Des experts préconisent la mise en place d’un système d’alerte précoce contre la malnutrition en Afrique

11/09/2017
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Ruth Oniang’o, co-lauréate du Prix africain 2017 de l’alimentation

La création de systèmes continentaux d’alerte précoce contre la malnutrition s’impose de toute urgence, ont déclaré des experts, le jeudi 7 septembre 2017, au cours d’une conférence sur la nutrition.

De leur avis, il appartient à la Banque africaine de développement (BAD) de mettre en place de tels systèmes en partenariat avec des organisations dédiées à la sécurité alimentaire.

Les appels à la création de systèmes d’alerte précoce et au développement de systèmes intelligents susceptibles de prédire et de réagir à des sécheresses, ainsi qu’à la création de partenariats visant à réaliser la révolution agricole, ont été lancés au cours d’une session spéciale de l’African Green Revolution Forum (AGRF) (Forum africain pour la révolution verte), qui a poursuivi ses travaux du 4 au 8 septembre à Abidjan, en Côte d’Ivoire.

La BAD a assuré la coordination de cette rencontre, qui s’est penchée sur les questions de nutrition et d’emplois agricoles pour les jeunes, tous jugés essentiels pour garantir la sécurité alimentaire sur le continent.

Cependant, au-delà de la sécurité alimentaire, il est nécessaire de s’attaquer à l’analphabétisme et aux défis de la santé pour faire avancer la santé publique, a déclaré Mme Ruth Oniang’o, qui s’est vue décerner au cours du Forum le Prix africain pour l’alimentation 2017, distinction prestigieuse décernée en hommage à ses travaux sur l’amélioration de la nutrition.

« Nous avons besoin d’une révolution de la nutrition. Il faut que les populations africaines puissent revendiquer pacifiquement leur droit à l’alimentation. Sans alimentation, les gens perdent leur dignité, mais avant de pouvoir revendiquer leurs droits à ce sujet, le public doit en devenir conscient, » a déclaré Mme Oniang’o.

Tenu sous le thème « Accélérer la marche de l’Afrique vers la prospérité : faire croître les économies favorisant l’insertion sociale et le nombre d’emplois grâce à l’agriculture », le Forum a discuté, entre autres questions, des liens entre l’alimentation et la technologie.

Moustapha Cissé, chercheur en intelligence artificielle chez Facebook, a déclaré que les décideurs politiques et les hauts représentants de gouvernements avaient à se concerter pour créer des partenariats et convenir de solutions intelligentes pour relever les défis de la nutrition.

Les experts présents au Forum ont appelé de leurs vœux un recours à la technologie en vue de réagir aux sécheresses, et affirmé que le thème de la prédiction des sécheresses devrait s’inscrire dans ce partenariat.

« Les responsables du continent n’ont pas toujours manqué d’agir face aux sécheresses (conduisant à la faim et à la famine) par insuffisance d’information, mais plutôt par insuffisance d’innovations et d’investissements susceptibles de répliquer aux crises de nutrition, » a déclaré Mme Oniang’o.

« Il nous reste encore des problèmes à résoudre avant de nous attaquer aux défis de la nutrition. Nous aurons besoin du partenariat de la Banque africaine de développement, » a-t-elle souligné.

Par ailleurs, Mme Oniang’o s’est félicitée d’avoir reçu le Prix africain pour l’alimentation, y voyant une marque de reconnaissance face à l’importance de la nutrition en Afrique.

La résurgence de la malnutrition en Afrique, a-t-elle ajouté, représente un nouveau défi de développement qui n’existait pas dans les sociétés africaines traditionnelles, car les populations avaient accès à des cultures traditionnelles.

«Je me félicite de ce que ce prix ait placé la nutrition au nombre des priorités des décideurs politiques. Nous avons besoin d’un plus grand nombre de champions de la nutrition parce que la question nous encourage à réexaminer les chaînes de valeur traditionnelles. Cela serait possible à la faveur de la commercialisation et de l’éducation des enfants au sein des communautés, » a déclaré la professeure Oniang’o.