il y a un besoin de formaliser cette coopération Sud-Sud et de développer une plateforme d’échanges, afin que les institutions nationales puissent tirer profit de l’expérience de leurs paires. Nous essayons actuellement de recueillir un soutien en faveur d’une telle plateforme », a déclaré Dethie Ndiaye.

« Le processus d’accréditation a été long et compliqué, mais cela en valait la peine », a renchéri Wangare Kirumba. « Tout pays africain peut avoir son propre organisme national accrédité », a insisté Zaheer Fakir, avant d’ajouter : « Nous devons autonomiser les institutions africaines et renforcer la capacité de l’Afrique ».

La BAD, les entités nationales accréditées et d’autres partenaires ont un rôle crucial à jouer pour réaliser cet objectif ambitieux.